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Dominique Janne, un entrepreneur nomade

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ARTICLE  |  Par: Christophe Sokal  |  publié le 20.04.2007

Dominique Janne, un entrepreneur nomade

Dominique Janne, un entrepreneur nomade

Ses modèles: Francis Bouygues et Richard Branson. Son credo: entreprendre est d'abord un plaisir. Rencontre avec un homme-orchestre qui construit ses entreprises comme des films.

Surtitre: 
Dominique Janne, un entrepreneur nomade
Auteur(s): 
Christophe Sokal
Interview ?: 
Pas interview

Sur sa carte de visite, une multitude d'enseignes modestes par la taille, mais génératrices de profits, et qui vont de l'immobilier et le câble, au cinéma, en passant par la presse et, bientôt, la production musicale.

A première vue, vos activités multiples ne semblent pas très cohérentes. Qu'est-ce qui les relie?

"Si l'on se réfère à , et même à Berlusconi, ils sont aussi à la fois dans l'immobilier et le cinéma ou la télévision. Francis Bouygues a produit La leçon de piano de Jane Campion, par exemple. Fondamentalement, ce n'est pas étrange d'avoir un pied dans une activité concrète et stable et l'autre, dans une plus fluctuante. Ce qui m'anime est d'abord le désir, le plaisir et l'amusement. L'autre point de convergence entre mes activités d'investisseur immobilier ou de producteur de films est qu'elles commencent toutes par une idée sur un bout de papier, et qu'elles se réalisent grâce à l'imagination et la création... C'est tout de même plus excitant que l'import-export, non?

Vous êtes un producteur à succès, notamment Podium, avec Benoît Poelvoorde, mais aussi des films plus graves comme Va, vis et deviens et La raison du plus faible de Lucas Belvaux. Vous avez réussi à concilier un cinéma belge d'auteur et une approche d'un public large et international. Comment appréciez-vous cette réussite?

"Je ne me prends pas pour un symbole de réussite. On reste dans un petit pays et, du coup, cela donne aux productions une dimension de 'géant au pays des nains'. Oui, on a internationalisé le cinéma belge et on parle aujourd'hui de façon considérée avec la France ou l'Angleterre, mais il y a aussi le reste du monde. Ce qui nous caractérise, c'est l'effet de source. Notre succès est généré par le fait qu'en Belgique, nous réalisons bien notre travail et, alors, nous devenons fiables et crédibles. Mais le succès d'un projet, aussi bien dans l'immobilier que dans le cinéma, tient à la créativité d'un trio auteur-producteur-réalisateur. C'est également vrai pour des disciplines comme la musique, où je suis tenté de développer de nouvelles activités.

Dans la musique? N'est-ce pas risqué, à l'heure où le téléchargement a décimé les productions?

"Les Majors du disque sont décimées parce qu'elles vivent sur un modèle économique dépassé où 'le fric cherche seulement à faire du fric', et qu'elles fonctionnent sur la défensive et le protectionnisme. Partout aujourd'hui, les modèles économiques changent, l'immobilier ne fait pas exception. A partir du moment où le téléchargement est vu comme une opportunité d'agir de façon proactive dans une nouvelle réalité, je pense que j'ai des chances de réussir. Vous savez, je fonctionne en étant très direct et de façon instinctive. Quand je reçois un scénario, même avec toutes les promesses de succès, si je ne le sens pas, je ne le ferai pas. Je ne fais rien sans plaisir.

Vous avez repris le festival du film de Bruxelles, moribond, vous avez également racheté le magazine satirique Pan, une institution, mais qui a perdu de son aura... Vous aimez les causes difficiles?

"En ce qui concerne le festival, je pense qu'il s'est perdu parce qu'il ne vivait que sur des sponsors avec strass et paillettes, ce qui ne correspond pas du tout à la dimension bruxelloise d'un festival. Quand on m'a appelé pour me proposer de le reprendre, je l'ai fait d'abord parce que, à cinquante ans, je me dis qu'il est temps que je sois 'utile à la communauté'. Mais j'ai aussi posé mes conditions sur la programmation, exclusivement des premiers ou deuxièmes films. C'est un risque, vu que souvent les réalisateurs et les acteurs ne sont pas connus, mais c'est aussi une dimension plus harmonieuse pour un festival de cinéma à Bruxelles, et cela fonctionne bien. En ce qui concerne Pan, cela marche très bien. Je ne connaissais pas l'édition, avant de m'y lancer. Mais un quatre pages, pour un novice comme moi, c'est une expérience gérable, question variable économique. Et le propos satirique me permet de présenter une réalité socio-politique sous un angle différent, hors des clivages dogmatiques habituels. Je ne suis jamais plus heureux que quand, à gauche, on dit que Pan est de droite et qu'à droite, on pense le contraire".

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