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Photo: SIP

Par: Frédérique Moser  |  Publié le 28.09.2007 12:11

Plus d'autonomie et de moyens pour l'ADEM


L'Administration de l'Emploi souffre d'un déficit chronique de moyens. Elle gagnerait également à accroître sa flexibilité. Telles sont les deux principales conclusions de l'audit réalisé par l'OCDE et présenté hier après-midi aux députés et partenaires sociaux. Pour le ministre de tutelle, le modèle d'un établissement public serait une voie à explorer.

L'audit du service public de l'emploi au Luxembourg a été réalisé par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) en 2005 et 2006, à la demande du gouvernement. Le Grand-Duché est le 26e pays à faire l'objet d'une telle analyse, dont les résultats seront utilisés dans le cadre de comparaisons internationales.

«Ces comparaisons sont opérées entre des pays de même profil, indique Martine Durand, co-auteur du rapport. Dans le cas du Luxembourg, il s'agit de pays qui, bien qu'ayant un haut niveau de prestations sociales doivent malgré tout faire face un taux de chômage élevé».

Il convient de noter que l'étude a été réalisée avant la mise en œuvre des instruments créés par la loi de décembre 2006 (la fameuse loi 5611). «Les mesures créées par cette loi vont dans le bon sens, mais nos conclusions n'en restent pas moins tout à fait pertinentes, indique Mme Durand, avant de préciser qu'il s'agit d'un audit «organisationnel et non fonctionnel. Notre objectif était de savoir comment fonctionne l'administration de l'emploi au Luxembourg».

Cinq recommandations

Les constats dressés ont donné lieu à cinq recommandations principales. La première est de sortir l'ADEM de l'état de «sous-financement chronique» dans lequel elle se trouve. Les dépenses au sens large représentent ainsi 0,07% du PIB en 2005 (0,1% si l'on tient compte du travail frontalier), soit largement moins que les pays … les moins dépensiers analysés par l'OCDE (0,15% du PIB pour l'Autriche, la Norvège et la Suisse) et carrément en décrochage par rapport aux plus dépensiers, comme le Danemark, qui consacre 0,5% de son PIB au service public de l'emploi.

L'OCDE préconise également de diminuer le nombre de demandeurs d'emploi par placeur. Alors que la moyenne «raisonnable» des autres pays tourne autour de 100 demandeurs d'emploi par placeur, au Luxembourg ce chiffre grimpe à 500! De nouvelles méthodes d'activation, plus coûteuses mais plus efficaces que l'assignation – en particulier pour les demandeurs d'emploi peu employables – devraient également être mises en œuvre.

La deuxième recommandation de l'OCDE porte sur une clarification du statut et de la mission de l'ADEM, dont il s'agirait de revoir «l'organisation et la gouvernance». L'ADEM gagnerait à devenir plus autonome, plus flexible, que ce soit dans le choix des méthodes, la gestion de son personnel ou la capacité d'auto-saisine pour la production d'études et de données. «Cette autonomie lui donnerait également la possibilité de défendre son action devant le public et le Parlement», a indiqué Martine Durand.

La troisième recommandation de l'OCDE vise à renforcer la fonction de placement, en créant des postes de placeurs-conseillers plus qualifiés et mieux rémunérés ainsi qu'en définissant des indicateurs de performance «plus pertinents», prenant en compte le nombre de placements et de retours à l'emploi plutôt que le nombre d'assignations. Par ailleurs, le recours à des prestataires privés pour placer certains demandeurs d'emploi pourrait également être envisagé.

Limiter les missions impossibles

La quatrième piste de réforme prévoit un renforcement des outils d'activation, des tests de disponibilité ainsi que la mise en place de plan d'activation individualisés. «Il s'agit de s'assurer que le chômeur est véritablement disponible pour rechercher un emploi», indique Mme Durand. L'OCDE préconise également de limiter le nombre de ‘missions impossibles' confiées aux placeurs, en créant un statut temporaire pour certains chômeurs, «difficiles à placer ou très loin du marché du travail».

Enfin, la cinquième recommandation vise à réformer les mesures et les programmes du marché du travail. En particulier, il s'agit de s'assurer de la bonne attractivité des mesures en place par rapport aux indemnités, de prévoir une participation obligatoire des demandeurs d'emploi, ainsi que de revoir le rapport coût/efficacité de l'aide au retour à l'emploi, une mesure qui a connu un véritable «boom» ces dernières années. L'OCDE insiste en outre sur un meilleur équilibrage entre les dépenses en faveur des emplois aidés et celles destinées à la formation, qui nécessitent un coup de pouce.

Sitôt la présentation effectuée, le ministre du Travail et de l'Emploi, François Biltgen, a tenu à indiquer les premières pistes d'action à envisager. La voie d'une meilleure autonomie de l'ADEM est attrayante et il semble porter son choix vers un modèle d'établissement public, permettant notamment de modifier le mode de recrutement des placeurs. Concernant le recours à des prestataires privés pour certains placements, il n'y voit aucune objection, d'autant que la base légale existe déjà. Enfin, il veillera à obtenir pour l'ADEM une rallonge budgétaire de la part de son collègue Luc Frieden, afin «d'invertir prioritairement dans le personnel et les ressources informatiques».

L'audit complet de l'ADEM sera prochainement disponible sur le site Internet de l'OCDE, à l'adresse www.oecd.org/Luxembourg-fr.


 
 
 
 
  



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