Par: Marc Alison | Publié le 26.01.2007 1:00
Yves Mersch: «Nous avons dérangé»
C'est en juin 1998 que la Banque centrale du Luxembourg a vu le jour, Traité de Maastricht oblige. Avec pour toute expérience, une première et courte ébauche de banque centrale, entre... 1873 et 1881 et les quinze années d'existence de l'Institut monétaire luxembourgeois (IML), la BCL s'était donné, à l'époque, six mois pour devenir opérationnelle.
En janvier 1999, quand le Système européen de banques centrales (SEBC) s'est mis en place, en même temps que l'euro fut instauré sous l'égide d'une Banque centrale européenne, la BCL affichait sa grande jeunesse aux côtés de vieilles dames, certaines presque bicentenaires.
Si elle ne bénéficiait pas de leurs fortes traditions ni de leur expérience, elle évita néanmoins l'abandon dans la douleur de certaines attributions monétaires que d'aucuns ont alors ressenti comme une perte dramatique de souveraineté nationale, économique et politique.
Nommé, dès sa création, au poste de président de la BCL, Yves Mersch a été reconduit dans ses fonctions pour un nouveau mandat de six ans. Ardent défenseur d'une institution indépendante, il entend bien appliquer sur le terrain une prérogative bien définie dans les textes, mais qui continue à faire grincer certaines dents, gouvernementales notamment.
Il va même plus loin, en soumettant un avant-projet de réforme du statut de la Banque centrale. "Nous avons essayé de tirer bénéfice de notre expérience de huit ans pour ajuster ce qui était dans la loi", explique-t-il.
Monsieur Mersch, en quoi la Banque centrale du Luxembourg est-elle différente des autres banques centrales?
"La Banque nationale de Belgique, par exemple, est bien connue pour son rapport annuel, pour la présentation duquel le gouvernement s'est toujours déplacé au grand complet. Alors que pour celui de la Banque centrale nationale, nous n'avons jamais vu un représentant du gouvernement. C'est peut-être déjà une spécificité.
La plus grande, c'est peut-être notre jeunesse. C'est d'avoir été fondée principalement pour ancrer la représentation de notre pays au sein des institutions de l'Union européenne. Nous avons donc été créés avec comme mission principale de participer à l'Eurosystème.
De cette spécificité découlent d'autres particularités: par exemple, nous n'avons pas à assumer une variété de missions hétéroclites qui ont été transférées à la Banque centrale dans d'autres pays au fil du temps. Nous sommes aussi la banque la plus petite en terme de personnel.
Quel bilan tirez-vous de ces huit années d'existence de la BCL?
"Il y avait deux défis: un défi extérieur et un défi intérieur. Le défi intérieur était de nous mettre immédiatement à niveau avec des banques centrales qui avaient une histoire plus longue, un personnel plus expérimenté.
Notre personnel - autre particularité -, provient, pour partie, à la fois de la Banque nationale de Belgique, de l'Institut monétaire, qui pourtant avait des fonctions administratives, et de la Place financière, où nous avons recruté des professionnels du secteur privé.
En plus, l'origine de notre personnel est multiculturelle. Nous y comptons autant de non-Luxembourgeois que la part de ceux-ci dans le pays, c'est-à-dire un bon tiers, presque 40%. À partir de cette hétérogénéité, il fallait faire un ensemble et inculquer une culture d'appartenance à des équipes d'origines très diverses.
Parmi les défis extérieurs, il fallait donc être pleinement opérationnel après six mois seulement d'existence, ce qui n'était pas une mince affaire avec des équipes d'origines très diverses.
Quelle est aujourd'hui la place de la BCL au sein du Système européen des Banques Centrales?
"Nous sommes aujourd'hui une banque opérationnelle qui n'est pas aussi petite que le pays pourrait l'être, rapportée à son territoire ou à sa population. Nous sommes en effet parmi les plus grandes banques centrales, du point de vue des opérations, du fait de la taille de la Place financière.
Nous avons commencé avec un bilan qui était de 20 millions d'euros et nous sommes aujourd'hui à 50 milliards d'euros. Nous avons réussi ce défi opérationnel et nous sommes une banque qui est active et présente dans tous les domaines du SEBC.
