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Luxembourg  |  Par: Alain Ducat  |  Publié le 25.03.2005 1:00

Tout un espace de synergies


Le Luxembourg dans l'ESA, c'est une entrée pour la recherche, le développement, les partenariats, où l'économie a tout à gagner.

Le Luxembourg doit être bien minuscule, vu d'un satellite en orbite géostationnaire. Le Grand-Duché dans l'immensité de l'espace, ce n'est pourtant pas une formule creuse. Faut-il rappeler que le Luxembourg joue un rôle incontournable en Europe pour l'exploitation des satellites de télévision et de télécommunications? Le système de satellites Astra et les performances de SES, vingt ans de présence sur le sol grand-ducal et dans le ciel planétaire, n'en sont que des exemples évidents.

Et puis Luxembourg, une des capitales de l'Union, ne pouvait pas rester insensible aux charmes de l'agence spatiale européenne (ESA). Depuis septembre 2000, le pays participait, en tant que partenaire, au programme de télécommunications ARTES (Advanced Research in Telecommunications Systems) de l'ESA. En décembre 2003, le Grand-Duché présentait officiellement sa candidature pour devenir état membre à part entière de l'Agence. L'intérêt des uns et des autres convergeait alors dans un axe stratégique. Depuis plus de 25 ans, l'ESA développe une politique à long terme favorable aux centres de recherche et aux industries européennes pour qu'ils deviennent et restent compétitifs dans tous les secteurs technologiques liés à l'espace.

Une parenthèse s'impose: il ne faudrait pas croire que la recherche et le développement en matière spatiale s'arrêtent aux giga-projets associés à l'élite des entreprises hyper spécialisées, ni même à l'entrée, parfois brutale, dans l'atmosphère terrestre du quotidien. Trop peu valorisées sans doute en dehors de leur secteur, les technologies issues des secteurs aéronautique et spatial peuvent présenter aujourd'hui, dans des transferts et des adaptations intelligents, une bonne opportunité de développement et d'affaires, jusque pour les PME innovantes.

Technologies transférées dans le quotidien

Car la recherche spatiale est à la source de multiples avancées technologiques tandis que les connaissances et le savoir-faire du domaine spatial au sens large peuvent être sources d'opportunités importantes pour le développement d'autres secteurs industriels. Par exemple, la technologie spatiale a développé des équipements d'énergie embarquée comme des batteries ayant une durée de vie de 3 à 15 ans, qui peuvent également servir pour des équipements médicaux nomades. Une technologie d'absorption des vibrations des satellites a pu être transposée dans la construction navale, les roues des trains à grande vitesse ou les rétroviseurs des monoplaces de F1...

Le suivi satellitaire se retrouve, le plus simplement du monde, dans les techniques de positionnement GPS, pour sa voiture personnelle, pour son colis voyageur à travers le monde, ou pour une flotte de véhicules à gérer. On trouve des applications jusque dans certains produits d'emballage, de denrées alimentaires notamment, utilisés aujourd'hui dans la boulangerie ou l'épicerie, développés hier pour l'embarquement dans les navettes... C'est dire si l'économie, au sens large, aurait tort de négliger l'espace.

En adhérant à l'ESA, le Luxembourg a pris un engagement financier, certes. Une somme d'entrée de 700.000 euros. La contribution du Luxembourg s'élève à 0,21% du budget de l'ESA, soit 1,2 million dàeuros. En retour, un programme pour la période de 2007 à 2013, ouvrira des perspectives à des projets, en partenariats multiples. En clair, des dossiers éminemment concrets pourront se monter grâce à des apports sonnants et trébuchants de l'agence spatiale européenne.

Le Luxembourg trouvera des opportunités dans le domaine des télécommunications et pourrait participer à des programmes de navigation par satellite ou d'observation de la Terre. D'ores et déjà, des projets sont en route. Du côté du Technoport d'Esch, par exemple, on pense, avec des partenaires comme le CRP Henri Tudor (via le CITI, centre d'innovation par les technologies de l'information), à une télévision interactive par satellite, par exemple.

