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Par: Jean-Michel Gaudron  |  Publié le 25.03.2005 1:00

André Hoffmann (Déi Lénk) «S'affirmer comme un centre urbain propre»


Auteur(s): 
Jean-Michel Gaudron
Interview ?: 
Pas interview

Né à Luxembourg-ville, André Hoffmann n'est arrivé à Esch-sur-Alzette qu'en 1970, au moment de sa nomination en tant qu'enseignant au lycée de garçon. Un poste qu'il occupe toujours, du reste (il y est professeur d'Allemand et de Philosophie). «Je me sens pleinement Eschois», confirme-t-il pour ceux qui auraient eu un doute quant à son implication pour sa ville d'aujourd'hui, qu'il trouve, à l'image de la population du sud du pays, en général, «franche et populaire, sans complexe et dynamique».

Si son orientation politique lui fait plutôt préférer les quartiers populaires de la Métropole du Fer, il apprécie tout autant de pouvoir flâner dans ses alentours, dans ces "paysages impressionnants marqués par l'histoire", qu'il juge, souvent, bien plus beaux et attirants que d'autres endroits du pays pourtant vantés par les guides touristiques.

Si vous deviez expliquer et décrire Esch-sur-Alzette à un non-Luxembourgeois, voire un non-Européen, que diriez-vous?

"C'est une ville qui porte les marques de son histoire et de sa transformation, en quelques décennies, d'un village plutôt modeste en une ville industrielle, la deuxième du pays. L'urbanisme de la ville reflète cette évolution: il y a les maisons bourgeoises au centre-ville, essentiellement, puis les cités ouvrières autour du centre, avec un cachet intéressant qu'on essaye de préserver et une population essentiellement ouvrière et toujours très fortement marquée par diverses immigrations, allemande, polonaise, italienne, portugaise, ex-yougoslave.

D'ailleurs, depuis quelques semaines, la population étrangère est majoritaire à Esch. Mais en se basant sur le seul lieu de naissance, la proportion serait bien différente puisque 80% des résidants à Esch sont nés au Luxembourg.

Quel bilan tirez-vous de la politique communale menée à Esch depuis 2000? Quelles ont été les bonnes choses? Les moins bonnes choses? Les oublis éventuels?

La coalition s'était donnée, après des négociations exceptionnellement intenses, suite aux secondes élections de 2000, un programme ambitieux, non seulement de continuation, mais aussi d'innovation et de revitalisation de la politique communale. En ce qui concerne La Gauche, on peut vérifier, en comparant notre programme électoral pour ces secondes élections, avec celui de la coalition, que nous avons réussi à marquer de notre seing ce programme commun des trois partenaires. Après 5 ans, je constate que la plus grande partie de ce programme est soit réalisée soit en train d'être réalisée.

On sait évidemment qu'un calendrier annoncé au début ne peut pas être respecté. Mais d'une façon générale, les grands projets prévus sont là: le Biergeramt fonctionne bien; la nouvelle politique des transports avec les city bus fonctionne bien; nous avons installé un service à l'égalité des chances qui fonctionne bien aussi.

La rénovation du centre-ville, qui était un des points forts du programme, est en train de se réaliser. Les travaux du parking souterrain devant l'Hôtel de Ville vont commencer; la rénovation de la Place de l'Hôtel de Ville sera faite probablement encore cette année et la Place de la synagogue sera inaugurée le 8 mai...

En matière de politique sociale, nous avons eu quelques idées innovantes: nous sommes les premiers à avoir installé une observation sociale permanente. Un premier rapport a été établi et à partir de là, nous avons créé un autre instrument nouveau, sous forme d'un service de développement social. Nous sommes les premiers et les seuls! Ces deux instruments nous ont permis de réaliser un certain nombre de projets concrets. Dans le quartier populaire par excellence du Brill, par exemple, il y a une maison des citoyens où nous offrons des cours d'alphabétisation, des cours Internet, gratuitement ou à prix très modestes, ou bien des devoirs à domicile pour les enfants.

Bientôt aussi, avec l'association Interaction, sera créée une école des consommateurs pour prévenir le surendettement. Cet hiver a également marqué la première étape pour un foyer de nuit: d'abord sous forme d'une structure d'urgence que nous allons transformer en structure permanente.

En ce qui concerne les logements sociaux, la ville d'Esch a depuis longtemps un nombre élevé de logements sociaux communaux. Nous sommes les premiers, proportionnellement, bien plus que n'importe quelle autre ville. Il n'y en a pas assez, mais il y a un grand programme de rénovation en cours pour ces logements.