Il y un domaine où nous avons une particularité: celui de la stabilité financière. Il n'existe effectivement aucun autre pays de la Zone Euro qui pratique une séparation aussi totale entre la surveillance bancaire et la banque centrale. Dans la plupart des pays, la surveillance bancaire est, soit totalement intégrée dans la banque centrale, soit comporte des passerelles institutionnelles voire une coopération renforcée.
Comment expliquez-vous cette particularité?
"Elle me semble liée aux défis intérieurs que j'évoquais auparavant. Le défi intérieur peut également se décliner, non pas seulement comme un défi au sein de la banque, mais aussi en relation avec l'environnement institutionnel existant au Luxembourg. Le pays voyait arriver une nouvelle institution prétendant, de surcroît, être indépendante et qui s'arrogeait le droit de ne pas répéter une vérité distillée par le gouvernement. Donc, nous avons dérangé!
Il est vite apparu que les critiques que nous émettions étaient de plus en plus crédibles auprès du grand public. Avec le temps, nous avons aussi pu mieux expliquer ce qui restait du niveau de la responsabilité nationale dans le cadre d'une politique commune européenne.
Il est donc apparu que ceux qui professaient ouvertement que la Banque centrale pouvait fonctionner dans un appartement avec trois fonctionnaires n'avaient pas encore très bien compris ce qu'ils avaient ratifié, ni d'ailleurs le fonctionnement d'une banque centrale.
Nous sommes donc une banque avec très peu de ressources humaines, pour assumer les différentes fonctions qui nous incombent dans le cadre de l'Eurosystème.
Nous avons développé nos activités tant en relation avec des banques centrales - aussi en dehors de l'Eurosystème - qu'en relation avec notre mission d'émission de billets et de pièces.
Nous essayons de mener ces activités dans la plus belle dimension possible, tout en ne créant pas d'activités à l'intérieur de la banque (par exemple, nous n'avons pas d'imprimerie), ce qui explique que notre recours systématique au moins offrant est une approche de plus en plus suivie par d'autres banques centrales au sein du système.
Quelles sont vos relations avec les institutions?
"Nos relations avec les institutions sont devenues, je crois, plus sereines. Nous avons d'excellentes relations avec la Commission des finances et du budget de la Chambre des députés. Nous avons pu aussi expliquer au Conseil d'État l'envergure de nos missions et nos visions concernant notre contribution au meilleur fonctionnement de la gouvernance nationale. Un certain dialogue s'est installé avec, au moins, le volet législatif du pouvoir.
En ce qui concerne la branche exécutive, si je vois M. Juncker régulièrement c'est plus souvent à l'étranger qu'ici au Luxembourg, bien qu'il soit invité à tous les Conseils de la banque.
Mais je reste malgré tout optimiste à ce sujet: quand il y a un nouveau venu, c'est à lui de montrer sa capacité de s'intégrer. Il nous faut donc redoubler d'efforts pour parfaire cette intégration qui est en bon chemin.
Lors de votre prise de fonctions de la présidence de la BCL, aviez-vous en tête un modèle particulier de banque centrale?
"J'avais plutôt en tête certains modèles à ne pas suivre, que je ne développerai pas ici: cela couvre autant des administrations en interne que des banques centrales en externe. Mon expérience administrative et de représentation de l'État dans des entreprises du secteur privé ou même à l'étranger m'a beaucoup apporté. J'ai pu donc voir de près la gouvernance du privé, ce qui fut pour moi très formateur.
Surtout, n'oubliez pas que toutes les banques centrales nationales ne relèvent pas exclusivement du secteur public: plusieurs sont des sociétés privées! Et si ce sont des établissements publics, elles ont souvent un statut à part, un statut sui generis.
Et quels étaient en premier lieu vos objectifs lors de votre arrivée à la BCL?
"J'ai soumis à M. Juncker, tant durant mon premier mandat que pour le second, un certain nombre d'objectifs. Nous avons, en février 2006, soumis au gouvernement un avant-projet de loi portant réforme du statut de la BCL. Mais dans ce projet de réforme, il n'y a pas changement prévu du statut du personnel.
