Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 26.01.2007 1:00
Projet Mosame: formation et recherche en réseau
En même temps que se pose la question de la réalité économique et structurelle de la Grande Région, de multiples initiatives et projets transfrontaliers apportent, chacun à leur niveau, un embryon de réponse concrète. Le programme Interreg IIIc e-BIRD (e-Based Interregional Development), qui vise à renforcer l'identité et le sentiment d'appartenance à la Grande Région, fait partie de ces petites briques sur lesquelles se base la lente construction de cet espace transfrontalier.
L'un des axes de réflexion concerne la mise en commun des compétences en matière de formation et de recherche universitaire sur la thématique du développement territorial transfrontalier. Une initiative baptisée Mosame (en référence au triptyque Moselle-Sarre-Meuse, trois rivières et trois bassins qui traversent la Grande Région) et dont l'objectif est de faciliter l'apprentissage des pratiques de conduite de projet de développement d'espaces transfrontaliers, par la mise en place d'un réseau de compétences, d'expériences et d'expertises. L'idée est de pouvoir préparer des réponses en terme d'ingénierie de formation, de recherche et d'accompagnement des projets dans des secteurs spécifiques tels que la santé, l'emploi, les transports, l'urbanisme ou les outils de développement économique ou du développement social urbain. "Il y a trois grands types d'enjeux, explique Christian Lamour, chef de Projets au CEPS/Instead (Centre d'Études de Populations, de Pauvreté et de Politiques socio-économiques/International Networks for Studies in Technology, Environment, Alternatives, Development).
Des enjeux structurels, tout d'abord, sachant qu'il faut trouver les bons outils juridiques pour faire du concret en transfrontalier et mobiliser les financements lourds pour de tels projets. Des enjeux thématiques, ensuite, afin de réaliser la continuité transfrontalière en matière d'aménagements urbains, économiques, routiers, mais aussi en matière de projets environnementaux, sachant que la mise en place des politiques n'est pas identique de part et d'autre des frontières. Des enjeux d'interculturalité, enfin, sachant qu'il y a, selon les acteurs rencontrés, des identités territoriales transfrontalières, mais qui sont en recul aujourd'hui pour plusieurs raisons. Bien évidemment, la création d'un sentiment d'appartenance prend plusieurs générations, mais la mise en place d'actions dans ce sens ne pourra qu'y contribuer et ce sera notamment possible à travers le soutien des identités transfrontalières".
Les égoïsmes nationaux ne sont pas les seuls freins pouvant exister en matière de coopération transfrontalière. Selon les observations du CEPS/Instead et de l'Université de Nancy II, les écarts de richesse entre les différents partenaires et les différences de pression fiscale sont également de nature à créer un certain déséquilibre, sans compter les barrières administratives encore bien présentes.
Développer un sentiment d'appartenance
"La coopération est restée, surtout jusqu'à présent, au niveau des élus et des techniciens territoriaux et sur les stratégies de coopérations globales concernant le développement économique, le 'dur', c'est-à-dire les routes, estime M. Lamour. Aujourd'hui, il y a une volonté de leur part d'aller vers le non-marchand, les services aux personnes, l'environnement, la culture, des actions qui contribuent directement à développer ce sentiment d'appartenance".
Initié en 2004, le projet Mosame a bénéficié d'une enveloppe de quelque 590.000 euros, financée à moitié par le programme européen Feder et, pour le reste, à parité entre huit partenaires français, belges, allemands et luxembourgeois, à la tête desquels figurent l'Université Henri Poincaré de Nancy, en tant que chef de file et, pour le Grand-Duché, le CEPS/Instead et l'asbl Euregio*.
L'Université du Luxembourg pourrait, rapidement, rejoindre le mouvement. Les premiers contacts, initiés du temps de sa création, avaient en effet été interrompus par le décès du recteur François Tavenas.
Concrètement, ce projet Mosame devrait aboutir, entre autres, à la création d'un Master transfrontalier intégré (avec des modules suivis dans les diverses universités et des stages sur des territoires transfrontaliers...) et la mise en oeuvre de nouvelles recherches dans le cadre d'une coordination transfrontalière des chercheurs dans ce domaine. "Des étudiants viennent de s'engager dans des doctorats concernant le développement des territoires transfrontaliers", indique Gérard Vautrin, chargé de mission au Cuces - Université Henri Poincaré.
* Les cinq autres partenaires sont les Universités Nancy II (Nancy) et Paul Verlaine (Metz) pour la France; l'Université de Liège pour la Belgique; l'Université de Sarrebruck et l'Université technique de Kaiserslautern pour l'Allemagne.

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