ARTICLE | Par: Alain Ducat | publié le 05.10.2007
Comment défendre la filière bois face aux menaces que font planer sur les scieries de feuillus les exportations massives de grumes vers la Chine? La question taraude plus d’un acteur, professionnel ou politique. En fait, il y a dualité, voire paradoxe, dans la filière. Les scieurs évoquent «les conséquences désastreuses» de l’exportation: une bonne partie de la matière première part en Asie, d’où le bois revient, manufacturé, et à des prix plus bas que ceux du marché local. A contrario, les exploitants forestiers cherchent, eux, de plus en plus, à exporter en Chine, pour commercialiser ces feuillus.
Il n’y a pas que le volume des exportations qui handicape la filière. Le marché des feuillus flambe. L’essence la plus touchée? Le chêne. Les prix grimpent, de 15 à 20%. Les scieurs ne peuvent pas suivre le rythme des exportateurs et des gros acheteurs français par exemple. Et les stocks de grumes fondent.
En outre, le prix du transport, «pas plus élevé qu’après-guerre», ajoute un frein à la compétitivité des filières locales. Les bateaux, qui déchargent dans les ports de la mer du Nord des tonnes de produits, rentabilisent le retour en chargeant le bois. Toutefois, une taxe de 400 euros le m3 frappe désormais les conteneurs envoyés en Chine.
La Chine, la province de Luxembourg mise dessus, notamment via un jumelage serré avec la province du Heilonjang. Le député provincial Daniel Ledent, questionné sur la position qu’adopte son exécutif face à ce dilemme, souligne: «les exploitants forestiers ont le droit, bien légitime, d’exporter. Mais en aucun cas la députation ne développera de politique privilégiant les exportations chinoises ou autres, au détriment du développement durable de notre filière bois». L’objectif est par contre de vendre du «savoir-faire», en matière de lamellé-collé par exemple, pour promouvoir le bois résineux dans la construction en Chine.
Cela étant, selon le député Ledent, ce pays recherche de plus en plus du bois de qualité, ce qui ne ferait qu’accroître la tendance lourde à l’exode des matières. Les voisins européens sont aussi friands de ces bons bois. Et puis les usines de tranchage sont ailleurs: il n’en subsiste plus aucune en Wallonie…
Enfin, au risque de dérouter, l’exécutif provincial fait un peu le pic-vert: M. Ledent évoque aussi, parmi les handicaps pour les scieries de la région, les «dérives liées au bois-énergie». Pour lui, les grosses unités de cogénération, misant sur la «manne céleste» des certificats verts octroyés par la Wallonie, «faussent le jeu de la concurrence». S’en plaignent surtout les industries du panneau de bois et de la papeterie. Autant dire les gros donneurs d’ordre Spanolux (Vielsalm) et Burgo (Virton)…