Par: paperJam.lu | Publié le 26.01.2007 1:00
Développement durable et Responsabilité sociale: deux concepts à remplir de substance
La Banque et Caisse d'Épargne de l'État (BCEE) fait partie des signataires de la "Charte d'entreprises pour la responsabilité sociale et le développement durable". "Cela nous a paru on ne peut plus évident et naturel, puisque cette idée de la responsabilité sociale et du développement durable est fondatrice des Caisses d'épargne, dès le début du XIXe siècle", explique Françoise Thoma, secrétaire générale de la BCEE. "Les caisses avaient vis-à-vis des personnes plus démunies une responsabilité sociale, afin de leur permettre d'accéder à une source de financement. Cette idée n'est donc pas du tout nouvelle à la BCEE. Elle est aujourd'hui d'actualité mais nous sommes convaincus qu'elle ne doit pas devenir sujet de marketing. Il faut quelque chose rempli de substance". Cela va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant.
Françoise Thoma rappelle aussi d'emblée un autre point essentiel: chaque entreprise a une vision propre de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) en fonction de son activité, de ses marchés et clients, etc. Il est alors évident que cela implique des approches et des mises en oeuvre différentes - mais finalement complémentaires - selon qu'il s'agisse, par exemple, d'une entreprise de la chimie active au niveau mondial, d'une PME ou d'une banque.
Consciente de l'importance de promouvoir une culture d'entreprise de RSE digne de ce nom, la BCEE met ainsi en oeuvre, discrètement, et en tenant compte des principes de la charte dans le cours normal des affaires, une RSE vécue au jour le jour. Mais avec une attention forte et permanente au bien-être de son personnel et au dialogue.
"Pour ce qui est de la lutte contre la discrimination sous toutes ses formes, il y a des moyens législatifs et un arsenal juridique riches. Il faut des procédures internes. Mais le moyen le plus efficace est la bonne entente. Si le climat de travail et les relations entre les membres du personnel - quels que soient les niveaux hiérarchiques - sont bons, il y a déjà bien moins de risque de discrimination et les problèmes éventuels se règlent au sein même des services, dans le cours normal des affaires. Ces relations directes évitent que des problèmes se créent", explique-t-elle.
La RSE vise aussi à encourager le développement du capital humain, aussi bien par la création d'emplois que par la formation. Là encore, selon Françoise Thoma, cette politique est au coeur de la gestion de la BCEE, et depuis toujours. Mais Mme Thoma fait d'abord remarquer combien le mot "capital" est un terme inapproprié, car dépersonnalisé et contraire à l'idéal recherché. "Mais il n'y en a pas d'autre...".
Il s'agit pour la BCEE d'un investissement de longue durée, surtout dans une entreprise comme celle-là, où le taux de rotation est très bas, la plupart des employés y effectuant toute leur carrière. "Cette notion de capital humain durable est dès lors essentielle pour nous". Ce que la banque exprime surtout par une offre importante et continue en formations. À l'engagement, chaque nouvel employé reçoit une formation d'insertion très poussée de deux ans, dans plusieurs services et avec une formation à plusieurs métiers.
Ensuite, cette formation continue va au-delà de ce que prévoit la loi, au départ, entre autres, des entretiens de développement (certes prévus par la loi, mais qui n'en fixe pas le contenu). "Tout est axé sur les besoins de formation et les souhaits de chacun, en cherchant à valoriser la personnalité et à motiver".
Quant au développement durable, il est lui aussi inscrit dans la loi organique sur la BCEE, dont l'article 5 donne pour vocation à la Caisse de contribuer au développement économique et social du pays dans tous les domaines. "Nous remplissons notre objet social en soutenant des activités liées au développement durable. Tout cela fait qu'adhérer à la charte nous a paru naturel, parce que nous avons une responsabilité sociale envers nos employés, nos clients et la société civile. Cette volonté s'est exprimée dans une grande campagne menée en cette année d'anniversaire pour le bien-être au travail. Et, surtout, nous essayons d'intégrer le volet responsabilité sociale dans toutes nos décisions".
"Une approche globale"
Chez ADT Center, les deux fondatrices de cette entreprise de conseil en ressources humaines, Joëlle Letsch et Josiane Eippers, connaissent parfaitement le pourquoi, le comment et les conséquences de la RSE et du développement durable. Et pour cause: ADT est coordinatrice de cette charte des entreprises socialement responsables, et a appliqué ces principes dès la création de l'entreprise, en 1999.