Mon objectif premier est d'abord de stabiliser la banque au niveau de son intégration institutionnelle et de son fonctionnement interne opérationnel. Dans le monde actuel, les choses bougent tellement vite qu'il se pose constamment de nouveaux défis. Et le plus mince défi n'est certainement pas d'expliquer ce besoin de changements à nos compatriotes. Ce n'est pas là une mince affaire.
Quelles seront donc les grandes lignes de ce projet?
"Il y a des dimensions concernant la capacité instrumentale de la banque, la précision de certaines de ses missions, il y a la gouvernance interne, l'ajustement aux expériences faites depuis huit ans au sein de ce système.
Nous avons donc, par conséquent, essayé de tirer bénéfice de notre expérience de huit ans pour ajuster ce qui était dans la loi. Cela comporte aussi l'évolution du monde, la nécessité d'avoir une bonne gouvernance concernant la Place financière, la stabilité financière, les statistiques, mais aussi la façon dont le SEBC demande aux banques centrales de se décharger de ses obligations. Car, contrairement à ce qui avait été assumé par les auteurs de la première loi, le centre ne réglemente pas dans le détail, mais donne des directives générales qui doivent être remplies dans le cadre national.
Or, dans le cadre national, nous n'avons ni instruments ni pouvoirs. Nous devons donc nous donner l'instrumentaire correspondant afin d'exercer ce pouvoir délégué.
Et par rapport au personnel et à l'organisation du personnel en interne?
"C'est juste une modernisation de la loi: une précision du rôle du gouverneur - au Luxembourg, nous l'appelons directeur général, comme si cela était une administration sous la tutelle de l'État -, une précision du rôle et du statut de celui-ci, une précision des fonctions de surveillance du Conseil, une précision quant au fonctionnement de la direction. En ce qui concerne le statut du personnel, nous sommes partis du statu quo dans ce projet.
Le 7 décembre dernier, un relèvement des taux a été décidé par la BCE. Quels pourraient en être les impacts pour le Luxembourg?
"Il y a, pour la première fois depuis huit ans, une phrase qui dit que 'les pays qui continuent à avoir des systèmes d'indexation qui regardent vers l'arrière devraient se rendre compte que cela complique leur gestion macro-économique', qui nécessite de plus en plus de flexibilité pour s'ajuster aux conditions changeantes au niveau international.
Nous ne sommes pas le seul pays. Mais notre système, qui pour le moment est un peu administré et non laissé à l'automatisme pur, donne lieu évidemment à des critiques. Notre rapporteur du budget a également mis le doigt sur cette faiblesse structurelle, mais il y a très peu de volonté de compréhension.
Cela reste un thème épineux, même s'il ne faut pas sous-estimer les bienfaits supposés de ce système, auquel le public semble attaché. Il faut se poser la question de savoir si nous vivons dans un monde virtuel où nous avons des bienfaits qui sont perçus et si ces bienfaits correspondent encore à la réalité.
Quels impacts aura ce relèvement sur le secteur immobilier?
"L'immobilier n'est peut-être pas surdéterminé par la difficulté d'accès au crédit. Quand on voit toutes les mesures officielles de soutien, de réductions et de bonifications de taux d'intérêt, quand on voit les marchés immobiliers, on peut se demander si le problème n'est pas plus du côté de l'offre de terrains et de logements à prix abordables que du financement de l'accession à la propriété.
Nos statistiques nous montrent que le crédit aux ménages pour l'accession à la propriété affiche toujours, dans l'Eurozone, des taux qui dépassent les 10% et qui sont donc beaucoup plus rapides que l'accroissement de la richesse nationale. Ceci, en fin de compte, aboutit à un renchérissement des prix, qui n'est pas non plus un facteur d'allègement de l'accession à la propriété. Il s'agit donc plutôt d'une mesure d'assainissement d'un secteur qui risque de s'emballer.
Et comment a pu réagir la Place financière à cette nouvelle?
"Il y deux phénomènes: le retour des taux à des niveaux plus en ligne avec les niveaux historiques et un retour à la normalité qui peut être bienvenu pour les banques.
