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Par: Marc Vandermeir  |  Publié le 25.03.2005 1:00

Lutter aussi contre le tabagisme en entreprise


Auteur(s): 
Marc Vandermeir
Interview ?: 
Pas interview

Le projet de nouvelle loi ne concerne pas seulement l'Horeca. Et les entreprises sont demandeuses d'aide.

"Il ne s'agit pas seulement d'une loi anti-tabac dans l'Horeca. La loi qu'entend promulguer le ministre de la Santé, Mars di Bartolomeo est une législation beaucoup plus générale. Parce que le Luxembourg est à la traîne en matière de lutte efficace contre le tabagisme et que la loi de mars 1989 est, d'une part, incomplète et, d'autre part, permet beaucoup d'interprétations, donc de contournements". Marie-Paule Prost-Heinisch, directrice de la Fondation luxembourgeoise contre le cancer (FLCC), ne mâche pas ses mots pour commenter le débat qui fait rage quant au fait d'interdire ou non le tabac dans l'Horeca.

Un pseudo-débat, donc. Pour les raisons déjà indiquées, "et parce qu'il est ridicule de discuter par rapport au client", souligne Mme Prost. "Ce qui compte - c'est d'ailleurs le but poursuivi dans les nombreux pays où une interdiction est en vigueur - c'est de protéger la santé du personnel. Ceux qui clament qu'il s'agit d'une question de liberté se trompent de débat. Chacun peut fumer s'il est informé des risques. Mais personne ne peut intoxiquer les autres. L'affaire est devenue politique, alors que cela n'a rien à voir: c'est une question de santé publique. Nous, FLCC, avons réagi dès qu'a été connue l'initiative du gouvernement. Pour nous en féliciter, bien sûr. Mais surtout pour souligner qu'il s'agit de s'inscrire dans une stratégie globale de prévention du tabagisme qui doit dès lors absolument aussi concerner les entreprises. D'ailleurs, ces dernières sont de plus en plus nombreuses à nous demander de l'aide".

Marie-Paule Prost vient aussi de présenter l'étude annuelle sur le tabagisme que l'ILReS effectue pour la Fondation. Il faut s'étonner que ce soit une association et non le ministère de la Santé qui commande et finance une telle étude: le tabac ne tue-t-il pas quelque 600 personnes chaque année au Luxembourg? De plus - mais ce n'est pas une spécificité nationale - il n'existe aucune statistique sur le coût pour la société du traitement des cancers dûs au tabac. Lorsqu'on contacte restaurateurs et cafetiers, beaucoup disent voir d'un mauvais oeil l'interdiction de fumer. Sans surprise.

Une autre étude ILReS, commandée en mars dernier par la FLCC, prouve qu'ils se trompent: 65% des 501 personnes de 15 ans et plus sondées indiquent être pour l'interdiction, et 31% contre. 14% iraient même plus souvent au restaurant (pour 9% moins); 17% plus souvent au café (pour 13% moins). Voilà qui tord donc le cou à l'idée que l'interdiction serait très mauvaise financièrement pour l'Horeca. En passant par un comble, puisque pas moins de 55% des fumeurs se disent eux-mêmes gênés par la fumée des autres!

Agir sur les prix

La directrice de la FLCC se réjouit de ce qui est une évolution nouvelle, mais reste prudente: "il n'y avait jamais eu, jusqu'à présent de volonté politique de gestion du tabagisme. Le gouvernement précédent a même bloqué la ratification de la convention cadre de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cela a été relancé par la coalition actuelle et cela servira à élaborer la législation nationale. Donc, une prise de conscience s'amorce".

Mme Prost constate avec une satisfaction certaine que, dans son avis sur cette convention OMS, le Conseil d'Etat rejoint la position de la FLCC en insistant lourdement sur l'importance des mesures financières et fiscales dans la lutte contre le tabagisme.

Là, il y a matière: le Luxembourg est, avec l'Espagne et le Portugal (où le niveau de vie est très différent), le pays d'Europe où les cigarettes sont les moins chères. Il est ainsi devenu une sorte de plaque tournante légale du commerce de cigarettes. Le Statec a souligné, il y a quelques mois, combien cela rapporte aux caisses de l'Etat.

