Inde: de belles perspectives économiques logo_print ← Revenir à la version écran logo_send

Publié le 28.03.2005

Une vingtaine d'entreprises fera partie de la prochaine mission économique en Asie. Certaines ont déjà des intérêts en Inde, d'autres entendent bien en développer.

Du 28 mars au 1er avril, une mission économique présidée par Jeannot Krecké, ministre de l'Economie et du Commerce extérieur, emmènera une vingtaine d'entreprises luxembourgeoises en Inde.



Le deuxième plus grand pays du monde, après la Chine, avec un milliard 600 millions d'habitants n'a acquis son indépendance qu'en 1947, après deux siècles de colonisation britannique. Cette république fédérale démocratique, membre du Commonwealth, possède de grandes ressources en minerai et charbon. Son PNB atteint 444,16 milliards de dollars, ce qui en fait la douzième économie du monde. Les investissements directs étrangers se sont élevés à 3,6 milliards de dollars l'année dernière. Les intérêts économiques y sont bel et bien présents, même s'il persiste certains obstacles. L'atout de l'Inde réside dans son capital humain: 35% de sa population a moins de 15 ans, 5% plus de 65 ans. Ses forces sont l'informatique et la biotechnologie.



"On a tendance, à tort, à comparer l'Inde à la Chine. 75% de la population indienne est rurale, ce qui n'est pas le cas de la Chine. Dans les années 90, des réformes structurelles ont été menées en vue de forcer le développement économique. L'Inde a, depuis lors, parié sur les niches technologiques et le secteur des services. L'endettement a fortement augmenté, rendant la croissance économique très fragile", explique Jean-Claude Vesque, head of international trade, international department de la Chambre de Commerce.



L'Inde est devenu le premier exportateur de services informatiques, totalisant 20% des exportations mondiales, devant les Etats-Unis et l'Irlande. Mais ce pays n'est pas une nouvelle Chine: il est plus pauvre, plus rural et beaucoup moins ouvert. "Nous travaillons depuis des années sur la non double imposition des sociétés. Ce traité n'est pas encore signé et nous espérons qu'il le sera lors de cette mission économique. En Inde, la bureaucratie est beaucoup plus importante que dans d'autres pays d'Asie", déplore M. Vesque.



Dans les années 80, les exportations de l'Inde ne représentaient que 5% du PNB, celles de la Chine atteignaient déjà 25%, celles de la Corée du Sud, 40% et celles de la Corée du Nord, 70%. Le Luxembourg, lui, exporte 90% de son PNB, précise M. Vesque. "Aujourd'hui, ces chiffres ont progressé mais le taux d'exportation se situe en-dessous de la moyenne des pays asiatiques", constate ce dernier.



Bonnes prévisions économiques


En 2003, les exportations du Luxembourg vers l'Inde ont atteint 10 millions d'euros, soit un douzième des exportations vers la Chine. Les importations d'Inde, qui représentent 25% du total des importations, s'élèvent aussi à quelque 10 millions d'euros.



Le Luxembourg exporte surtout des machines, des produits sidérurgiques, des matières plastiques et importe du textile et des métaux. Ce n'est pas un hasard si deux des trois entreprises luxembourgeoises qui sont présentes sur le territoire indien - Cargolux, Arcelor et Paul Wurth - sont actives dans le secteur de la sidérurgie. Ces trois sociétés feront partie du voyage, tout comme, notamment, Atoz, Dresdner Bank Luxembourg, l'Alfi, la Fedil, Villeroy & Boch, ou PwC.



"Les prévisions pour le développement économique en Inde sont positives. On attend entre 5 et 7% de croissance économique, ce qui est très bien, comparé à l'Europe, mais moins que la moyenne en Asie qui est de 8%. Ils ont du potentiel qui n'est pas exploité et freiné par la bureaucratie", regrette M. Vesque.



Pour l'heure, il n'y a aucune société indienne établie au Luxembourg, mais le département informatique du groupe Tata, pionnier de l'industrie informatique, serait en train de chercher à s'y implanter. D'ailleurs, le Board of economic development sera évidemment du voyage et rencontrera l'une ou l'autre société indienne intéressée à mettre un pied au Grand-Duché. En outre, le Luxembourg - qui compte une ambassade à New Delhi depuis deux ans - emploie en Inde un trade officer local qui ne travaille que pour les sociétés luxembourgeoises. Depuis 1997, date de la première mission économique en Inde, trois autres missions ont déjà eu lieu dans ce pays.



