Article Voir tout
 

Par: Jean-Michel Gaudron  |  Publié le 25.03.2005 1:00

Lydia Mutsch (LSAP): «Préserver la mixité sociale dans les quartiers »


Auteur(s): 
Jean-Michel Gaudron
Interview ?: 
Pas interview

Lorsque Lydia Mutsch accéda, en mai 2000, au siège de bourgmestre de la ville d'Esch-sur-Alzette, il n'y avait sans doute pas grand monde pour miser sur une présence durable de la députée socialiste à ce rang. Cinq ans plus tard, elle est pourtant toujours bel et bien là, plus que jamais en lice pour renouveler son mandat au coeur d'une ville qui a presque toujours été la sienne. 

Née d'un père eschois et d'une mère dudelangeoise, c'est en effet à Dudelange qu'elle a vu le jour, avant de bien vite s'établir dans la Métropole du Fer et ne plus la quitter. Aujourd'hui, si elle reconnaît volontiers que l'artère verte du Galgebierg fait partie de ses lieux préférés, elle ne dédaigne pas non plus les quartiers Uecht (où elle a grandi) et Neudorf (où elle vit désormais). "J'aime tous ces quartiers où l'on peut facilement se promener", explique-t-elle tout simplement.

Le passé industriel de sa ville ne la laisse pas non plus indifférente et le "canyon' des terres Rouges figure en bonne place dans ses points de vues favoris. Mais c'est désormais bien plus vers l'avenir qu'elle tourne, aujourd'hui, son regard, imaginant, pour sa ville, une nouvelle ère de prospérité et de lumière, n'oubliant aucune couche de la population.

Si vous deviez expliquer et décrire Esch-sur-Alzette à un non-Luxembourgeois, voire un non-Européen, que diriez-vous?

"Esch est une ville ouverte, multiculturelle, avec une histoire lourde. C'est une ville ouvrière qui cherche de nouveaux horizons et qui prépare son avenir en tant que ville cosmopolite digne d'être la capitale du sud du pays.

Quel bilan tirez-vous de la politique communale menée à Esch depuis 2000? Quelles ont été les bonnes choses? Les moins bonnes choses? Les oublis éventuels?

Il s'est agi d'une période offensive. Nous avons dû faire vite, puisque n'oublions pas que nous avons perdu une année à cause de la tenue des nouvelles élections. Nous n'avons donc pas eu beaucoup de temps pour étudier et planifier notre action. Nous avons préparé activement le rendez-vous du centenaire, en 2006, et posé de nouveaux jalons de développements urbains, pour une meilleure vie sociale, une meilleure mobilité et une plus grande qualité de vie à tous les niveaux, le tout en essayant une nouvelle formule d'information et d'intégration des opinions venant des citoyens. Aussi notre bilan est-il très satisfaisant, car nous avons réalisé en grande partie ce qui était contenu dans notre déclaration échevinale de 2000.

Des regrets? Aucun. Des points négatifs? Peut-être celui d'avoir dû mener tous ces projets en même temps, ce qui a provoqué beaucoup de changements, de chantiers et de perturbations trop condensés dans le temps. Mais cela était nécessaire et la population l'a bien compris, ce qui a compensé largement les désagréments causés.

Le chantier majeur de ces prochaines années concerne la réhabilitation des friches de Belval-Ouest. Quel regard portez-vous sur l'évolution de ce gigantesque projet?

Il s'agit clairement d'une grande chance pour la restructuration de la région du sud. La chance d'avoir un nouveau pilier économique et un nouveau développement urbain autour de la faculté universitaire des sciences, de la recherche et de la formation. Il faudra surtout éviter de parler d'une nouvelle ville, d'un îlot isolé au milieu d'une région en difficultés.

Hormis Dexia-BIL et l'hôtel Ibis, aucune initiative privée ne semble s'y développer. Faut-il s'en inquiéter?

Non, dans la mesure où nous avons reçu beaucoup de demandes. Elles ne sont simplement pas suffisamment concrètes pour pouvoir en parler publiquement. Mais à partir du moment où le gouvernement aura fait les annonces relatives à l'accès aux infrastructures existantes, les choses devraient aller plus vite.