"ADT se positionne sur ces deux concepts qui se complètent", indique Josiane Eippers. "Lorsque nous avons créé ADT, l'étiquette RSE n'existait pas encore. Mais l'esprit était dans nos valeurs fondatrices". Ainsi, au niveau du recrutement, ADT est ouverte aux candidatures des "femmes rentrantes" qui, autour de 40 à 45 ans, désirent réintégrer le monde du travail après l'avoir quitté le plus souvent pour assumer l'éducation des enfants. "C'est très difficile pour elles de retrouver un emploi, mais nous sommes convaincues qu'elles peuvent nous apporter des compétences tout à fait importantes. Nous nous engageons aussi vis-à-vis de jeunes, à qui nous offrons un coaching solidaire par partage d'expérience, pour leur permettre d'accéder à un parcours professionnel ou universitaire", précise Mme Eippers.
La formation constitue un des piliers de la société dans les phases de recrutement, sous la forme d'une approche globale et d'une projection vers le futur. "Parce qu'il est important qu'il y ait un bien-être de la personne dans l'entreprise, indique Mme Eippers. Tout cela nous donne le regard absolument nécessaire sur l'économie et la rentabilité, mais avec une dimension sociale".
La RSE a ainsi été tout naturellement le premier concept proposé par ADT, voici trois ans, lors d'un séminaire "Éthique dans l'entreprise". "Nous y avons constaté, avec d'autres acteurs économiques, la volonté de se positionner dans ce concept de RSE et de le faire connaître", explique-t-elle. "Notre engagement permet un effet multiplicateur qui mène à des chartes d'entreprise et à des codes de bonne conduite entrepreneuriale. Une autre motivation est de positionner le Luxembourg au niveau international par une image de marque de qualité".
Un des grands engagements d'ADT en matière de RSE porte sur la collaboration avec le ministère du Travail et de l'Emploi. En effet, celui ci, qui est l'un des moteurs du concept au Luxembourg, a signé une convention avec la société, la chargeant de la coordination de la politique de RSE au travers de quatre volets: le travail des personnes plus âgées; celui des personnes handicapées; la santé et la sécurité au travail et la lutte contre le chômage. Plusieurs événements ont déjà été organisés autour de ces thèmes.
Pour Joëlle Letsch et Josiane Eippers, le grand défi qui va se poser au Luxembourg, au moins dans les deux années à venir, est d'allier les deux concepts que sont la RSE et le développement durable, avec la pratique de ce qui se fait déjà. "Il existe de nombreuses bonnes pratiques dans nos entreprises, mais nous avons peu l'habitude d'en parler. Le pays est petit et le marketing se fait de bouche à oreille. Du coup, elles se positionnent moins vers l'extérieur. Pourtant, RSE et développement durable sont deux concepts qui peuvent contribuer à une image de marque. Nos entreprises doivent montrer à l'extérieur qu'elles savent ce que sont ces concepts et qu'elles les appliquent. C'est ça, le grand écart".
Les deux associées sont naturellement très fières d'avoir pu participer à l'élaboration de cette charte des entreprises socialement responsables. "C'est un modèle et une première étape. Des grandes entreprises se sont rassemblées pour la créer en se mettant d'accord sur un certain nombre de principes. Or, un facteur qui ne facilite pas forcément la mise en oeuvre de la RSE, c'est le niveau réglementaire et légal déjà très élevé du pays. Il n'est dès lors pas évident, pour une entreprise, de se positionner encore plus loin. Or, RSE et développement durable ne sont pas des concepts légalement contraignants, mais ils doivent être développés sur base volontariste. C'est un message fort de la part de ces conseils d'administration et de tous les acteurs autour qui se sont mis d'accord sur ces principes. D'autres initiatives sont également en cours et viendront compléter cette démarche".
"Pas de sensibilisation sans dialogue"
De son côté, en tant qu'entreprise, et fédérant des organisations actives dans le secteur social au Luxembourg, elles-mêmes employeurs et prestataires de services pour de nombreuses personnes, Caritas veille à s'appliquer les normes de RSE. "Parce que nos missions consistent à promouvoir la solidarité et la cohésion sociale au Luxembourg et dans le monde, nous avons un regard particulier sur la RSE. Nous visons la sensibilisation du grand public et des différents acteurs socio-économiques, dont les entreprises du secteur privé, à leurs responsabilités sociétales", remarque Elisabeth Werner, responsable qualité à l'institution.
La réflexion de Caritas autour la RSE s'exprime notamment dans son programme de sensibilisation "Plaidons responsable!". Dans ce cadre fut réalisée, en 2004, une étude sur la RSE au Luxembourg, en collaboration avec l'Université Catholique de Louvain et de l'asbl Héraclite. Ses résultats furent présentés en mars 2004, lors du symposium "Corporate Social Responsibility" organisé avec plusieurs grandes entreprises et chambres professionnelles".
