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Par: Florence Reinson  |  Publié le 25.03.2005 1:00

François Maroldt (CSV) : «Pour moi, Esch constitue certainement une alternative »


Auteur(s): 
Florence Reinson
Interview ?: 
Pas interview

Professeur d'anglais de formation, François Maroldt, 53 ans, a suivi ses études dans le nord de l'Angleterre, à Liverpool. Ensuite, il a enseigné durant de nombreuses années au Lycée technique d'Esch-sur-Alzette avant de rejoindre le lycée Hubert Clément où il a occupé ces huit dernières années le poste de directeur adjoint. 

Elu député suite aux élections législatives de juin dernier, M. Maroldt est membre du CSV depuis 1992 et a été échevin de la ville d'Esch de septembre 1999 à mai 2000.

Né à Esch-sur-Alzette, François Maroldt, aujourd'hui père de deux enfants, a passé sa jeunesse dans le quartier du Brill. Lorsqu'il a débuté sa carrière comme professeur au Lycée technique Mathias Adam à Pétange, il s'est installé à Sanem, avant d'être muté, l'année suivante, au Lycée technique d'Esch.

Si vous deviez expliquer et décrire Esch-sur-Alzette à un non-Luxembourgeois, voire un non-Européen, que diriez-vous?

"C'est surtout une ville qui possède une tradition industrielle et ce n'est pas un hasard si nous sommes fiers du titre "Métropole du Fer". Il y a eu à Esch-sur-Alzette deux sites de sidérurgie lourde, Belval et Terres Rouges, et, à côté, se trouve Arbed Schifflange. Nous sommes donc vraiment entouré d'industries qui ont rendu impossible une certaine expansion.

Au départ, le territoire de la commune d'Esch était assez restreint, au contraire des communes avoisinantes, comme Belvaux et Schifflange. Alors qu'auparavant plusieurs familles logeaient sous le même toit, aujourd'hui ce n'est plus le cas. Il y a eu un besoin certain de logements mais les possibilités d'Esch sont assez limitées. Des jeunes sont allés s'installer dans les communes avoisinantes. Pourtant, cette cité industrielle a certainement son charme. On n'y trouve pas de grands clivages sociaux comme à Luxembourg-ville. A la fin du XIXe siècle, lors de l'explosion économique due au développement de la sidérurgie, nous avons connu une très forte immigration, provenant d'Italie, de Pologne et d'Allemagne. Je crois que cette immigration a aidé à former le caractère de l'Eschois.

Quel bilan tirez-vous de la politique communale menée à Esch depuis 2000? Quelles ont été les bonnes choses? Les moins bonnes choses? Les oublis éventuels?

La majorité en place insiste sur le fait qu'elle ait réalisé une bonne partie de son programme électoral. Je ne peux que le confirmer, mais il existe tout de même une différence entre ce qui a été réalisé et comment cela a été fait. Est-ce que les objectifs qui ont été posés ont été atteints? Prenons l'exemple du guichet unique que d'autres partis avaient aussi intégré dans leur programme électoral.

Avant les dernières élections, nous avions déjà acquis des locaux dans un immeuble avoisinant la ville et nous avions pensé y réaliser ce guichet unique à une échelle plus modeste que ce qui a été finalement réalisé.

Du point de vue esthétique, c'est très beau mais il faut aussi voir l'impact que ce guichet unique a eu sur le fonctionnement de l'administration communale. Elle a été complètement bouleversée, jusqu'à déplacer des employés d'un service à un autre. Il y a eu du mécontentement. Ce que voit le visiteur, ce sont les locaux mais il ne se rend pas compte que derrière il y a des problèmes de fonctionnement. L'efficacité des services en a beaucoup souffert.

Dans le même ordre d'idée, alors que l'on cherchait un emplacement pour y construire une nouvelle école, trois sites ont été présentés au conseil communal et aucun n'a été retenu. Il a fallu réaliser des études pour ces sites et cela coûte de l'argent. Dès le départ, le CSV avait pourtant perçu qu'aucune de ces propositions n'était valable. On leur reprochait surtout de vouloir en faire trop.

Il y a eu d'autres initiatives, comme le city bus ou les vélos, qui ont été critiquées. Sur le fond, nous trouvions que c'était une bonne idée, mais pour réaliser les études qui accompagnent un projet, ils déléguaient une entreprise étrangère qui, parfois, ne comprenait pas les besoins de la population locale. Une autre faille s'est trouvée dans la mise en pratique de ces projets. Par exemple, en ce qui concerne le city bus, il y a encore des endroits qui ne sont pas desservis. Nous avons également critiqué la fréquence de ces bus: nous ne voyons pas, par exemple, l'utilité de faire passer un bus le dimanche à 7h dans un quartier résidentiel.

