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Photo: Olivier Minaire (Archives)

Par: Mario Hirsch  |  Publié le 21.09.2007 8:42

A Man for all Seasons


Gaston Thorn nous a quittés au terme d’une vie publique bien remplie. Les hommages font penser qu’il faisait l’unanimité, mais de son vivant tel ne fut pas le cas…

Prenons l'expérience inédite et quelque peu nostalgique du gouvernement centre-gauche (1974-79), qu'il présida avec panache. Membre du gou-vernement Werner depuis 1969, il avait pris au sérieux l'avertissement de la grande manifestation syndicale du 9 octobre 1973, dirigée contre l'immobilisme du gouvernement. Il avait compris qu'un changement de registre et de style s'imposait et que la modernisation du pays était à l'ordre du jour.

Les législatives de 1974, marquées par de lourdes pertes du CSV et une progression spectaculaire du LSAP et du DP, offraient l'occasion rêvée d'éconduire le parti chrétien social. Une grande effervescence accompagnait les premiers pas de la nouvelle coalition et la rupture: «Un peuple mal informé comprend mal, juge mal et décide mal». Le bilan est à l'avenant: abaissement du droit de vote à 18 ans, abolition de la peine de mort, hu-manisation de l'exécution des peines, dépénalisation de l'avortement, réformes en profondeur de l'éducation, démocratisation de la culture.

L'ardeur réformatrice fut quelque peu freinée par la crise sidérurgique après 1975. La restructuration douloureuse amenait le gouvernement à innover sur le plan institutionnel avec la Tripartite en 1977. Cet instrument de concertation entre partenaires sociaux et gouvernement préservait la paix sociale, même s'il empiétait sur les prérogatives parlementaires. Pour Thorn, il s'agissait d'une «réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle», ce qu'on a oublié.

La présidence de l'exécutif européen (1981-84) fut l'autre grand moment de sa carrière. Malgré des circonstances adverses peu propices aux grands bonds en avant, M. Thorn a su préserver, en l'état, l'acquis de l'intégration et éviter des délitements irrémédiables. Il fallait faire front à «l'eurosclérose» et à l'intransigeance de Margaret Thatcher (dans le dossier de la contribution britannique au budget communautaire).

L'ironie de l'histoire veut que, 20 ans plus tard, la question du chèque britannique allât empêcher Jean-Claude Juncker de clôturer en beauté sa présidence de l'UE! Mais malgré ces avatars, la Commission Thorn n'a pas pour autant chômé. L'Acte unique de 1985, c'était son œuvre, tout comme elle a introduit les premiers programmes R&D et réussi le deuxième élargissement.

Dans ces entreprises difficiles, Gaston Thorn était aidé par sa personnalité hors du commun. Personnage attachant et engageant, il était doté d'un sens aigu du devoir, d'une détermination à toute épreuve et d'authentiques qualités de fédérateur. Sa capacité de mobilisation était remarquable, d'où sa popularité d'homme politique et son aura, inégalées jusqu'à la montée en puissance de Jean-Claude Juncker. En moins de dix ans, il a doublé le score du Parti démocratique et il a même réussi à imposer momentanément sa formation comme deuxième parti (élections européennes de 1979).

Charmeur, séducteur… cassant, instransigeant

Doté d'un esprit espiègle et de talents rhétoriques incomparables, il avait des qualités redoutables de charmeur et de séducteur. Sous ses airs dé-bonnaires, il savait aussi être cassant et intransigeant, surtout vis-à-vis de ceux qui lui disputaient son leadership, qu'il s'agisse de la guérilla parle-mentaire et de la presse incessante du CSV et du Wort ou de grosses pointures comme Davignon ou Ortoli qui renâclaient devant son autorité.

Ces qualités expliquent son principal héritage. Comme ministre des Affaires étrangères (1969-80), il s'est départi résolument du style quelque peu pépère de la diplomatie luxembourgeoise pour lui imposer une démarche résolument volontariste avec la complicité de Pierre Werner. Il y avait une saine émulation entre ces deux hommes, si différents dans leur habitus. Soudain, le Luxembourg avait une voix respectée à l'international. Il fallait oser!

Sa vaste expérience a également rehaussé sa deuxième vie, vouée aux affaires. A la fin de son mandat à Bruxelles, il présida les conseils de la CLT et de la BIL pendant 15 années charnières. Il fallait entamer leur internationalisation, tout en préservant leur ancrage luxembourgeois. Dans l'ensemble, l'intégration dans Dexia et dans RTL Group fut rondement menée, même si l'une et l'autre ont perdu un peu de leur superbe luxembourgeoise au passage…

L'auteur, actuel président de l'Institut Pierre Werner, fut également ghost writer du Premier ministre Gaston Thorn.


 
 
 
 
  



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