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Par: Frédérique Moser  |  Publié le 26.01.2007 1:00

Média: le «Répu» change de mains


Une banque s'offre le quotidien régional. Modifications en vue dans le paysage de la presse lorraine et luxembourgeoise, mais pas de séisme.

La rumeur courait depuis des mois. La décision officielle a été enterinée le 18 décembre dernier, lors d'un comité d'entreprise extraordinaire au siège du Républicain Lorrain, à Woippy: la famille Puhl-Demange vend. Tout. Le journal, diffusé en moyenne à 151.000 exemplaires en Moselle et dans le nord de la Meurthe-et-Moselle, mais aussi IFM (regroupant quatre imprimeries), l'hebdomadaire gratuit Tout Info, (50.000 exemplaires à Metz et Thionville), les Éditions Serpenoise, l'agence RL Voyages, Victoria Multimédia, mais aussi les parts (50%) dans Lumedia, la société éditrice du Quotidien au Luxembourg.

L'acquéreur? Une banque fédérative, le Crédit Mutuel Centre Est Europe, qui s'était mise sur les rangs avec deux autres candidats: le groupe belge Rossel - qui édite Le Soir et La Voix du Nord - ainsi que le groupe Hersant-Média, qui détient France-Antilles. Le Crédit Mutuel est déjà associé à 49% dans la société holding Ebra (Est-Bourgogne-Rhône-Alpes) qui, contrôlée à 51% par le groupe l'Est Républicain, a racheté en février le pôle Rhône-Alpes de la Socpresse (groupe Dassault).

De quoi susciter l'inquiétude des milieux syndicaux, dont le SNJ - premier syndicat français de journalistes - qui a lancé en décembre un appel aux pouvoirs publics afin qu'ils stoppent "l'ogre Crédit Mutuel" et "s'opposent à cette accélération manifeste des concentrations dans la presse quotidienne, synonyme de destruction programmée du pluralisme et de l'emploi". La tension, depuis lors, paraît être quelque peu retombée. Le 11 décembre, une rencontre avec Michel Lucas, le directeur général du Crédit Mutuel Centre Est Europe, a apaisé les esprits. Ses déclarations "plutôt rassurantes" et la volonté affichée par le groupe bancaire d'assurer la pérennité du titre ainsi que son ancrage local, ont convaincu Malik Dia, le secrétaire (CFDT) du comité d'entreprise, de voter quelques jours plus tard en faveur de la cession du titre, aux côtés de ses collègues de la CGC et du SNJ, tandis que les membres CGT des collèges cadres et employés n'ont pas pris part au vote.

Mathieu Puhl, le directeur général du RL - au capital 100% familial - ne communique ni sur le montant de la transaction, ni sur l'usage que la famille Puhl-Demange compte faire de cette manne. Le directeur de la communication, Christian Morel, livre quant à lui quelques informations sur les motifs de la vente: "La situation financière du groupe est particulièrement saine, mais il ne disposait pas de la capacité d'investissement nécessaire à l'accomplissement du plan de développement qu'il s'était fixé pour 2019, l'année du centenaire du titre". Une première étape était fixée dès 2008, avec un investissement estimé à 20 millions, dont 10 millions destinés à l'achat d'une rotative - permettant le passage à la quadrichromie et au format berlinois - et 10 millions consacrés au "plan d'accompagnement" visant à alléger, sans licenciement sec, la masse salariale d'une centaine d'emplois.

Turbulences

Le groupe RL, qui a réalisé en 2006 un chiffre d'affaires de 110 millions d'euros et emploie près de 650 salariés - dont 150 journalistes - est confronté depuis plusieurs années à une érosion de son lectorat. De plus, ses dirigeants s'inquiétaient "des turbulences annoncées, notamment l'impact d'Internet sur les médias imprimés et l'arrivée en France de la publicité pour la grande distribution à la télévision. Difficile de prédire quelles en seront les conséquences sur les recettes publicitaires", explique M. Morel.

À l'heure où nous passons sous presse, la transaction n'a pas encore abouti, les contrôles réglementaires (en matière de concurrence et de comptabilité, notamment) étant en cours. Mais côté luxembourgeois, les acteurs se préparent. Alvin Sold, le directeur général d'Editpress - société actionnaire à 50/50 avec le RL dans Lumédia, qui édite Le Quotidien, et partenaire du RL (40% de parts chacun) dans l'hebdomadaire Revue - fait ses comptes. "Ces deux titres sont des éléments stratégiques pour Editpress", affirme l'éditeur, qui n'exclut pas d'utiliser les droits de préemption dont dispose le groupe de presse luxembourgeois pour racheter les parts du RL, le cas échéant. "Pour l'heure, nous n'avons pas entamé de discussion avec le Crédit Mutuel. Il faut attendre que la transaction ait eu lieu en France avant de prendre une décision", affirme M. Sold.


 
 
 
 
  



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