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Par: Marc Vandermeir  |  Publié le 28.09.2007 12:42

La Grande Région se projette sur les marchés des Balkans


Elle est l'invitée d'honneur d'une vaste foire commerciale, en Bulgarie. Et est venue avec ses entreprises en jouant la carte de l'interpellation sur ce concept transfrontalier.

(De notre envoyé spécial à Plovdiv)

«Sans ce support de la Grande Région, nos entreprises et nous-mêmes n'aurions pas pu être là», nous indiquait, lundi à Plovdiv, Pierre Gramegna, directeur général de la Chambre de commerce du Luxembourg.

La «Grande Région» Sarre-Lorraine-Luxembourg-Rhénanie-Palatinat et Wallonie est en effet, cette semaine, l'invité d'honneur de la Foire technique internationale de Plovdiv, en Bulgarie, qui accueille plus de 3.500 exposants (dont quelque 2.200 étrangers) venus du monde entier et qui vise les marchés de tous les Balkans. Les entreprises étrangères inscrites sont tant de grands groupes multinationaux, comme ArcelorMittal, Alcatel, Siemens, etc., que des PME.

La Grande Région avait déjà, il y a deux ans, participé en tant que telle à cette foire mais en est, cette année, l'invité d'honneur, avec une présence accrue (une trentaine d'entreprises) sous un stand commun «Grande Région» déclinant ses cinq composantes. Outre le fait que l'Agence Wallonne à l'Exportation (AWEX) travaille traditionnellement avec les opérateurs économiques de la Grande Région, en particulier du Luxembourg et de Lorraine, le fait que la Région wallonne occupe, jusqu'en janvier prochain, la présidence de cette Grande Région, a accru le travail préparatoire et expliqué la venue du ministre-président Rudy Demotte.

Faut-il préciser que, en Bulgarie, le concept «Grande Région» est parfaitement inconnu (tout comme l'est d'ailleurs aussi la Wallonie). C'est précisément en utilisant cette inconnue comme un appât qu'a joué l'AWEX, bien sûr surtout pour les entrepreneurs locaux, mais aussi envers les politiques, dont le Premier ministre et le ministre de l'Economie.

Mais, cette Grande Région, finalement, c'est quoi? Et comment est-elle présentée? Comme un vaste espace économique de 11 millions d'habitants et 65.000 km2, entre Londres et Francfort et qui représente 3% du PIB de l'Union Européenne. Mais qui est bien plus qu'un simple agglomérat de régions. Avec sa multitude de travailleurs transfrontaliers (170.000) et, surtout, de collaborations entre entreprises, universités, opérateurs économiques de tous niveaux, etc., la Grande Région est une réalité économique évidente, qui est comme née «du terrain» et non d'une volonté politique qui a en réalité plutôt suivi la réalité de terrain. Mais cette Grande Région dispose aussi d'institutions propres qui lui donnent aussi un air de «machin». D'où le besoin de passer à une vitesse supérieure, comme l'explique plus loin Rudy Demotte.

Reste que cette réalité s'affiche très bien à Plovdiv, où elle est présente entre les stands regroupant les entreprises françaises et allemandes, sous la bannière de leur pays, tandis que les entreprises de la Grande Région ont fait le choix d'être sous cette bannière et non sous celle de leur pays.

On relèvera enfin que la Région flamande a elle aussi un stand, dans un autre pavillon, stand que Rudy Demotte n'a pas manqué de visiter, en s'y exprimant tout naturellement dans un flamand aussi parfait que son bulgare.

«Dans un esprit de conquête de l'Est»

Le hasard a voulu que, pour sa première mission à l'étranger, Rudy Demotte, ait à porter une double casquette: celle de ministre-président wallon et celle de président en exercice de la Grande Région. Avec une plume sur ces casquettes, sa parfaite connaissance de la langue bulgare, due au fait que son épouse est bulgare. Interview.