Deuxièmement, si les taux restent excessivement bas pendant très longtemps, les intermédiaires financiers sont tentés de faire du crédit trop facilement. L'argent facile entraîne le crédit facile et entraîne les difficultés de demain pour les banques. C'est aussi une mesure qui est dans l'intérêt de la stabilité financière que de revenir à une certaine normalité.
Mais la banque, c'est aussi la transformation des échéances et la politique monétaire n'a pas beaucoup d'influence sur les taux longs qui incorporent surtout des primes de risque. Nous observons un comportement pas tout à fait normal sur l'appréciation du risque en raison de la très abondante liquidité présente sur les marchés.
Que répondez-vous au scepticisme des marchés financiers?
"La communauté financière devrait donc saluer cette mesure qui est principalement déterminée par le souci de maintenir une stabilité des prix et des anticipations inflationnistes fermement ancrées avec notre définition de la stabilité à moyen terme.
Nous sommes convaincus que notre décision est totalement en accord avec le mandat que nous avons reçu des peuples d'Europe dans un traité ratifié par tous les États membres, soit par les Parlements, soit par referendum.
Le scepticisme qu'il y a lieu de mesurer se situe par rapport à notre capacité de faire respecter cet objectif".
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Politique monétaire: les taux se resserrent
Pour la sixième fois en un an, la BCE a relevé, le 7 décembre dernier, son taux directeur d'un quart de point, à 3,5%. Si la nouvelle n'était pas une grande surprise, sa date exacte d'application en demeurait l'unique incertitude. "Il y a quinze ans, la banque centrale devait surprendre. Maintenant on annonce à l'avance, on fait participer tout le monde à tous les arguments et c'est quand ces arguments sont bien intégrés que l'on procède à la décision politique", note Yves Mersch.
Justifiée par le souci de garantir la stabilité des prix au sein de l'Union économique et monétaire, cette décision haussière ne sera certainement pas la dernière de la série et un prochain relèvement est même attendu pour février ou mars 2007. À cet effet, la banque centrale pourra alternativement intervenir sur deux tableaux: en fixant directement le niveau du taux d'intérêt à court terme, ou bien en contrôlant le volume des liquidités prêtées aux établissements de crédit.
Concrètement, le taux directeur correspond ainsi au taux d'intérêt au jour le jour, appliqué par les banques centrales aux banques commerciales. Il sert ainsi de base aux opérations de crédits sur le marché interbancaire. C'est donc à partir de cette valeur que seront définis les taux de crédit et d'épargne à court terme accordés aux particuliers et aux entreprises.
L'origine des possibles risques inflationnistes proviendrait, selon les grands argentiers de la zone Euro, d'"une demande soutenue, principal moteur d'une croissance robuste", conjuguée à une hausse des salaires en Europe et à des prix pétroliers toujours aussi élevés.
En agissant ainsi sur ce fameux taux directeur, la Banque centrale européenne espère mieux contrôler à court terme l'offre et la demande de crédit, l'évolution des prix et le taux de change d'un euro qui prend ses aises par rapport au dollar.
Soucieuse de transparence et de vulgarisation, La BCL précise à ce sujet: "On suppose qu'à long terme, il n'existe pas d'arbitrage entre l'inflation et la croissance. Alors que la politique monétaire a des effets à court terme plus importants sur la production que sur les prix, les effets sur la production s'estompent dans le long terme alors qu'ils persistent sur les prix. Ainsi, à long terme, l'économie ne bénéficiera pas d'une croissance supplémentaire, mais devra faire face à une inflation plus importante".
Naguère abhorrée par certains pays (l'Allemagne notamment, qui en éprouve toujours une hantise historiquement compréhensible), l'inflation a parfois été érigée par d'autres en véritable instrument de politique monétaire: bénéfique pour qui use de la planche à billets, elle réduit en outre le poids de la dette publique.
Dans ce contexte, les statuts du Système européen de banque centrale sont clairs: l'objectif de stabilité des prix est fixé à 2% sur le moyen terme, son indicateur de référence étant l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH).
