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Par: Florence Reinson  |  Publié le 26.01.2007 1:00

Automobile: à plein régime


La croissance du secteur automobile au Luxembourg ne se dément pas. Et ce n'est probablement pas la nouvelle taxe «écologique» qui viendra enrayer une machine bien huilée, en progression constante depuis des années.

"Nous sommes satisfaits de l'année 2006. Nous nous situons encore très bien par rapport aux autres pays européens. Quand il y a une annonce de déficit, cela ralentit les ventes sur une ou deux semaines, mais pas sur les chiffres dans l'absolu", se réjouit Ernest Pirsch, président de la Fegarlux, la Fédération des garagistes du Grand-Duché de Luxembourg. Un constat partagé par John Kaysen, président de l'Adal, l'Association des distributeurs automobiles luxembourgeois: "Fin novembre, la progression était de 5,95%. Ce qui est supérieur à la croissance du marché européen qui est de 1% et aussi de celle de l'Allemagne qui est de 3%. L'économie en 2006 s'est mieux développée qu'on ne l'aurait cru. Cela continuera en 2007. La population est croissante et les prix restent très intéressants". Couplé à une certaine histoire d'amour entre le Luxembourgeois et sa voiture, voilà de quoi expliquer la croissance du secteur.

Le nombre d'immatriculations de voitures particulières, commerciales, utilitaires s'est élevé, sur l'année 2006, à 50.832 contre 48.517 un an plus tôt (source: Statec). "Il faut prendre ces chiffres avec précaution car, au Luxembourg, un nombre appréciable de voitures immatriculées partent vers d'autres pays. Le secteur de la distribution luxembourgeoise pourrait vivre avec un nombre d'immatriculations moindre. Le fait qu'un distributeur luxembourgeois exporte vers d'autres pays ne tient qu'à la volonté du constructeur. Même s'il ne peut le dire tel quel", précise M. Kaysen.

En 2006, Volkswagen a ravi la première place à Renault en vendant 6.689 véhicules, contre 5.550 en 2005 (+20%), Renault progressant moins rapidement (+2%), passant de 6.163 véhicules neufs immatriculés en 2005 à 6.291 en 2006. Audi arrive en troisième position (+6,4%), suivi par Peugeot (-4,27%) et BMW (+7,19%). Les ventes de coupés progressent de 14,51% et celles de tout terrain de 10,5%. Les cabriolets et autres roadsters n'ont plus la cote et régressent de 3,5%. Le parc automobile comptait, au 31 décembre dernier, 314.718 voitures particulières, commerciales, utilitaires pour une population de 459.500 habitants (1er janvier 2006). Selon M. Pirsch, les moteurs diesel représentent 80% des véhicules vendus et les grosses cylindrées ont toujours le vent en poupe, tout comme les monospaces de taille moyenne.

Pollueur-payeur

La nouvelle taxe sur les véhicules automoteurs, votée le 22 décembre dernier et publiée au mémorial le 29, est entrée officiellement en vigueur le 1er janvier 2007. En raison de soucis informatiques, la phase de transition de l'ancien vers le nouveau barème prendra encore quelques mois. Pour ceux dont la vignette vient à échéance durant les premiers mois de l'année, la taxe sera calculée selon l'ancien barème, c'est-à-dire en fonction de la cylindrée et non en fonction des émissions de CO2, mais elle sera recalculée et ajustée en cours d'année, de telle manière qu'en 2007 tout le monde sera, en fin de compte, soumis aux nouveaux tarifs. Cette nouvelle taxation ne concerne que les véhicules immatriculés après le 1er janvier 2001, date à partir de laquelle les émissions de CO2 ont été recensées par la Société nationale de contrôle technique.

L'objectif principal de la réforme de la taxe vise à encourager les automobilistes qui achètent un nouveau véhicule à s'orienter vers une automobile moins polluante. John Kaysen estime déjà que cette loi a échoué. "Je pense que cette nouvelle taxe ne va pas influencer le volume de vente pour 2007. Cette loi est d'abord une taxe qui va collecter des fonds, que l'on espère suffisants, pour faire fonctionner les mécanismes de Kyoto. La taxe est plus élevée que la précédente, mais le Luxembourg était privilégié jusqu'à maintenant et le sera encore d'ailleurs".