Je pense en revanche que nous aurions pu faire davantage en matière d'enseignement. Le rapport social a montré que le niveau de qualification de la population d'Esch est en-dessous de la moyenne nationale. Il faut donc faire des efforts au niveau des écoles. La commune n'est pas compétente en matière de programme, mais elle peut initier des programmes de soutien pour améliorer l'égalité des chances.

Le chantier majeur de ces prochaines années concerne la réhabilitation des friches de Belval-Ouest. Quel regard portez-vous sur l'évolution de ce gigantesque projet?

Le réaménagement des friches avec des institutions publiques, une partie de l'Université et des entreprises privées, devrait donner un coup positif à la région du sud et même à la partie française de l'autre côté de la frontière. Ce que l'on peut regretter, c'est qu'Arcelor profite peut-être exagérément de la revente des terrains qui auraient dû revenir à la collectivité.

Ce qui manque, aussi, c'est un projet de développement global de l'ensemble de la région, y compris au niveau frontalier. Il aurait fallu voir quelle sorte de développement social il convient d'aménager, quelles catégories d'emplois sont à créer, quelles qualifications pour les jeunes pour occuper ces emplois et quelles mesures vers les moins jeunes pour une requalification' De telles questions n'ont pas été traitées suffisamment dans cette dynamique.

Hormis Dexia-BIL et l'hôtel Ibis, aucune initiative privée ne semble s'y développer. Faut-il s'en inquiéter?

L'investissement public est souvent le premier avant l'investissement privé. Je ne crois donc pas qu'il faille s'inquiéter outre mesure de l'absence actuelle de grands projets privés. C'est une question qui dépasse largement les friches: une question de développement économique général.

Quelle est votre position quant à la lutte pour l'exploitation du complexe cinématographique? Avez-vous une préférence?

Je n'ai pas d'avis particulier sur la question. J'espère simplement que ce complexe ciné se réalisera, mais, aussi, que dans le même temps, l'Ariston ne disparaîtra pas. Comparé à Utopolis, qui est tout proche du centre-ville, Belval, c'est déjà loin d'Esch. Or, le cinéma contribue aussi à la vie d'un centre-ville...

2006 marquera le centenaire de la ville. Quel sera, dans les grandes lignes, le profil des manifestations qui y seront consacrées?

On attend une impulsion nouvelle du développement de la ville. Je crois qu'une telle année devrait contribuer à l'image de la ville et à son développement dynamique.

Je plaide pour le durable. Le parc urbain sera le parc du centenaire. Il est inévitable qu'une telle année se fasse sous forme d'événements qui apparaissent et disparaissent. Mais il faut aussi mettre le poids sur ce qui est durable. Le développement du quartier de Nonnewissen est un exemple...

S'agira-t-il d'une sorte de répétition générale avant l'année 2007, lorsque Luxembourg et la Grande Région seront Capitale Européenne de la Culture?

La ville d'Esch a présenté un projet autour du thème de la lumière et je crois que le projet a trouvé un écho favorable. 2007 constitue évidemment un rendez-vous important pour Esch, en tant que 2e ville du pays. De plus, du voeu même de Robert Garcia, cette année 2007 a un aspect régional et transfrontalier. Or Esch est bien placée pour prendre des initiatives dans ce domaine des relations transfrontalières.

Que pensez-vous de la façon dont la politique du logement est menée: l'attractivité d'Esch est-elle réelle?

L'attractivité existe au niveau des constructions. Il y a beaucoup de projets nouveaux et importants: pas seulement pour des maisons, mais aussi des quartiers nouveaux. Mais le grand problème demeure les prix. Pour revenir à Belval-Ouest, il faut évidemment faire attention: selon les emplois qui y seront créés et selon la population attirée, il y a un risque de nouvelle flambée des prix de l'immobilier, ce qui renforcera le problème social du logement et pas seulement à Esch, mais au Luxembourg en général.

Il faut augmenter largement le nombre de logements sociaux gérés par des institutions publiques ou parapubliques, du genre commune ou fonds de logement. Il faut aussi prendre des mesures pour que toutes les communes s'engagent sur ce terrain du logement social. Or, il y a des communes qui refusent des logements sociaux, même si cela ne leur coûte rien, car ils ne veulent pas de cette population-là. Il y a alors un risque de phénomène de "ghettoisation' et les communes accueillantes seront confrontées à d'autres problèmes.

La ville a-t-elle intérêt à se positionner comme une alternative à la crise du logement qui sévit à Luxembourg-ville?

Nous avons en effet intérêt à créer des quartiers nouveaux... Mais nous n'allons pas construire sur le Galgebierg! Il faut densifier les centres urbains afin de préserver les espaces libres autour de ces centres. Cela correspond, du reste, aux recommandations de l'IVL: utiliser les lacunes dans les villes et augmenter la population.