L'étude ILRes indique un phénomène inquiétant: avec 31% de fumeurs, le tabagisme est stable depuis 1987. S'il touche plus d'hommes que de femmes et surtout les ouvriers, il fait rage chez les 18-24 ans, avec 47% de fumeurs, puis chez les 25-34 ans, avec 39% d'accros. A respectivement 40% et 34% dans ces résultats, les femmes prennent le risque majeur des conséquences du tabac lors de la grossesse.

On ne peut que constater que 24% "seulement" des 15 -17 ans disent fumer. Le bond dès les 18 ans indique entre autres l'effet de la publicité. "Ce qui prouve que le facteur majeur pour empêcher l'accès des jeunes au tabagisme est le prix", souligne Mme Prost. "La récente hausse de 20 cents n'est rien. Une étude de la Banque Mondiale indique qu'une hausse de prix de 10% provoque de 4 à 8% de fumeurs en moins selon les régions. Et qu'il faut que la hausse soit régulière, ce qui est le seul moyen d'empêcher l'accès au tabagisme chez les jeunes. Il est clair que c'est impopulaire et qu'il est très difficile, pour le Luxembourg, de se passer de 400 millions d'euros de recettes liées au tabac, mais c'est la seule solution'.

Mme Prost, en revanche, ne croit pas du tout à l'effet positif de l'interdiction de vente aux moins de 16. "Ce n'est pas efficace. Au contraire, ça rend pour eux la chose attractive en faisant passer le message qu'après 16 ans on peut fumer sans problème".

Bannir toute publicité

Alors que toute l'Europe agit dans un mouvement très clair, le Luxembourg est le mauvais élève, aussi, en matière d'interdiction de la publicité, constate la directrice de la FLCC. "La directive européenne sur l'interdiction de la publicité directe et indirecte doit être transposée pour le 31 juillet au plus tard, ce qui n'est pas encore fait à ma connaissance. Et il faut y ajouter une interdiction totale car, par exemple, la tolérer - comme maintenant - dans les abribus ou sur les grands panneaux d'affichage permet de très bien atteindre la cible du public jeune".

Si le politique bouge enfin, il suit de la sorte les attentes des 50% de fumeurs qui, selon l'étude ILReS, veulent arrêter. Et un mouvement bien amorcé aussi dans les entreprises. La demande d'aide de ces dernières auprès de la FLCC est même telle que la Fondation va lancer une campagne spécifique intitulée "Lieux de travail sans fumée, mais pas sans fumeurs".

La Fédération a créé, à cette occasion, un dépliant qui montre au fumeur que les mesures d'interdiction ne sont pas tournées contre lui mais contre la fumée et les risques qu'elle provoque pour tout le monde, partant du principe que chacun reste libre de fumer, mais il faut définir où et quand.

"C'est une question d'acceptance. Mais il faut aussi aider ceux qui veulent s'arrêter. Car le problème de la dépendance n'est aujourd'hui plus physique - il y a tous les moyens qu'il faut pour arrêter de fumer - mais psychologique. Là, c'est beaucoup plus difficile. Pour ces fumeurs, nous proposons gratuitement notre nouvelle brochure %u2018Tabac-Stop'", explique Mme Prost.

Il demeure un point qui ne passe pas inaperçu ni du côté des chefs d'entreprises, ni de celui des travailleurs non fumeurs et qu'un lecteur de notre confrère belge "Le Vif/L'Express" a très bien résumé dans la dernière édition de cet hebdomadaire : "Dans l'entreprise qui m'occupe, il est interdit de fumer à l'intérieur. C'est une excellente chose pour la santé des non-fumeurs. Effet pervers: chaque fumeur s'absente, en moyenne, de 5 à 10 minutes toutes les heures pour s'adonner à son vice. Ce qui fait une heure par jour. Sur une année de travail d'environ 220 jours, cela fait donc 220 heures, soit 5 semaines et demie! Par pur souci de justice et d'égalité, je demande donc qu'on leur retire un montant équivalent du salaire annuel ou, mieux, que les non-fumeurs aient droit à cinq semaines et demie de congé supplémentaire par an. Vous verrez le nombre de fumeurs chuter!" CQFD.


 
 
 
 
  



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