"Mais il ne peut y avoir de sensibilisation sans dialogue, souligne Mme Werner. À la suite de ce symposium, une plate-forme de rencontre informelle a été constituée, à l'initiative de notre président Erny Gillen". C'est autour d'Arcelor Mittal, de la BCEE, de Cargolux et de SES Global que cette plate-forme s'est instituée, avec le concours de ADT-Center. De là est née la Charte des entreprises pour la responsabilité sociale et le développement durable, présentée officiellement en octobre dernier.
La Confédération Caritas Luxembourg a, dans la foulée, demandé à ses membres de signer à leur tour. "Dans ce contexte, la prise en compte du principe de développement durable n'est pas une nouveauté. C'est l'aboutissement d'une réflexion stratégique qui allie les fins et les moyens", indique Mme Werner, sensible, peut-être plus que d'autres, à ce qu'elle nomme "les enjeux de la justice dans le commerce international". Car en cherchant à augmenter leur compétitivité et donc leurs profits, de nombreuses entreprises ont délocalisé une partie de leur production dans les pays en développement. Et pour Mme Werner, il n'est pas question que cela puisse se faire sans un minimum de respect de critères et de normes. "La RSE peut contribuer à surmonter la fragmentation du cadre réglementaire en proposant des formes de régulation unifiées. Et nous désirons inciter à cette prise de conscience", estime-t-elle.
Côté personnel, une particularité réside sans doute dans des motivations de qualité et d'utilité plutôt que dans un esprit de carrière et de rémunération. Cette motivation est très importante dans une organisation socio-caritative, confrontée fréquemment à des situations de détresse qui exigent des réactions urgentes. Caritas, indique Elizabeth Werner, veille dès lors à permettre à ses collaborateurs de travailler dans des conditions de professionnalisme et d'efficience.
Ce n'est donc pas un hasard si, pour cette année jubilaire au cours de laquelle elle fêtera ses 75 ans d'existence, Caritas a choisi comme slogan "Zukunft schenken - Partager l'avenir!"...
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Une asbl dédiée à la RSE
Dans le courant du mois de février, l'Institut pour le mouvement sociétal verra le jour. Fondé par l'association de six entreprises qui revendiquent déjà des implications fortes dans les politiques de responsabilité sociale (Arcelor Mittal, AXA, Dexia-BIL, KNEIP, Noble & Scheidecker et PricewaterhouseCoopers), l'IML sera chargé de promouvoir les politiques sociales, économiques et environnementales dans le pays.
Cette nouvelle plate-forme se veut, en réalité, un lieu de réflexion et de partage autour de plusieurs pôles d'expertise tels que le mécénat citoyen, entreprises et territoires, la gestion de la diversité ou encore l'innovation sociétale. Il prévoit également d'aider les entreprises à concevoir et mettre en oeuvre leur politique RSE.
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Huit axes et neuf indicateurs
Le plan national pour le développement durable (PNDD) repose sur huit grands axes contrôlés par les indicateurs socioéconomiques et statistiques dans neuf matières. Tous sont intimement liés par une interaction évidente.
Le premier axe est très logiquement la lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Il est, lui, mesuré par deux indicateurs, à savoir l'indice de précarité (le pourcentage de ménages disposant d'un niveau de vie inférieur à 60% du niveau de vie moyen national) et le taux de chômage en pourcentage de la population active.
Le deuxième axe est d'aider les pays les plus pauvres à se développer de manière durable. L'indicateur retenu est ici le montant de l'aide publique au développement en pourcentage du revenu national brut.
Troisième axe: assurer la solidarité intergénérationnelle en matière de pension. L'indice est celui de la dépendance: le rapport en pourcentage du nombre de personnes âgées de 65 ans et plus par rapport au nombre de personnes âgées de 14 à 64 ans.
Quatrième axe: encadrer la croissance démographique avec, pour indice, le taux d'accroissement de la population, avec les excédents naturel et migratoire.
Cinquième axe: donner aux individus l'opportunité de développer leurs potentialités individuelles. L'indice est ici celui du niveau de scolarité de base.
Sixième axe: prolonger la durée de vie en bonne santé. Indice: l'évolution du taux de mortalité par rapport à certaines causes de mortalité.
Septième axe: prévenir les accidents du travail. L'indice retenu est à la fois celui du nombre d'accidents du travail déclarés en chiffres absolus et celui du nombre d'accidents pour 100 salariés-unité.
Huitième axe: améliorer l'accès à un logement.
L'indice est cette fois celui du nombre moyen de pièces d'habitation par personne.

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