Par: Gaël Calvez | Publié le 26.01.2007 1:00
Transport frontalier: l'alternative V.I.T.A.L.
"On ne fait rien contre les mouvements de population. C'est une réalité professionnelle". Avocat au Barreau de Luxembourg, le maire de Terville, une petite commune située près de Thionville, sait parfaitement de quoi il parle. Sur les 112.000 travailleurs frontaliers recensés au Luxembourg, 60.200 viennent de Lorraine, dont 40% du bassin Thionvillois. À Terville même, ils représentent 25% de la population active. Selon l'IVL (Integratives Verkehrsund Landesentwicklungskonzept für Luxemburg), ces migrants pendulaires seront 168.000 d'ici 2020, soit 4.600 frontaliers de plus chaque année. Autant dire que ni l'A31, déjà saturée, ni le TER, en dépit des rames supplémentaires, n'ont de chances d'absorber un tel flux...
"Il y a un espace de développement à construire entre Thionville et Luxembourg, revendique Patrick Luxembourger, que ce soit en termes de transport, de qualité de vie ou d'environnement". Présent depuis de nombreuses années sur les questions frontalières, l'élu a saisi l'occasion, cet hiver, du projet en discussion de Contournement Ouest de Thionville (COT) pour élargir la réflexion sur ce qu'il appelle "le maillon manquant entre la plateforme de transport de Thionville et celle du Luxembourg".
En décembre dernier, il a confié au cabinet d'études luxembourgeois Simon & Christiansen une étude d'impact du COT sur Terville, mais aussi une étude de faisabilité d'un Véhicule Interurbain de Thionville à Luxembourg (V.I.T.A.L.). Un mode de transport ferroviaire ultrarapide (cinq à sept minutes d'attente entre chaque rame) qui relierait Thionville à Luxembourg en trente minutes, en longeant strictement l'A31, avec quatre gares intermédiaires: Terville, Metzange, Kanfen et Bettembourg. Un moyen de transport "chic, confortable et sécurisé" pour aller travailler à Esch, au centre-ville de Luxembourg, à la Cloche d'Or, au Kirchberg et à l'aéroport.
"Selon le bureau d'études, le projet est compatible avec les projets de transports luxembourgeois. Il n'est pas très cher, simple à réaliser et sans contrainte", se félicite l'élu, tout en précisant d'emblée qu'il s'agit d'une solution complémentaire aux modes de transport déjà existants. "Elle n'est pas incompatible avec le développement du TER et elle n'empêche pas la solution voiture", affirme-t-il. "Bien sûr qu'il faut une troisième voie d'autorout (option défendue par le maire de Thionville, ndlr.) mais cela ne résoudra rien. C'est méconnaître la réalité des chiffres et les problématiques du transport frontalier. En outre, cela ne correspond pas à l'esprit du gouvernement luxembourgeois qui consiste à développer les transports en commun pour rejeter la voiture hors de la ville".
166 millions d'euros
Estimé à 166 millions d'euros tout compris (foncier, infrastructures, matériel roulant et gares), le projet prévoit notamment la réalisation de parkings de type P+R à chaque gare intermédiaire, une desserte en transports en commun et une accessibilité aux vélos. Un seul titre de transport, sous forme de pass dématérialisé, donnera accès à la fois aux parkings, aux transports en commun et au V.I.T.A.L. "Un kilomètre d'autoroute coûte entre sept et onze millions d'euros selon la topographie des lieux alors que nous sommes ici à six millions d'euros le kilomètre, précise Patrick Luxembourger. Non seulement l'autoroute ne produit pas de recettes, contrairement à notre projet avec abonnement, mais elle génère des coûts indirects sur l'environnement et la productivité des salariés".
Des arguments que l'élu a fait valoir auprès des partenaires publics, les encourageant à s'engager dans cette voie. "Nous souhaitons que le gouvernement luxembourgeois, la Région Lorraine et le préfet mènent une étude de détail et s'occupent de la phase opérationnelle", explique-t-il, rappelant que des partenaires privés, notamment allemands, ont déjà fait savoir leur intérêt pour ce projet. "Si toutes les décisions sont prises rapidement, c'est une solution qui peut être mise en place d'ici trois ans". Une solution qui pourrait grosso modo capter 20.000 frontaliers.

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