Quelle est votre position quant à la lutte pour l'exploitation du complexe cinématographique? Avez-vous une préférence?

Non, aucune. La seule chose sur laquelle nous insistons est qu'il y ait, d'un côté, un complexe digne d'attirer les gens vers le sud de la ville et non pas vers la capitale, mais aussi, de l'autre côté, que nous puissions conserver nos petits cinémas de quartier, comme l'Ariston ou le Kinosch. Le maintien de ces petits cinémas est une nécessité.

2006 marquera le centenaire de la ville. Quel sera, dans les grandes lignes, le profil des manifestations qui y seront consacrées?

Nous venons d'engager un coordinateur. Il accompagnera la réalisation du programme retenu. Il convient d'abord de faire bouger la ville et ses habitants, car ce centenaire, c'est avant tout le leur. Depuis deux ans, nous avons noué des partenariats pour la réalisation d'un parc à thème, avec différents pavillons. Il y aura également une grande exposition historique dans un lieu exceptionnel, mais c'est encore un secret... Tout cela contribuera à une redéfinition et un repositionnement de la ville dans un environnement qui change.

S'agira-t-il d'une sorte de répétition générale avant l'année 2007, lorsque Luxembourg et la Grande Région seront Capitale européenne de la Culture?

Nous avons en effet déjà planifié beaucoup d'événements qui seront prolongés ou réadaptés pour 2007. Nous avons notamment introduit un projet "Frères et lumière" qui a été retenu par la coordination. Nous accordons évidemment beaucoup d'importance au thème de la rencontre des générations, à l'aspect multiculturel, social. Mais nous voulons également être une ville ouverte et lumineuse, avec des idées nouvelles qui font bouger les choses.

Nous travaillons sur un concept luminaire qui mette en valeur les axes stratégiques de la ville. Nous ne pouvons plus avoir la même interprétation de la société qu'il y a 10 ou 20 ans: la démographie est différente, les attentes des citoyens sont différentes, l'accès à l'information est différent.

Que pensez-vous de la façon dont la politique du logement est menée: l'attractivité d'Esch est-elle réelle?

Nous basons notre politique du logement selon trois axes. Tout d'abord, les logements sociaux. Nous en avons plus de 400, ce qui, en proportion de la population, constitue le plus grand nombre de logements sociaux du pays. Il y a 5 ans, nous avons entamé un très ambitieux programme de rénovation du parc immobilier.

Deuxièmement, nous cherchons à attirer de nouveaux promoteurs, avec une politique de développement urbain qui se base sur des règles très strictes. Nous nous occupons ainsi de bon nombre de projets de logements de qualité.

Enfin, nous mettons en place des mesures d'encouragement pour investir dans des lotissements résidentiels, qui prennent davantage en compte les aspects environnement et énergie. Il est également important de moderniser le patrimoine existant et de combler les espaces vides, afin de créer une nouvelle entité urbaine au centre-ville.

La ville a-t-elle intérêt à se positionner comme une alternative à la crise du logement qui sévit à Luxembourg-ville?

Nous avons les mêmes problèmes que toutes les grandes villes du pays, avec l'avantage d'avoir un patrimoine de logements sociaux très important. Nous sommes une ville ouvrière, avec plus de 60% d'ouvriers. Nous avons donc un besoin prononcé de logements accessibles. Il s'agit là d'un effort qui est naturel et important.

Nous voulons également préserver la mixité dans les quartiers, au travers d'une approche pragmatique et volontariste qui évite la formation de ghettos. Il faut donc établir pour chaque quartier des plans de développement, qui constituent une suite logique des plans de développement urbains. Il s'agit de voir où il est nécessaire de répondre à un besoin et de quelle façon. L'idée n'est pas de répondre à une quelconque pénurie en faisant n'importe quoi n'importe comment. Nous devons voir quelles sont les limites que chaque quartier a atteint et agir pour favoriser la mixité sociale là où elle n'existe pas encore.

Envisagez-vous comme à Luxembourg de nommer un city manager?