Le président de la Fegarlux se souvient que, pendant l'Autofestival 2006, alors que la taxe écologique venait d'être annoncée, les ventes n'ont pas souffert, mais il a fallu consacrer beaucoup de temps à expliquer cette taxe aux visiteurs. "Nous vendons aussi des 4x4 et nous avions très peur que les ventes diminuent, mais elles n'ont pas baissé énormément. Ceux qui veulent ce genre de véhicules peuvent se permettre de payer une taxe plus chère". L'édition 2007 de l'Autofestival, qui se tient du 27 janvier au 5 février, donnera probablement une première indication sur l'impact de la taxe écologique. "Cette taxe ne serait pas une raison de faire un mauvais festival", affirme M. Kaysen.

Et ce dernier d'ajouter: "Ce n'est pas l'introduction de cette taxe qui me préoccupe, mais son évolution. Le calcul est basé sur trois facteurs multiplicateurs dont au moins deux, sinon un, permettent au législateur d'accroître encore cette taxe de l'ordre de 60%". Celle-ci est calculée selon la formule AxBxC. A représente les émissions exactes de CO2, telles que relevées par les autorités d'immatriculation. Le facteur B vaut 0,9 pour les voitures équipées d'un moteur diesel et 0,6 pour tous les autres véhicules. Quant à C, il constitue un facteur exponentiel qui équivaut à 0,5 lorsque les émissions de CO2 ne dépassent pas 90 g/km et qui est augmenté de 0,10 pour chaque tranche supplémentaire de 10 g de CO2/km.

à titre indicatif, la taxe maximale pour une Golf plus FSI, essence 85 Kw, 115 ch, 1,6 litre/1.598 cm3, calculée en fonction des émissions qui seront relevées à Sandweiler (comprise entre 161 et 206 g/km selon la fiche technique), s'élèverait à 210 euros au lieu de 64,75 auparavant. En version diesel Tdi 105 ch, 77 Kw, 1,9 litre/1.896 cm3 (émissions de CO2 comprises entre 135 et 165 g/km), la taxe atteindrait au maximum 193 euros contre 77 sous l'ancien régime. Si on monte en gamme, la taxe n'en sera que plus onéreuse: pour un SUV Mercedes GL 450 4 matic, essence 250 Kw/4.663 cm3 (émissions comprises entre 317 et 322 g/km), il faudra débourser en taxe écologique quelque 560 euros au lieu des 198 actuels. La version diesel, le GL 320 CDI 4 matic, 165 Kw, 2.987 cm3 (émissions entre 261 et 264) n'est guère plus économique: 540 euros au lieu de 126 euros hier.

Si cette taxation ne touche pas les véhicules immatriculés avant le 1er janvier 2007, le barème qui s'applique à ces derniers a, lui aussi, été revu à la hausse et une différence de prix a été introduite entre les véhicules diesel et les autres à partir des moteurs 2.001 cm3. Le tarif pour une 1.500 cm3 a, par exemple, augmenté de 64,75 à 90 euros. La taxe d'immatriculation coûtera 220 euros pour un moteur diesel de 2.001 cm3, 199 euros pour sa version essence, contre 88 avant. Une grosse cylindrée de 4.400 cm3 sera taxée de 660 euros pour un moteur diesel et de 550 euros pour les autres, contre 185 euros sous l'ancien barème.

Il sera toujours possible d'acquitter cette taxe en plusieurs fois - ce qui, jusqu'à présent, était le cas pour un automobiliste sur cinq - mais il en coûtera beaucoup: de 3 à 6% plus cher. Au rang des nouveautés, on notera encore de nouvelles dispositions en matière d'immatriculation: en effet, depuis le 18 décembre dernier, un nouveau certificat répondant à une directive européenne d'immatriculation a été introduit. Ce certificat est composé de deux parties - une jaune et une grise - dont une est un document de bord et l'autre, un papier à conserver en sécurité. Les deux documents seront nécessaires à toute nouvelle immatriculation d'un véhicule. "C'est un grand avantage, car le certificat sera désormais composé de deux documents. Il y a une ainsi une meilleure protection de votre propriété. Dorénavant, l'acheteur d'une voiture devra se faire remettre les deux parties du certificat. C'est une très bonne chose car il y a eu des abus dans le passé, aussi au Luxembourg, du fait que celui qui présentait une carte grise n'était pas forcément le propriétaire du véhicule. Cela rassurera tout le monde", se félicite M. Kaysen. Les véhicules immatriculés avant le 18 décembre 2006 pourront continuer à circuler avec la carte grise actuelle, jusqu'au 31 décembre 2010.

