Par: Florence Reinson | Publié le 25.03.2005 1:00
Félix Braz (Déi Gréng) : «Je suis certain que les gens ne veulent pas revenir en arrière»
Né à Differdange de parents portugais, Félix Braz, a entamé des études de droit à Paris avant de les abandonner pour présenter, de 1990 à 1991, la première émission radio quotidienne en langue portugaise sur RTL. Il entre alors en politique en tant que secrétaire parlementaire du parti des Verts (1991-2001). De 1995 à 2000, il sera également conseiller communal pour la ville d'Esch-sur-Alzette, avant d'être élu échevin.
Président du comité spécial Belval-Ouest, ce père de deux enfants occupe, depuis juillet dernier, un siège de député.
Si vous deviez expliquer et décrire Esch-sur-Alzette à un non-Luxembourgeois, voire un non-Européen, que diriez-vous?
"C'est la deuxième ville du pays, une ville qui a une longue histoire. Après avoir vécu en première ligne les conséquences de la crise sidérurgique, Esch se trouve aujourd'hui encore au premier plan pour faire que des terrains, qui ont déjà contribué une fois à la richesse du pays, y contribuent une seconde fois. Ces terrains seront certainement le moteur de l'économie, au moins du sud du pays, ces deux prochaines années. C'est une ville en plein essor et en parallèle avec le développement des friches, le centre-ville d'Esch vit une modernisation qui doit en faire un des fleurons de l'économie et de la vie socio-culturelle du pays pour les prochaines décennies.
Le chantier majeur de ces prochaines années concerne la réhabilitation des friches de Belval-Ouest. Quel regard portez-vous sur l'évolution de ce gigantesque projet?
Il s'agit d'un projet très important, unique, pour le pays. C'est une chance formidable de pouvoir participer à son développement, d'autant plus que l'on a pu faire en sorte que le projet maintienne le cap sur un haut niveau de qualité, qui est un élément essentiel si l'on veut qu'il provoque une véritable restructuration économique au sud du pays et attire des entreprises. Il faut que ce haut niveau de qualité, tant du côté de la circulation, que de l'énergie, du traitement des eaux de surface, des espaces verts, de l'architecture et de l'urbanisme soit respecté. Ce sera véritablement un projet-phare, pas seulement par sa taille mais aussi et surtout par les qualités de ces différents éléments.
Hormis Dexia-BIL et un hôtel Ibis, aucune initiative privée ne semble s'y développer. Faut-il s'en inquiéter?
Je pense, au contraire, qu'avoir réussi à obtenir un engagement de la Dexia-Bil est un élément très important. Pour nous, c'est un engagement très fort qui honore aussi la banque. Beaucoup d'autres investisseurs privés pointent le bout de leur nez, mais il est clair que d'autres attendent de voir le développement. C'est pour cela qu'il est primordial que le rythme que nous avons donné à ce projet, depuis maintenant 5 ans, soit maintenu. Il était entendu, dès le départ, que le premier investisseur devait être l'Etat, parce que sans investissement substantiel de sa part, il était évident que les investisseurs privés hésiteraient à venir sur ce site. Je ne me fais pas trop de soucis pour la venue d'autres investisseurs privés, à condition que le projet continue sur la voie qu'il a prise. Il est absolument crucial que l'on évite de faire des coupes dans ce projet-là.
Quelle est votre position quant à la lutte pour l'exploitation du complexe cinématographique? Avez-vous une préférence?
Il y a beaucoup plus d'intérêts qui se sont manifestés autour du projet que ce qui est connu publiquement. Pour des raisons stratégiques, les investisseurs qui s'informent ne sont pas chauds pour que l'on cite leur nom publiquement. Nous n'avons pas de préférence, nous disons simplement que ce projet sera un succès et que les premiers à investir ne seront pas les premiers à le regretter.
Quel bilan tirez-vous de la politique communale menée à Esch depuis 2000? Quelles ont été les bonnes choses? Les moins bonnes choses? Les oublis éventuels?
Deux éléments importants sont la crédibilité et la réforme dans le travail. Côté crédibilité, nous avons pris beaucoup d'engagements en juin 2000, lorsque nous avons établi la déclaration du collège échevinal. A l'époque, l'opposition nous reprochait d'être trop ambitieux. Nous avons réalisé bien plus que la moitié de notre programme, alors que personne ne le croyait possible. Nous avons effectué un travail énorme. Nous avons développé un programme d'investissements très important. Nous avons dépensé plus d'argent que nos prédécesseurs, entre 19 et 20 millions d'euros par an, et nous avons réussi à maintenir une situation financière très saine. Le taux d'endettement correspond à 3% de nos recettes.