On ne peut plus s'attendre à ce que tout le monde ait son bungalow avec un hectare de terrain autour. Mais cela veut dire aussi qu'il faut trouver des formes de construction nouvelles où la densité et une certaine intimité puissent être compatibles. C'est l'un des objectifs visés par le quartier de Nonnewissen. De telles formules existent aux Pays-Bas, par exemple...

Envisagez-vous comme à Luxembourg de nommer un city manager?

Nous en parlons depuis trop longtemps, mais nous n'avons pas vraiment trouvé, jusque là, un accord concret entre le collège échevinal et les commerçants. Sans les friches, il serait déjà nécessaire de revaloriser le centre-ville. Alors, avec les friches, cela devient encore plus nécessaire, car il y a danger de déséquilibre et que la "nouvelle ville" de Belval Ouest conduise au déclin de "l'ancienne ville" d'Esch. Il faut vraiment prendre des mesures pour redynamiser le centre-ville au niveau des logements, du commerce, de son attractivité. Ca n'avance pas assez vite. Des deux côtés, il y a un pas à faire...

Selon vous et compte tenu des développements actuels, à quoi faut-il s'attendre à l'horizon 2010 pour la Métropole du Fer? Comment s'affranchir de l'influence de la grande capitale voisine?

J'espère voir une ville vivante avec un centre-ville plus attractif, avec des logements accessibles pour tout le monde, avec une meilleure osmose entre les différentes parties de la population, entre Luxembourgeois et non-Luxembourgeois. Nous voulons également réduire le taux de chômage, qui est, à Esch, au-dessus de la moyenne nationale.

La ville d'Esch doit s'affirmer comme un centre urbain propre situé dans le sud, indépendamment de la ville de Luxembourg. La ville d'Esch a vocation à être un centre urbain dont le périmètre extra-urbain concerne 200 ou 300.000 personnes, avec les régions lorraine et belge... Là, il faut absolument, et il s'agit d'une critique vis à vis de la politique gouvernementale, que cette %u2018centralité' d'une ville dans sa région soit honorée par un financement adéquat, ce qui n'est pas le cas... On ne répond pas adéquatement aux besoins d'une ville comme Esch si on distribue les moyes financiers en tenant compte seulement du nombre d'habitants intra muros. On occulte alors tout ce que cette ville doit accomplir dans la grande région autour.

Quelle sera, selon vous, l'influence du résultat des dernières élections législatives sur les futures élections communales?

C'est difficile à dire. Il y a toujours d'autres considérations qui jouent au niveau local, ne serait-ce que parce qu'au niveau national, la personnalité de Jean-Claude Juncker a joué un rôle important. Ici, il n'est pas éligible.

On ne peut pas prévoir non plus que le DP fasse un grand bond en avant, au vu des résultats des élections parlementaires. Je ne pense pas qu'il y aura beaucoup de changements, sauf que pour nous, la décision des communistes de quitter le mouvement unitaire ne va pas nous conforter. On l'a bien vu au niveau national...

Dans l'hypothèse où vous seriez élu bourgmestre en octobre, quelles seraient vos premières initiatives? Quelles seraient vos priorités, exemples concrets à l'appui?

La prochaine coalition, quelle qu'elle soit, devra d'abord continuer ce qui a été entamé et terminer les grands projets en cours. Et il y en a beaucoup.

J'aimerais ensuite qu'au niveau de la politique scolaire il y ait des initiatives nouvelles en matière pédagogique, comme le soutien des enfants en difficulté par des personnes qualifiées ou bien l'aide aux parents pour aider leurs enfants. Il faut s'inspirer d'exemples à l'étranger.

Dans le domaine social, j'espère bien que les premiers pas que nous avons fait soient poursuivis, notamment dans le domaine d'une politique communale de l'emploi, où l'on progresse en collaboration avec les employeurs... Tout est bon à prendre. Comment s'aider mutuellement pour trouver un emploi pour les demandeurs résidant à Esch, comment faire pour que le niveau et la forme de qualification corresponde à ce dont les entreprises ont vraiment besoin, comment faire pour aider à accroître le nombre d'emplois pour l'entreprise, etc.

A la fin du mandat, en 2010, qu'attendriez-vous avoir pu réaliser sans faute?

Nous souhaiterions ardemment que la ville d'Esch propose un logement pour tous, afin de ne plus avoir à faire appel aux foyers de nuit... Il faudrait également pouvoir assurer une qualification pour chaque enfant qui sort de l'école. Cela paraît sans doute utopique, mais nous devrons faire tous les efforts nécessaires pour nous en approcher".


 
 
 
 
  



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