Difficultés du secteur

"On n'annonce pas de nouvelles contraintes pour l'année à venir. La seule chose qui fait peur dans le secteur est le statut unique ouvrier-employé. C'est un très grand souci, car nous avons fait les calculs et cela va nous coûter très cher. On sera alors très sévère avec les malades chroniques. Ce statut unique va nous causer encore un manque de compétitivité. Nous avons été entendus au niveau de la Fédération des Artisans et avons revendiqué des mesures pour que cela ne coûte pas trop cher. Il s'agit d'un dossier complexe. Il faut qu'une flexibilité soit intégrée", explique Ernest Pirsch.

Pour l'heure, "nous sommes en train de digérer les contraintes nées avec la nouvelle réglementation sélective (le régime communautaire concernant la distribution des véhicules automobiles, entrée en vigueur le 1er octobre 2003, ndlr.), telles que les nouvelles spécifications pour les bâtiments, la qualité du service, et nous avons diminué les marges des concessionnaires. Le premier choc est passé mais cela ne veut pas dire que tout est rentré dans l'ordre. Ensuite, le marché a été libéralisé (suppression des clauses de localisation depuis le 1er octobre 2005, ndlr.), ce qui veut dire que l'on peut trouver toute marque partout, et le phénomène d'internationalisation va se poursuivre. Cependant, les grands groupes restent prudents, mais le secteur automobile bouge toujours", constate le président de l'Adal. "Nous nous sommes engagés pour quinze ans, alors que la directive vaut pour dix ans et donc les règles vont encore changer", ajoute M. Pirsch.

À en croire John Kaysen, l'avenir s'annonce serein pour l'automobile dans la mesure où l'"on parviendra à un équilibre raisonnable entre les transports publics en commun et la mobilité individuelle et les deux devront être complémentaires". "Pour les constructeurs, le grand challenge pour les années à venir sera certainement le développement et la mise sur les marchés de carburants alternatifs. Le deuxième défi résidera dans l'application d'équipements électroniques plus performants", conclut-il. || Florence Reinson

Rouler au gaz

Le gaz naturel constitue une alternative d'avenir au diesel et à l'essence, encore peu développée dans le pays. Moins cher que les carburants classiques - 0,678 euro TVA comprise (à un taux de 6% contre 15% pour les essences et le diesel) le kg (qui équivaut à 1,5 l d'essence et à 1,3 l de diesel), contre 1,009 euro pour le carburant Super 95, 1,023 euro le Super 98, 0,847 euro le diesel (prix au 10 janvier 2007) -, le gaz naturel est également plus écologique. Par rapport à l'essence, il permet de réduire les émissions de CO2 de 32% et de 12% par rapport au diesel.

Dans le monde, 5,5 millions de véhicules circulent au gaz naturel. L'Allemagne en compte 50.000, la France, 7.400 et le Luxembourg, 81 dont 32 bus du TICE. Un des freins à la progression de ces véhicules dans notre pays est le peu de stations-service proposant le GNV, gaz naturel pour véhicules. Il n'en existe actuellement que deux - à Merl et au Findel -, mais trois sont en projet - à Schengen, Grevenmacherberg et Merscherberg - et deux à l'étude - à Bascharage et Schifflange.

Chez nos voisins, la France compte 15 stations de CNV, la Belgique en compte 4, tout comme les Pays-Bas; la Suisse, 71; l'Allemagne, 700, selon l'association Lëtzebuerg gëtt Gas, fondée en octobre 2005, qui réunit les principaux acteurs des secteurs du gaz et de l'automobile pour promouvoir le gaz naturel comme carburant.


 
 
 
 
  



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