Le second point, c'est la réforme. Nous n'avons pas seulement rénové, mais nous avons aussi réformé au niveau de la mobilité, avec un concept qui en retient tous les éléments et les met en équilibre: le city bus, le stationnement résidentiel, les pistes cyclables, le vélo public gratuit. Il s'agit d'une approche nouvelle, qui respecte le développement durable. En matière de gestion des déchets, nous avons introduit la poubelle verte, la poubelle papier, remportant un taux d'adhésion de 70%. Nous avons démarré notre concept énergétique à la mi-2004, avec des informations et des visites à domicile. En 2005, nous visons la réduction de la consommation d'eau, la qualité de l'eau, et la fourniture de 30 à 50% de la consommation de la ville en eau par ses puits. Quant à l'énergie, 100% de l'électricité est produite sur base de gaz et d'énergies renouvelables. Nous nous sommes battus pour que la centrale TGV alimente le site Esch-Belval.
Nous envisageons de regagner de l'espace public pour le privé. Les places de l'Hôtel de ville et de la Gare sont en train d'être réhabilitées et le parking en surface deviendra sous-terrain et cédera la place aux piétons.
Nous avons organisé les services de la ville afin qu'ils soient les plus faciles possibles pour les citoyens, avec l'introduction du guichet unique. Nous avons adopté une approche de totale transparence dans la politique de recrutement.
Nous ne sommes ni naïfs, ni rêveurs et je pense honnêtement que l'on ne peut pratiquement pas aller plus loin que ce que nous avons fait pendant 5 ans. Sur tous les dossiers importants, nous avons obtenu ce que nous voulions. J'ai un seul regret concernant ce que nous n'avons pas réussi: c'est la réalisation d'un centre culturel. Nous avons maintenant deux nouvelles idées en cours et je suis convaincu que l'une des deux va aboutir. Mais ce ne sera pas le cas avant la fin de notre mandat.
Par ailleurs, nous avons aussi beaucoup investi dans les infrastructures scolaires et ce n'est pas encore fini. Le projet global de l'école du Brill est en train d'être finalisé et l'extension de l'école de Lalange, de l'école Jean Jaurès, la fin de la rénovation de l'école Grand Rue, représentent également de très gros investissements.
2006 correspondra au centenaire de la ville. Quel sera, dans les grandes lignes, le programme des manifestations qui y seront consacrées?
Des groupes de travail se chargent d'élaborer le programme. Je pense que c'est un peu trop tôt pour en parler. Nous avons embauché, pour 2 ans, un coordinateur pour cette année du centenaire, Paul Kuffer, qui a commencé le 1er mars dernier. Nous avons déjà plusieurs projets au niveau culturel. Cet événement s'étendra sur toute l'année 2006 et se déroulera essentiellement dans les Nonewissen, qui est notre projet du centenaire.
Que pensez-vous de la façon dont la politique du logement est menée: l'attractivité d'Esch est-elle réelle?
Beaucoup de gens s'intéressent à Belval et personne ne s'intéresse aux autres projets à part nous. Il n'y a pas que Belval à Esch et c'est pour cela que nous développons les Nonewissen ou Schlassgoart. Pour nous, ce n'est pas une concurrence, c'est une complémentarité, exactement comme doit être la complémentarité entre Esch et Belval.
Nous avons réalisé beaucoup d'investissements au niveau du logement. Nous n'avons pratiquement que des appartements à Esch, ce qui n'a pas que des avantages. Nous avons aussi essayé de développer des mini-projets, car nous voulons d'autres formes d'habitat que des appartements. Il y beaucoup de casseroles sur le feu. Tous ces projets, Belval Ouest compris, permettront d'offrir près de 6.000 logements.
Nous ne voulons pas seulement attirer des habitants mais aussi éviter que des gens partent d'Esch. Il y beaucoup de gens qui naissent à Esch, vont à l'école à Esch, embrassent des carrières prometteuses et qui, avec les moyens dont ils disposent, ont l'impression de ne pas trouver à Esch une habitation qui leur corresponde. Alors ils partent. Ce sont des Eschois, qui ont du pouvoir d'achat à amener à l'économie locale, des gens qui peuvent contribuer à un véritable mélange social sain et ces gens quittent Esch depuis longtemps. Nous voulons inverser cette tendance.