Nous avons en effet évoqué le sujet lors de la dernière assemblée générale de l'association des commerçants. Nous allons introduire une demande auprès du ministre des Classes moyennes afin de préparer un concept en commun. Un groupe de travail va se mettre en place pour étudier la forme juridique que pourrait prendre une telle structure au travers de laquelle serait engagée ce city manager.

Nous espérons avoir fait avancer les choses au moment où sera présenté le budget 2006. Mais il n'est pas question de précipiter les choses ou créer des polémiques autour de ce sujet.

Selon vous et compte tenu des développements actuels, à quoi faut-il s'attendre à l'horizon 2010 pour la Métropole du Fer? Comment s'affranchir de l'influence de la grande capitale voisine?

Esch devra être la ville des courts chemins. Le concept de mobilité sera complètement mis en oeuvre. Nous aurons une ville verte, avec plusieurs places utilisées comme places publiques, avec des solutions de stationnement concrètes et une nouvelle mixité dans les quartiers. Il s'agira également de favoriser une meilleure intégration, dans la société civile et politique, de la population non-luxembourgeoise, qui représente aujourd'hui plus de 50% du total.

Nous n'avons jamais eu le sentiment de vivre dans l'ombre de la capitale. La capitale a un autre rôle a jouer que le nôtre. Nous avons très souvent lancé des idées qui ont influencé les décideurs de la capitale. Beaucoup de tendances culturelles ou sociales sont nées ici. Nous sommes également très débrouillards, même avec des moyens réduits et nous avons su créer une ville dynamique. C'est là notre point fort avec la volonté très ferme de ne pas nous arrêter là.

Quelle sera, selon vous, l'influence du résultat des dernières élections législatives sur les futures élections communales?

Les gens savent très bien faire la différence entre des élections législatives ou locales. Les gens savent très bien à qui confier les mandats nationaux ou communaux. Je vois peut-être une certaine saturation vis-à-vis d'un CSV presque sur-représenté. Je ne vois pas la même tendance pour les élections communales. Les gens n'aiment pas voir les mêmes responsables à tous les niveaux.

Dans l'hypothèse où vous seriez élue bourgmestre en octobre, quelles seraient vos premières initiatives? Quelles seraient vos priorités, exemples concrets à l'appui?

Il s'agira tout d'abord de finaliser le budget pour l'année 2006. Nous ne disposerons que de 6 à 7 semaines pour le faire. Une certaine continuité sera obligatoire! Ce budget est très important, car il s'agit du budget du centenaire, qui a une importance symbolique pour la ville autant que pour moi-même.

Ensuite, et maintenant que les grands projets d'infrastructure qui étaient en retard sont terminés, je souhaite que l'on puisse se lancer dans des réalisations propres à chaque quartier, concernant les infrastructures scolaires, les sous-terrains, la voirie...

A la fin du mandat, en 2010, qu'attendriez-vous avoir pu réaliser sans faute?

Nous sommes en train d'entamer le plan de développement des quartiers. Nous attendons que les Eschois puissent utiliser activement cet instrument de plan de développement des quartiers et interviennent eux-mêmes dans la définition de la vie de leur quartier. J'espère notamment que les problèmes sociaux pourront être gérés avec ces instruments comme les agents sociaux, le coordinateur social, les assises sociales.

Nous comptons 8% de chômeurs, ce qui correspond pratiquement au double du taux de chômage national. L'échec scolaire est encore très important et le niveau de formation est assez bas. Nous espérons que l'Université aura des répercussions sur ce niveau de formation et pourra permettre le développement de ce pilier économique dont nous avons tellement besoin.

Il ne s'agit pas seulement d'avoir des services, mais aussi de la main-d'oeuvre et des industries. Nous sommes une ville sidérurgique et nous ne pouvons pas ne vivre qu'autour des banques. Nous espérons que les petites et moyennes entreprises dynamiques autour d'Esch-Belval et de sa faculté des sciences pourront redynamiser et provoquer à nouveau des richesses pour tout le pays à moyen terme".


 
 
 
 
  



Publier un nouveau commentaire

Compte classique
Créer un compte utilisateur classiqueSe logguer via un compte classique existant:
Image CAPTCHA