Le ministère de la Culture, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a confié à Luxinnovation le rôle de point de contact de l'ESA au Luxembourg. L'Agence nationale pour la promotion de l'innovation et de la recherche a ainsi pour mission, outre d'informer toute personne intéressée sur les initiatives et les programmes de l'ESA, d'accompagner les entreprises et les centres de recherche luxembourgeois dans leurs démarches auprès de l'ESA. Clairement, l'objectif de la coopération Luxembourg - ESA vise à promouvoir des projets d'étude et/ou de R&D dans le cadre d'appels à propositions et d'appels d'offres émis par l'ESA, afin de structurer l'industrie spatiale européenne et de soutenir le développement et l'application de technologies spatiales dans les produits destinés au grand public.

Tout cela est évidemment à rapprocher des politiques gouvernementales luxembourgeoises qui, depuis plusieurs décennies, encouragent activement les projets R&D et d'innovation, grâce à des atouts comme un environnement légal et fiscal flexible, des incubateurs et zones de développement industriel spécifiques, de multiples possibilités de financement, etc. De plus, le gouvernement issu des élections législatives de 2004 a redéfini la recherche et l'innovation comme prioritaires de sa politique. Tout le travail mené avec les centres publics, avec le développement de l'université, avec les entreprises qui investissent dans la recherche, avec les PME innovantes, s'attache à cette cohérence public-privé.

En 2002, on trouvait déjà les prémices dans le lancement des "grappes technologiques" par le ministère de l'Economie pour favoriser la coopération technologique entre les entreprises luxembourgeoises. Puis vint la création de l'Université du Luxembourg dont le pilier principal est la recherche fondamentale, appliquée et technologique. Et le lancement du Portail luxembourgeois de l'innovation et de la recherche. L'orbite se maintient en 2005 avec un Luxembourg membre à part entière de l'agence spatiale européenne.

Pragmatique, un groupement s'est constitué, sous l'égide de la FEDIL (fédération des industriels du Luxembourg), début février dernier. Même s'il a la forme d'une asbl, le GLAE (groupement luxembourgeois de l'aéronautique et de l'espace) rassemble les grosses pointures du secteur au Grand-Duché. On y retrouve l'entreprise des P&T, Hitec Luxembourg, Luxspace, SES Astra et Telindus. Le groupement est une matérialisation de l'adhésion politique du Grand-Duché à la convention de l'ESA qui permettra aux entreprises luxembourgeoises de créer des synergies, aux niveaux national ou européen, dans le public comme dans le privé. Le GLAE a mis en place, pour trois ans, un conseil d'administration. Yves Elsen (CEO de Hitec Luxembourg S.A.) en est le premier président. "Constituée au sein de la FEDIL, cette association veut être un lien permanent entre les membres. Elle joue un rôle de conseiller et de défense, jusque sur le plan international et par tous les moyens jugés adéquats, des intérêts communs, professionnels, économiques et sociaux de ses membres".

Un groupement, une interface

Interlocuteur privilégié du gouvernement, le GLAE est l'interface pour toutes les questions en relation avec les initiatives à prendre dans le cadre des programmes de l'ESA et de "l'établissement d'une politique de l'espace au Grand-Duché". Dès son acte de naissance, le GLAE, au travers de ses fondateurs, affirmait le credo dans "l'espace, au coeur d'enjeux stratégiques importants. Il concentre un ensemble de secteurs touchant à la vie des citoyens comme des entreprises: indépendance d'accès à l'information, politique de sécurité et de défense, activités économiques"...

Plus question de croire aux envahisseurs, au space-opera ou à décrocher la lune: une action tout ce qu'il y a de plus terre à terre, avec des projets, des aides financières, du développement de valeur ajoutée et, potentiellement, des dividendes et de l'emploi, cela vaut bien tout un espace de synergies. Parés au décollage?


 
 
 
 
  



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