Nous avons deux choses à offrir, l'Esch dynamique, moderne, nouvelle, et l'Esch historique, ainsi qu'une véritable culture dans la ville. Si on n'arrive pas à valoriser ces éléments-là, Belval risque d'avaler l'Esch existant.
La ville a-t-elle intérêt à se positionner comme une alternative à la crise du logement qui sévit à Luxembourg-ville?
Oui, cela peut être une alternative pour pas mal de gens, mais nous espérons aussi que le développement économique qui est lié à un projet comme Belval Ouest permettra d'offrir des emplois à Esch. Nous souhaitons développer la ville et lui donner véritablement cette empreinte de ville orientée vers l'avenir, de ville exigeante sur la qualité.
Envisagez-vous comme à Luxembourg de nommer un city manager?
Nous sommes en discussion avec l'association des commerçants de la ville sur ce sujet depuis pas mal de temps. La ville a toujours été prête à fournir ses efforts. Si chacun est prêt à assumer ses responsabilités, c'est certainement un plus pour la ville d'Esch. Une option que nous privilégions est la collaboration avec les commerçants.
Selon vous et compte tenu des développements actuels, à quoi faut-il s'attendre à l'horizon 2010 pour la Métropole du Fer? Comment s'affranchir de l'influence de la grande capitale voisine?
J'espère que tout ce que nous avons entamé sera réalisé d'ici 2010. Je pense que d'ici-là le centre-ville d'Esch aura changé d'aspect. Je pense que ce sera une ville beaucoup plus vivable où les gens se sentiront mieux; une ville qui aura déjà pris une partie de son essor économique. Je pense aussi qu'Esch va devenir politiquement, culturellement et économiquement beaucoup plus puissante. Je ne pense pas que Esch doive s'affranchir de Luxembourg. Ces deux villes ne sont pas en compétition, au contraire, elles sont complémentaires. La ville de Luxembourg apporte beaucoup au pays. Nous, nous souhaitons apporter plus au pays que ce que nous lui avons apporté ces 20-25 dernières années en raison de la crise.
En 2007, Luxembourg et la Grande Région seront Capitale européenne de la Culture. Quelle signification cet événement a-t-il pour vous personnellement? Quel rôle la ville d'Esch entend jouer dans cet événement?
L'approche choisie par Robert Garcia, le coordinateur, est une très belle approche. La frontière est davantage présente dans les têtes qu'elle ne l'est réellement. Vouloir faire passer ce message par des projets culturels est une excellente idée. Nous allons nous-mêmes participer à l'année culturelle avec un projet, où la lumière jouera un rôle important, qui sera rendu public le moment venu.
Quelle sera, selon vous, l'influence du résultat des dernières élections législatives sur les futures élections communales?
Je pense que les gens votent essentiellement selon des considérations locales. Esch est à nouveau dynamique et je suis certain que les gens ne veulent pas revenir en arrière. Il n'y aura pas de grande coalition comme au niveau national parce que les gens ont déjà connu cela et l'expérience s'est terminée par un chaos total. La ville a été bloquée pendant 6 ans. En revanche, j'espère que l'excellent résultat des Verts aux législatives et aux européennes de 2004 va se reproduire aussi aux communales. Nous allons nous battre pour améliorer notre score et visons un troisième siège. Je suis confiant de pouvoir l'obtenir.
Dans l'hypothèse où vous seriez élu bourgmestre en octobre, quelles seraient vos premières initiatives? Quelles seraient vos priorités, exemples concrets à l'appui?
D'abord, je ne pense pas que cela soit réaliste. Je trouve que Mme Mutsch a fait du très bon travail en tant que bourgmestre. Si les Verts restent au sein d'une coalition au sein du collège échevinal, ce sera à la condition que les réformes continuent. Le cap que nous tenu depuis cinq ans est tout à fait celui qui nous ressemble, celui que nous souhaitions pour la ville d'Esch.
Les électeurs ont le pouvoir de décider de poursuivre les réformes ou de revenir dans des eaux très calmes. Ce n'est pas avec un projet que l'on gagne les élections mais avec la garantie que tous nos projets ressemblent à ce qui a été fait pendant 5 ans. Cette coalition avait la force politique de réformer. Nous avons réalisé ce que les gens ont voté. Aujourd'hui, les Verts sont pris aux sérieux, ils ont gagné l'estime à Esch. Nous avons pris un poids politique certain'.

1265.8537 

Publier un nouveau commentaire