  1. PaperJam: Pourquoi avoir voulu être ici?
  2. R. Demotte: «Notre présence est très importante dans un esprit de conquête de l'Est, d'autant que cette foire couvre tous les Balkans. C'est ici qu'il y a le plus fort taux de croissance. Il n'y a pas ou très peu d'ancrage économique francophone ici. C'est mon obsession. Etre à la foire, c'est tisser des liens avec les entrepreneurs, dans une sorte de rôle de VRP. Cela vaut pour le développement économique de toute la Grande Région car il y a en Europe centrale et de l'Est quelques pays encore en friche économique et donc des marchés à prendre. Le fait que je parle bulgare me permet en outre de jouer un rôle dans les contacts avec les autorités, comme dans mes entretiens avec le Premier ministre et le ministre de l'Economie».
  3. PJ: Les mots «Grande Région» ont-ils un sens pour les Bulgares?
  4. RD: «C'est plutôt comme un appât. Venue seule ici, chaque région aurait été perdante. Le fait d'être sous un stand commun Grande Région, chacune avec ses spécificités, donne une image car les Bulgares sont interpellés et cherchent à voir ce qu'il y a comme marché derrière cette Grande Région. La Wallonie, ils ne connaissent pas».
  5. PJ: Y a-t-il un réel potentiel pour les PME?
  6. RD: «Il y a même plus de place que pour les grands groupes. Les niches sont très riches et compatibles entre elles. C'est la juxtaposition de ces niches qui présente un intérêt».
  7. PJ: Même si de très importants progrès ont déjà été réalisés du fait de l'entrée dans l'Union Européenne, l'économie est encore marquée par une certaine corruption. Est-ce une difficulté?
  8. RD: «Il y a effectivement une complexité du marché. Le passage vers l'économie de marché a vu la nomenklatura atrophier le marché, mais les choses se sont nettement améliorées. Et il faut trouver les moyens d'un marché durable et solvable. Donc, se donner le temps de l'étude préalable. Car, lorsqu'on est sur le marché, l'on est pionnier et, si on passe le cap des 3 à 5 ans, les affaires sont lancées. Il faut venir maintenant, mais en sachant se réadapter et redéfinir une stratégie; dont la synergie avec les outils de production chez nous».
  9. PJ: La Grande Région n'est-elle pas plus un «machin» qu'une réalité économique efficace?
  10. RD: «Je suis un homme pressé car le temps presse pour l'économie wallonne. Il ne faut cependant pas faire les choses de manière précipitée. Etre une Région ne nous permet pas une diplomatie classique, mais il nous faut trouver des points d'ancrage, ce qui est réalisable via la Grande Région. Quant à cette dernière, il faut une nouvelle étape. On a fait des études, il faut les concrétiser. Nous ne sommes pas dans une économie où le politique à grand-chose à dire. Nous devons ainsi voir quelle est la plus-value qu'il peut donner à l'économie. Elle réside notamment dans le maillage des entreprises, avec un potentiel inouï en termes de spin-off. Il faut tout mettre dans une même boîte avec une simplification des stratégies pour inciter les entreprises à se développer avec une stratégie transfrontalière. Nous devons avoir la capacité de mettre en œuvre des processus de collaboration pour des produits et services nouveaux, par la mise en place de réseaux, de grappes, de pôles de compétence, dans une philosophie de reconquête. La coopération transfrontalière inter-européenne est là un facteur de leviers de développement économique».

Atteindre une taille critique

Directeur général du Commissariat général aux Relations internationales pour la Wallonie et Bruxelles et de l'Agence Wallonne à l'Exportation (AWEX), qui a mené tout le travail préparatoire à la présence «Grande Région» à Plovdiv, Philippe Suinen était bien sûr présent. «Il n'est pas difficile de représenter la Grande Région et la Wallonie puisque la seconde est partie intégrante de la première», dit-il. «Mais il faut bien expliquer qui en fait partie et quelle est sa politique. Cela nous permet à tous d'atteindre une taille critique. Et cela rassure le client potentiel de voir que cinq composantes venues de quatre Etats ont une politique commune. Cette taille critique nous permet d'internationaliser nos entreprises en cercles concentriques depuis la Grande Région vers l'extérieur, en passant d'une logique d'import-export à un partenariat dans la Grande Région et à l'extérieur. Et d'internationaliser aussi la Wallonie. La Grande Région est d'ailleurs la seule qui, dans les nouveaux programmes européens Interreg, prévoit 5% de son budget à sa visibilité».

Et Philippe Suinen de souligner encore que le passé commun à la Grande Région fait que «chacun s'y est redéployé par des actions transfrontalières et en prenant des leçons chez l'autre, en réalisant que, ensemble, on est plus forts et plus visibles, tout en montrant au partenaire potentiel qu'on pratique tous les jours la diversité culturelle. Tandis que la Grande Région est la première, en Europe, qui a une politique extérieure commune et qui cultive le fait européen d'aller ensemble en tant qu'européens vers l'Europe et le monde».


 
 
 
 
  



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