Mission de longue haleine


Les banques de la place seront représentées par l'ABBL. "Pour nous, il s'agit plutôt d'une mission de promotion dans un contexte très global, dont l'objectif est de faire connaître les attraits du pays dans un environnement européen, avec son savoir-faire bancaire, sa stabilité politique et sociale, sa politique de niches. Notre association - assistée par des représentants de banques établies au Luxembourg - essayera de nouer des contacts professionnels à New Delhi et à Mumbai, tout en sachant qu'une extension des relations commerciales bilatérales ne pourra être qu'une oeuvre de longue haleine", explique Guy Kaiser, du service communication de l'ABBL.



"Nous avons cependant suivi avec intérêt les discussions concernant les privatisations en Inde et les grands projets d'expansion des établissements bancaires. Si certains des interlocuteurs sur place jugent que la zone Euro n'est pas suffisamment attrayante pour les épargnants indiens, le dollar leur étant plus familier, il convient de signaler que la carte à jouer pour le Grand-Duché est effectivement son rôle historique dans la construction européenne. Les banquiers indiens souhaitent en effet nouer des relations avec des investisseurs européens. L'industrie luxembourgeoise des fonds d'investissement constitue un autre atout dans la présentation de la place financière. L'Inde est un pays en pleine effervescence. Le Luxembourg se doit de rencontrer les milieux professionnels sur place pour manifester ses intérêts et pour les concrétiser dans les années à venir", résume-t-il.



La plus ancienne filiale de Paul Wurth - dont l'ouverture remonte à 1993 - se trouve en Inde et compte 26 personnes, essentiellement des locaux. Le chiffre d'affaires qu'elle y réalise est estimé entre 9 et 10 millions d'euros pour les trois années à venir, ce qui correspond à quelque 3,4% de ses exportations totales, hors filiales "Actuellement, la filiale travaille exclusivement pour le marché local, vu que nous n'exportons pas en raison des nombreuses démarches administratives, note Patrick Leyser, head of department granulation technologies. A Taiwan et en Chine, les procédures sont moins lourdes, ce qui permet la fabrication et l'export de parties d'équipements pour des installations dans d'autres pays".



Par cette mission économique, Paul Wurth entend montrer que le groupe a bien l'intention de rester en Inde. "Le marché est en train de reprendre. Le pays prévoit d'augmenter sa production de fonte à 60 millions de tonnes par an d'ici 2012. Aujourd'hui, elle atteint 36 à 38 millions de tonnes. Pour nous, cela signifie de nouveaux projets qui nécessitent la collaboration intensive des équipes de Paul Wurth au Luxembourg et à New Delhi. Pour faire face à l'évolution du marché et aux attentes des clients, nous sommes en train d'évoluer d'un fournisseur d'équipements spécialisés vers la réalisation de projets clés en main. Pour mener à bien ces projets qui s'étendent souvent sur plusieurs années, une présence locale et le contact permanent avec les clients indiens sont essentiels. La consommation d'acier n'y est que de 30 kg par personne, alors qu'elle atteint 180 à 200 kg en Chine et 400 à 500 kg en Europe et aux Etats-Unis. Il y a un marché qui va croître mais pas comme en Chine. Le marché indien renferme donc un important potentiel, même si le rythme de croissance actuel n'est pas celui de la Chine".



Deux facteurs sont à prendre en considération: l'euro plus cher que le dollar; et la sidérurgie chinoise, en pleine croissance, commence à se positionner en Inde et va représenter un concurrent pour Paul Wurth. En outre, les salaires dans ces deux pays ne sont pas comparables à ceux d'Europe.



De son côté, Luxembourg Fine Wines, qui sera aussi du voyage, a signé un contrat pour importer en Europe les meilleurs crus d'Inde, via Grover Vineyards. "Nous sommes en phase de négociation pour exporter des vins luxembourgeois et d'autres vins européens en Inde", explique Geoff Thompson, managing director d'Erin, la société en charge de la communication. "L'Inde est un marché émergent et nous sentons que le moment est très opportun. Concernant les importations, nous anticipons 5.000 caisses de vin de Grover Vineyards la première année. L'Inde pourrait représenter 20% de nos affaires sur les trois prochaines années", espère-t-il.



Installé depuis 20 ans au Luxembourg, l'indien Ambi Venkataraman, Managing Director de EMDI Europe, entend, lors de cette mission, "bâtir la confiance dans l'esprit des %u2018business leaders' d'Inde et leur faire prendre conscience que le Luxembourg est une passerelle vers les pays de l'Union européenne". Toutes les importation d'EMDI - différentes parties d'ingénierie et de sous assemblages destinés à l'UE - proviennent d'Inde mais elle exporte encore très peu vers ce pays. "Avec l'Inde devenant de plus en plus avancée dans les différents secteurs économiques, combiné à la croissance des revenus du capital, les opportunités d'affaires y sont énormes", conclut-il.

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