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Par: Frédérique Moser  |  Publié le 27.09.2007 10:17

Prendre le mal à la racine


Pour le syndicat LCGB-SESF, la question du bien-être des salariés dépasse largement l’offre de services confort que l’entreprise peut proposer sur le lieu de travail.

Face à la déferlante de prestations en tout genre, des plus traditionnelles aux plus inédites, les syndicalistes n'ont pas l'esprit chagrin. Et soutiennent toute initiative qui, dans l'entreprise, peut améliorer le confort et la santé des salariés. «Que les gens soient plus détendus au travail, qu'ils puissent bénéficier d'une crèche sur place, d'une salle de sport ou de massages, je n'y vois pas d'inconvénient, bien évidemment», explique Gabriel Di Letizia, délégué permanent du LCGB-SESF chez Fortis Banque. Mais le syndicaliste se hâte de replacer la question dans toute son acception: «Si l'on veut parler de 'bien-être en entreprise', c'est tout l'environnement de travail qu'il faut prendre en compte. Aménager une salle de sport, d'accord, mais l'entreprise est-elle prête à investir dans du mobilier ergonomique, pour diminuer les problèmes de dos de son personnel? Installer des boutiques, pourquoi pas, mais laisse-t-on au personnel une chance de pouvoir les fréquenter? Vouloir diminuer le stress, c'est louable, mais que fait-on concrètement pour lutter contre le mobbing?», interroge-t-il. Concernant le dernier exemple, les militants savent bien de quoi il retourne. En 2005, le LCGB-SESF fut le premier syndicat à mettre en place une «Charte contre le harcèlement moral». Deux ans plus tard, seules quatre entreprises l'ont signée (Fortis, Dexia, RBC Dexia In-vestor Services Bank et JP Morgan). Un quarteron, certes, de très grosses «maisons», mais pas une pléiade...

«Cette charte réclame des engagements de l'employeur. Notamment celui d'agir, en cas de suspicion, par la mise en place d'une commission mixte paritaire. Si les cas de mobbing sont avérés, des sanctions peuvent être décidées. Voilà pourquoi certaines entre-prises sont réticentes à signer la charte, même si les discours vont plutôt dans le sens d'une prise en compte de ce problème, grand générateur de stress...», explique Vincent Jacquet, secrétaire syndical du LCGB-SESF. Des contradictions de ce type, les syndicalistes en retrouvent également dans la mise à disposition des infrastructures de «dé-tente». «Des espaces de loisirs et de détente, c'est très appréciable; mais si les salariés ont des horaires de travail à rallonge, s'il leur faut une heure et demie tous les matins pour arriver au travail, s'ils doivent se précipiter le soir pour récupérer les enfants à la crèche... quand vont-ils en profiter? Quand on a une famille avec de jeunes enfants, le sport, on commence à y penser quand toutes les choses prioritaires ont été faites!», constate M. Di Letizia.

Et le délégué permanent de Fortis Banque de citer la fréquentation de la salle de sport de son entreprise (fort bien équipée au de-meurant, avec coach en renfort): «Seulement 30% des salariés l'utilisent, essentiellement du personnel d'encadrement. Pour la majo-rité des autres, les contraintes pèsent déjà tellement sur leur quotidien qu'ils n'ont pas le temps d'y aller».

«Attaques contre le bien-être»

Pour Vincent Jacquet, il s'agit de ne pas confondre palliatifs au stress et traitement du problème à la source: «Il faut lutter contre l'origine du mal. On sait aujourd'hui que l'un des principaux facteurs de stress est le déséquilibre vie professionnelle/vie privée. Donc, l'entreprise peut agir en assouplissant les horaires de travail, en facilitant l'accès à l'entreprise (co-voiturage, stationnement, partici-pation aux frais de transport en commun, etc.), en favorisant les temps partiels, les pauses-carrière, les pré-retraites à mi-temps, etc. Si l'on demande à ses salariés de travailler plus de dix heures par jour, on est loin de leur offrir un environnement de travail sain... équipements sportifs et espaces lounge ou non!».

Pour M. Jacquet, l'attitude des entreprises reste ainsi très paradoxale: «D'un côté, elles mettent en place de plus en plus d'artifices pour leur personnel et de l'autre, elles n'ont de cesse de détériorer leur qualité de vie», constate-t-il. Et le secrétaire syndical du LCGB-SESF de citer les revendications patronales, dans le cadre du renouvellement de la convention collective du secteur bancaire, visant à considérer le samedi comme une journée de travail 'normale', ou encore celles visant à annualiser le temps de travail, soumettant, de fait, «les salariés à de perpétuels à-coups».

«Voilà de réelles attaques contre le bien-être, poursuit-il. Ce n'est pas très cohérent avec les discours sur l'harmonie vie profes-sionnelle/vie privée. Il faut donc rester attentifs, ne pas se contenter de la partie visible de la démarche, la plus facile à mettre en place. Créer un environnement sain et réellement porté sur l'humain dans l'entreprise, c'est un travail de longue haleine».


 
 
 
 
  



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