Quant aux vélos, à l'origine, ils devaient servir à accroître la mobilité et réduire le trafic au centre-ville. Mais en fin de compte, ils sont devenus des jouets, certains utilisateurs montant à 2 ou 3 dessus! C'est aussi une question de civisme. Il ne suffit pas de mettre à disposition des vélos si on ne s'occupe pas de sensibiliser les mentalités.

Actuellement, nous allons nous retrouver avec trois chantiers lancés presque simultanément au centre-ville, cela va entraver la circulation et si cela devient presque impossible pour les visiteurs et même pour les locaux de venir, alors ils iront ailleurs.

Concernant le parking résidentiel, on peut discuter. Nous aussi, nous avons donné notre accord, mais au départ, nous aurions dû commencer par la création d'un parking d'accueil et mettre en service des navettes, comme cela se fait à Hollerich.

Ce qui me préoccupe un peu, c'est l'avenir en raison des nombreux projets en cours. Dans notre programme électoral, pour octobre, nous allons clairement annoncer que nous voulons un état des lieux de la situation financière parce que, en tant que conseiller de l'opposition, il nous est vraiment impossible d'avoir des chiffres précis. A mon avis, il y a tellement de crédits qui sont engagés qu'il ne reste qu'une petite marge de manoeuvre pour la prochaine coalition. Moi, je trouve raisonnable de toujours conserver une petite cagnotte pour l'imprévu.

Le chantier majeur de ces prochaines années concerne la réhabilitation des friches de Belval-Ouest. Quel regard portez-vous sur l'évolution de ce gigantesque projet?

C'est un projet crucial pour la ville d'Esch-sur-Alzette parce que nous sommes assez limités, en terme de place, pour notre expansion. Il sera très important pour garder la population et donner aux jeunes la possibilité de s'installer. Bien sûr, il sera aussi vital et important qu'il y ait une très forte entente entre les deux communes, Esch et Sanem, parce que si chacun commence à essayer de tirer la couverture à soi, ce ne sera pas un succès.

Je crois qu'il y a de fortes chances pour que cela marche bien mais il ne faut pas perdre de temps. Je trouve que l'on a déjà trop discuté et la concurrence, elle, n'attend pas. Par exemple, à Luxembourg-ville, la zone de la Cloche d'Or est en train de se développer.

Un autre projet qui me tient à coeur, Terres rouges, situé à 100% sur le territoire eschois, est déjà bien avancé. On devrait y déplacer un lycée qui se retrouvera en face du conservatoire. La coopération et les synergies entre le conservatoire et le lycée pourront être très intéressantes. Pour moi, c'est aussi un projet vital pour la ville d'Esch.

Hormis Dexia-BIL et un hôtel Ibis, aucune initiative privée ne semble s'y développer. Faut-il s'en inquiéter?

Certainement. Les investisseurs privés attendent le signal, ils sont prudents et c'est pour cela que je crois que le monde politique doit prendre ses responsabilités et donner ce signal indiquant que tout est clair et que l'on va de l'avant. C'est pour cela aussi que l'université doit avancer. Pour le moment, il y a encore des combats d'arrière-garde.

2006 correspondra au centenaire de la ville. Quel sera, dans les grandes lignes, le programme des manifestations qui y seront consacrées?

Pour le moment, des groupes de travail émettent des réflexions. Au conseil communal, nous avons essayé de chiffrer l'événement mais on sait pertinemment qu'il faudra voter des rallonges parce que le budget initial sera dépassé. Je n'ai pas d'indications précises, mais je sais qu'il était question d'amener le tour de France. Si on amène des stars, il faudra les payer. Une arrivée d'étape de tour de France, ce n'est pas gratuit. Nous allons collaborer sans vouloir en revendiquer les mérites.

Que pensez-vous de la façon dont la politique du logement est menée: l'attractivité d'Esch est-elle réelle?

Il faut faire attention d'avoir une culture d'habitation mixte. Il faut prévoir des logements bon marché - nous le faisons de toute façon par l'intermédiaire du fonds du logement - pour les gens qui ont des revenus plus modestes, mais je crois aussi qu'il faut donner la chance à des gens qui veulent construire des maisons uni-familiales. Il est très important de réaliser des PAG, les adapter régulièrement et ne pas laisser faire n'importe quoi aux gens, comme dans certains petits villages.