Interrogé sur les éventuels impacts du relèvement des taux sur l'économie luxembourgeoise, Yves Mersch déplore en premier lieu l'indexation systématique des salaires, et les mesures de soutien accordées aux particuliers dans l'immobilier. Pour ce dernier domaine néanmoins, "il s'agit donc plutôt d'une mesure d'assainissement d'un secteur qui risque de s'emballer", considère-t-il.
Quant aux réactions de la Place financière: "La communauté financière devrait saluer cette mesure qui est principalement déterminée par le souci de maintenir une stabilité des prix et des anticipations inflationnistes fermement ancrées avec notre définition de la stabilité à moyen terme", précise le directeur de la BCL.
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Communication:quand transparence rime avec indépendance
"Si quelqu'un a compris quoi que ce soit à ce que je viens de dire, c'est que je me suis mal exprimé". C'est en ces termes qu'Alan Greenspan, l'ancien gouverneur de la Federal Reserve (la banque centrale américaine) résumait ses interventions volontairement impénétrables et souvent incompréhensibles pour le grand public.
Si, encore récemment, les banquiers centraux entretenaient volontiers le mystère et parlaient abscons s'agissant de leurs objectifs et décisions, leur communication tend aujourd'hui à être plus transparente, prévisionnelle et directionnelle. À l'exemple de la Banque centrale européenne, dont le relèvement des taux, le 7 décembre dernier, avait depuis plusieurs mois été annoncé par son gouverneur Jean-Claude Trichet.
Privilégier la clarté pour accroître l'efficience des politiques monétaire et financière: telle est donc, aujourd'hui encore, la tendance communicante actuelle des instituts d'émission, le Fonds monétaire international donnant alors le ton en septembre 1999, avec son Code de bonnes pratiques pour la transparence des politiques monétaire et financière.
Cette transparence ainsi préconisée par le FMI repose sur deux concepts: "Premièrement, l'efficacité des politiques monétaire et financière peut être renforcée si leurs objectifs et les instruments utilisés sont connus du public et si les autorités peuvent s'engager de manière crédible à les respecter. Deuxièmement, la bonne gestion des affaires publiques exige que les banques centrales et les organes financiers soient tenus de rendre compte, en particulier lorsque les autorités monétaires et financières bénéficient d'un degré élevé d'autonomie". Transparence, communication et indépendance sont donc pour une banque centrale les trois options désormais incontournables d'une bonne gestion décisionnelle. [>>ù100]
À ce jeu de la prévisibilité, la BCE notamment ne risque-t-elle pas de réduire sa marge de manoeuvre face à l'incertitude et d'hypothéquer ainsi sa jeune crédibilité? "Ceci n'est pas une mode, mais résulte plutôt d'une meilleure connaissance du fonctionnement de l'économie de marché. Ce sont les anticipations qui nous incitent aussi à parler de transparence". résume Yves Mersch.
Reste que cette nécessité de transparence et de communication, loin d'être volontaire ou philanthropique, découle directement d'une responsabilité, un devoir de rendre compte légalement exigé des banques centrales, en contrepartie de leur indépendance. Une forte autonomie qui s'est avec le temps imposée, notamment durant la période inflationniste des années 1960-1980, l'expérience économique démontrant qu'une banque centrale affranchie reste finalement le meilleur garant de stabilité des prix sur le moyen terme.
Aussi, bien qu'inscrit à la fois dans sa loi organique et dans le Traité de Maastricht, ce principe fondamental d'indépendance n'apparaît toujours pas, en ce qui concerne la BCL, totalement ancré dans les moeurs institutionnelles du pays. En effet, huit ans après ses débuts, l'institution se heurte encore aux réticences d'un gouvernement peinant, semble-t-il, à en reconnaître pleinement dans les faits le rôle et l'action.
D'où l'avant-projet déposé en février 2006 par Yves Mersch et portant réforme du statut de la BCL: "Mon objectif premier est d'abord de stabiliser la banque dans le cadre de son intégration institutionnelle et de son fonctionnement interne opérationnel", précise son président. Plus qu'une simple modernisation de la loi, le texte intègre notamment une précision du rôle du gouverneur. "Au Luxembourg, nous l'appelons directeur général comme si cela était une administration sous la tutelle de l'État", regrette-t-il.

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