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Par: Jean-Michel Gaudron  |  Publié le 26.01.2007 1:00

Entrepreneuriat: développements tous azimuts


Entre l'essor de VBS, désormais associé à l'Entreprise des P&T, et l'ouverture d'un nouveau centre de production de l'Imprimerie en Slovaquie, le groupe Victor Buck est engagé sur tous les fronts.

Alors que se profile l'ouverture complète à la concurrence du marché du courrier, les opérateurs historiques de tous les pays sont à la recherche de synergies pour se positionner au mieux dans ce nouvel environnement. On se rappelle ainsi que Deutsche Post a acquis, il y a un an, 75% du capital de la société britannique de logistique William Lea (6.500 employés, 650 millions de chiffre d'affaires), en prévision de la perte du monopole du courrier domestique programmée, outre-Moselle, dès la fin 2007.

Le Luxembourg n'échappe pas à la règle et c'est pourquoi l'Entreprise des P&T (dont le monopole du courrier prendra définitivement fin au 1er janvier 2009), a décidé de prendre 49% du capital de Victor Buck Services (VBS), en rachetant leurs parts aux deux actionnaires historiques, Nicolas Buck et Renaud Jamar. Le capital social de 370.000 euros n'a donc pas été augmenté.

"Dans le cadre de notre Agenda 2007, nous avons identifié un certain nombre d'initiatives afin de consolider et d'étendre l'activité au niveau postal autour d'une extension de la chaîne de valeurs en amont et en aval", confirme Jos Glod, directeur général adjoint de l'Entreprise des P&T et nouveau membre du conseil d'administration de VBS, aux côtés de Paul Peckels, autre membre du comité de direction et directeur de l'EPT.

"Comme tous les opérateurs postaux, il manquait aux P&T une vraie activité de type éditique', qui puisse se positionner en tant que prestataire de services, notamment à destination du secteur financier, pour tout ce qui se passe avant la mise sous enveloppe, analyse, de son côté, Nicolas Buck, associé de Victor Buck Services, dont les ambitions étaient un peu différentes.

Constituée en 2000 avec deux personnes, première société agréée en tant que PSF de support dans le cadre de la loi d'août 2003 sur le secteur financier, VBS est aujourd'hui une PME qui emploie une petite centaine de personnes et dont la clientèle vient des quatre coins du monde. "Il y avait alors trois choix possibles, résume M. Buck: continuer l'aventure avec le même actionnariat, faire entrer dans le capital un investisseur financier, de type 'private equity', ou bien s'associer à investisseur industriel".

C'est donc finalement vers cette troisième option que se sont tournés les dirigeants actionnaires de VBS, le choix de l'Entreprise des P&T leur permettant d'envisager un développement non seulement sur le marché luxembourgeois, mais aussi, et surtout, en Europe, voire au-delà. "Il ne s'agit donc pas que d'un deal financier, mais d'un vrai échange de synergies ne pouvant amener qu'une croissance de nos activités mutuelles", assure Renaud Jamar.

Dans les faits, VBS va, notamment, reprendre toutes les activités d'éditique des P&T: la facturation télécom (mobile et fixe), mais aussi l'impression et le tri des extraits de compte. Le tout, dans un centre de production de 1.500 m2 spécialement dédié, qui sera opérationnel à la fin du printemps, au coeur du centre de tri flambant neuf et ultra-moderne que l'Entreprise des P&T a récemment inauguré à Bettembourg.

"Cela nous donne évidemment l'avantage de la proximité pour l'expédition du courrier ainsi traité, commente M. Jamar. Dans le cadre de notre mission PSF, nous sommes de surcroît désormais en mesure de proposer des services de full disaster recovery et de business continuity". Jusqu'à présent, l'EPT exploitait, pour ses propres besoins, un printshop très performant produisant de très grands volumes annuels de quelque 20 millions de pages imprimées (équivalents A4) en impression continue.

Équilibre préservé

Cette prise de participation enrichit un peu plus la palette de métiers complémentaires dans lesquels les P&T ont investi au fil des ans. Sur ce créneau spécifique du marché postal, ils se sont déjà, par le passé, engagés dans la logistique, avec 60% du capital de Michel Greco et de 50% de TNT Express Luxembourg.

Pour ce qui est du volet "conditionnement" du courrier, l'Entreprise des P&T avait créé, en 1997, Infomail, une structure spécialisée dans la commercialisation, le conditionnement et la diffusion de tous imprimés et articles publicitaires. Elle en détenait 45% aux côtés du groupe Saint-Paul et d'Editus. C'est, en partie, cette activité qui sert d'apport aux P&T dans la transaction.