De toute façon, Esch étant tellement encerclée, il n'existe pas beaucoup de possibilités de construction. Si, d'un point de vue financier, il est intéressant pour une commune de compter davantage d'habitants, puisque la dotation dépend directement de l'importance de sa population, d'un autre côté, plus il y a de citoyens et plus il faut d'écoles, d'hôpitaux... C'est un cercle vicieux. On ne pourra pas dépasser largement le nombre de 30.000 habitants. Aujourd'hui, nous sommes à 27.000 et si on compte le projet des Nonnewissen et d'autres petits projets, on se rapproche très fort de ce chiffre.

La ville a-t-elle intérêt à se positionner comme une alternative à la crise du logement qui sévit à Luxembourg-ville?

Pour moi, Esch constitue certainement une alternative. Je suis né à Esch-sur-Alzette et, naturellement, j'apprécie à juste titre ce que je considère comme des avantages. C'est une ville où on peut encore se déplacer en vélo. C'est une ville très conviviale, très intime où vous connaissez encore vos voisins. Les Eschois ont une certaine personnalité, ils sont très francs, très ouverts et je crois qu'il faut veiller à garder ces atouts. Avant, beaucoup de gens venaient à Esch pour faire les magasins parce qu'ils trouvaient que les contacts étaient plus familiers, qu'ils étaient mieux servis. Aujourd'hui, nous sommes en train de vivre une phase critique aussi à Esch. Les grandes chaînes de magasins viennent s'installer ici et le commerce de qualité part.

Envisagez-vous comme à Luxembourg de nommer un city manager?

C'était prévu dans le programme de la coalition actuelle. Je ne sais pas pourquoi elle ne l'a pas fait. Il s'agissait sans doute aussi de définir ses attributions et ses fonctions. La ville a maintenant un event manager mais le travail d'un city manager comporte d'autres facettes. Par ailleurs, un coordinateur pour le centenaire a été engagé ; nous avions voté contre cette nomination, invoquant que la ville disposait déjà d'un event manager.

Selon vous et compte tenu des développements actuels, à quoi faut-il s'attendre à l'horizon 2010 pour la Métropole du Fer? Comment s'affranchir de l'influence de la grande capitale voisine?

Tout va dépendre de la manière dont on va développer les deux friches. Je pense que celles-ci vont donner un peu d'attrait. Il est important que l'on arrive à clôturer tous les chantiers à temps. Une autre condition sine qua non sera d'arriver à régler tous les problèmes de mobilité et de circulation, ce qui est essentiel pour rendre une ville attrayante. Il faudra encore optimiser ce qui existe déjà, en terme de cinéma, de restaurants ou de soins médicaux, afin que les gens se sentent bien.

Ils attendent aussi d'une ville qu'il y ait de l'animation après les heures de travail. Pour le moment, on est assez limité dans ce sens-là, les magasins ferment très tôt, les restaurants et les cafés sont concentrés dans une seule rue. Ce sera très important de faire avancer très vite les deux dossiers précités. A mon avis, si l'université vient à Esch, cela amènera des jeunes et les jeunes apportent de la vie dans une ville.

Quelle sera, selon vous, l'influence du résultat des dernières élections législatives sur les futures élections communales?

A mon avis, il s'agit d'un baromètre intéressant pour nous car le phénomène Juncker a joué. Mon score a été presque égal à celui de la bourgmestre d'Esch. La confiance que vous inspirez et la présence sur le terrain peuvent aider. J'ai toujours été intéressé par ce qui se faisait dans ma ville. Indépendamment des résultats, j'espère que je pourrai continuer à contribuer à l'essor de la ville d'Esch.

Dans l'hypothèse où vous seriez élu bourgmestre en octobre, quelles seraient vos premières initiatives? Quelles seraient vos priorités, exemples concrets à l'appui?

Cela dépendra de mon score et de la volonté des électeurs. Je pourrais intervenir dans les secteurs qui seraient sous mon influence directe. J'optimiserais les services communaux et je veillerais à la mise en oeuvre des projets. D'abord, je réaliserais un audit sur les moyens dont dispose la commune. Je pense qu'avec ces moyens, on ne peut réaliser qu'un seul grand projet par législature.

Mais il faut avant tout s'investir dans des projets de qualité. Nous ne sommes pas à court d'idées mais il faut savoir ce qui est faisable. Nous aurons un changement de style, plus de suivi, plus de proximité. Je crois que l'on sera très conscient de la situation financière et de nos limites. On ne va rien promettre aux gens. Enfin, c'est à l'électeur de décider s'il veut continuer avec la politique actuelle ou s'il préfère un peu plus de sobriété mais aussi un peu plus d'efficacité ".


 
 
 
 
  



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