"Vu que le courrier transactionnel est en train de migrer progressivement vers la messagerie électronique, il est prévu de développer davantage cet axe pour pouvoir offrir au client des solutions hybrides et de compléter ces activités pour un nombre d'autres fonctions telles que l'archivage électronique, l'adaptation de protocoles, la mise en page, etc.", prévient M. Glod qui juge, par ailleurs, que ce niveau de participation de 49% est "bien équilibré, d'un côté, pour manifester l'intérêt déterminé que l'EPT attribue au développement de ces nouvelles activités et, d'un autre côté, pour maintenir les actionnaires fondateurs dans la responsabilité et de préserver l'engagement et la dynamique dont cette toute jeune société a fait preuve au courant des dernières années".

Ainsi, pour l'heure, il n'est pas prévu une montée en puissance, comme ce fut récemment le cas avec eBRC (les P&T avaient porté leur participation de 40% à 93,4%...). "L'évolution se fera en fonction des besoins de chacun, complète Renaud Jamar. Ce qui est important, dans l'immédiat, c'est de se donner les moyens nécessaires pour envisager un développement à l'international".

Slovaquie, terre d'accueil

L'international, ce n'est pas seulement les grands clients d'envergure mondiale, comme l'administration centrale de ce prestataire américain de services de fonds, basée à Londres, qui vient de confier l'ensemble de ses activités de distribution reporting pour le marché européen. C'est aussi la possibilité d'aller planter des drapeaux dans d'autres pays plus à l'Est, voire beaucoup plus.

L'Imprimerie Victor Buck, de son côté, connaît également un développement important, qui va au-delà même du territoire luxembourgeois. La société est, en effet, sur le point d'ouvrir un nouveau site de production en Slovaquie, à 250 kilomètres de Bratislava.

Depuis près de deux ans, les réflexions allaient bon train quant aux possibilités d'accompagner le mouvement migratoire de tous les grands clients industriels occidentaux de plus en plus tentés par une implantation de l'autre côté de ce qui fut le rideau de fer, il n'y a pas si longtemps que ça. "Contrairement à la situation d'il y a quelques années, nous ne sommes plus au coeur de l'Europe, mais plutôt à l'Ouest", remarque Nicolas Buck.

Or, si le Luxembourg est en mesure d'offrir un environnement attractif pour des activités très pointues comme peuvent l'être la recherche et le développement ou certaines branches technologiques, le pays n'offre pas réellement de conditions compétitives pour tout un ensemble d'industries à faible valeur ajoutée. Des équipementiers automobiles, ce n'est pas ce qui manque, mais on ne verra sans doute jamais une usine d'assemblage de voitures sur le sol grand-ducal.

Après avoir fait le tour de quelques-uns de ces "nouveaux" pays de l'Est, le choix de Victor Buck s'est porté sur la Slovaquie, un État au profil similaire à celui du Luxembourg. "Un petit pays, central, dans lequel les circuits de décision sont rapides, car la bureaucratie n'est pas très lourde. Sans oublier de bonnes infrastructures générales et un cadre fiscal qui n'est pas inintéressant". L'impôt sur les sociétés y est, en effet, inférieur à 20%.

Démonstration par les faits de la rapidité d'exécution: sur un terrain acheté le 30 avril 2006, les autorisations de construire du site de production de 7.000 m2 ont été délivrées trois... semaines plus tard. Et les sociétés de construction étaient à pied d'oeuvre entre Noël et le jour de l'an... "Dans ces pays-là, les gens ont réellement l'envie de contribuer à développer leur pays. Et ils disposent d'un très bon encadrement des agences de développement économique. La proactivité y est très importante", se réjouit M. Buck.

Du reste, la Slovaquie intéresse également bon nombre d'autres entreprises luxembourgeoises. Elles étaient une vingtaine à accompagner la visite d'État de septembre 2005, parmi lesquelles Arcelor, qui, début 2004, avait annoncé un investissement de 15 millions d'euros dans une usine de transformation d'acier et Di Egidio International qui, par la suite, a établi une entreprise de transport en Slovaquie.

Pour l'Imprimerie Victor Buck, l'investissement, de l'ordre de dix millions d'euros, se traduira par un site qui devrait entrer en production dans le courant du premier semestre 2007 et qui devrait compter, à la fin de l'année, une soixantaine d'employés. Une équipe de "soutien" sera détachée spécialement du Luxembourg pour encadrer ces nouvelles équipes.


 
 
 
 
  



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