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Pret pour le combat

Par: Frédérique Moser  |  Publié le 21.09.2007 17:07

Prêts pour le combat


Salles de fitness, massages, conciergeries, espaces zen… \nles entreprises multiplient les initiatives pour accroître \nle bien-être de leurs salariés. Et augmenter d'autant \nleur productivité au travail. \n

Positif, il donne ce regain d'énergie qui permet d'arriver au bout d'une tâche complexe. Négatif, il engendre confusion, mal-être et bride les compétences. Le stress, car c'est bien de lui qu'il s'agit, fait partie intégrante de la vie des salariés. Et, partant, de celle des entreprises. Selon l'Agence européenne pour la santé et la sécurité au travail, 28% des salariés européens (soit 41 millions de personnes) souffriraient d'un stress très élevé, nocif pour leur santé. Ce facteur serait en cause dans 50 à 60% des journées de travail perdues, pour un coût annuel de quelque 20 milliards d'euros. De quoi prendre la question très au sérieux.

Le Luxembourg n'est évidemment pas épargné par le phénomène, même si les études tendent à prouver que son impact serait plus faible: selon l'enquête nationale Stimulus (lire p. 142), 20,9% des travailleurs souffrent d'un stress professionnel très élevé (soit sept points de moins que la moyenne européenne). Il n'empêche qu'un salarié sur cinq menacé (ou touché) par le burn-out, c'est énorme. Nombre d'entreprises ont décidé de prendre le problème à bras le corps pour réduire ses effets, préjudiciables sur le plan humain et réelles entraves à la performance économique.

Le marché s'est rapidement adapté et les sociétés offrant des services «bien-être» prolifèrent. Parmi elles, Ambius. La société, active en Belgique depuis les années 80 sous le nom de Rentokil Tropical Plants, a opéré un rebranding en juin dernier et veut désormais séduire un marché luxembourgeois «très réceptif» avec une gamme étendue de services, destinés à «stimuler les cinq sens» des collaborateurs. «Nous voulons créer une ambiance de travail positive, propice à motiver les gens. Et qui dit meilleure motivation, dit augmentation de la productivité», argumente Nico Joly, country manager d'Ambius pour la Belgique et le Luxembourg. Il se réfère à une étude réalisée en octobre 2006 par le cabinet HR Hay Group, «qui a démontré que des collaborateurs satisfaits de leur environnement de travail sont capables de faire grimper de 30% le bénéfice net de l'organisation».

«Un excellent ROI»

Pour parvenir à ce résultat, Ambius propose cinq produits, allant du leasing de plantes vertes aux ateliers de relaxation, en passant par la livraison de corbeilles de fruits, la diffusion de senteurs «délicates et agréables» et la décoration murale des espaces de travail et de détente. «La livraison de paniers de fruits, bien meilleurs pour la santé que les snacks des distributeurs automatiques, remporte actuellement un succès fou», relève Nico Joly, qui estime qu'à partir de 32,50 euros le panier de 5kg, les entreprises peuvent offrir à leurs salariés «ce petit cadeau très apprécié»… mais aussi rentable. Selon le manager, des études américaines auraient permis de calculer le ROI (Return of Investment) des produits permettant d'améliorer le capital-santé des collaborateurs: «Pour chaque euro dépensé, le ROI serait de 3,14 euros», affirme-t-il.

Le leasing de plantes, métier de base de la société, remporte lui aussi un vif succès. Ambius compte actuellement près de 500 clients et voit la demande augmenter, tant sur le plan quantitatif qu'en termes de valeur ajoutée. «Les entreprises ne se contentent plus de verdure classique, comme des ficus en cache-pots. Elles choisissent des jardinières originales, des plantes exotiques, des palmiers…», constate Edwin Boessen, service coordinator.

Quant aux produits typiquement wellness, tels que les massages, séances de relaxation (individuelles ou en groupe) ou encore lunettes de photothérapie, ils commencent eux aussi à trouver leurs adeptes, alors même que dans ces cas, une participation financière des collaborateurs est généralement demandée par l'employeur. «Les salariés profitent de quelques moments de détente, rechargent leurs batteries et sont à nouveau prêts pour le combat», explique Nico Joly.

Pour garantir le succès de ces offres, Ambius veille à renouveler régulièrement les concepts et le matériel, afin d'éviter tout effet de lassitude. «Les utilisateurs sont sans cesse en demande de nouveautés, de nouvelles sensations. Pour les massages, par exemple, nous allons proposer une technique avec des pinceaux», explique-t-il.

Cette recherche de la nouveauté, RBC Dexia Investor Services Bank la pratique également. Pour le bien-être de ses collaborateurs, installés dans les fameux bâtiments rouges et noirs d'Esch-Belval. «Nous sommes une jeune société, dont la philosophie est d'être toujours en quête d'innovation, souligne Serge Ceurvels, deputy head of human ressources. Pour notre personnel, nous veillons à garantir un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée. C'est parfois difficile, mais il s'agit de le gérer au mieux. Si des collaborateurs insatisfaits quittent l'entreprise après six mois, cela représente un coût énorme pour nous. Les horaires flexibles, la crèche qui devrait ouvrir prochainement et les services in-house participent de cette philosophie».

Contrairement à ce qui fait la tendance dans les grandes entreprises du pays, le quatrième employeur du secteur financier (1.300 salariés) n'a pas opté pour l'installation d'une salle de sport intégrée. A l'heure actuelle, une douzaine d'entreprises ou d'organisations (dont Fortis Banque, Dexia BIL, Husky, RTL Group, SES, la Banque de Luxembourg ou encore LBLUX) font profiter leurs salariés d'un tel centre de fitness, avec coach(es) encadrant les activités.

Chez RBC Dexia IS, le choix s'est porté sur l'aménagement de vestiaires avec douches, afin que les joggeurs, cyclistes, et autres membres des clubs sportifs «maison» puissent se rafraîchir après leurs sorties. «Pour ceux qui préfèrent fréquenter des salles de fitness, des accords sont en cours avec des enseignes installées à Esch», précise Soraya Boucheraki, head, TA operation support, shareholder services, également secrétaire adjointe de la délégation du personnel à Luxembourg.

Rester cohérent

Comme toutes les décisions prises en matière de «bien-être au travail», celle-ci s'est ainsi faite en étroite concertation avec les représentants du personnel. Il en fut de même lorsque, début 2007, fut lancé le programme Rester Zen. «Il offre toute une série de possibilités – dont la liste est évolutive – destinées à réduire le stress, favoriser l'épanouissement personnel ou faciliter la vie, tout simplement», indique M. Ceurvels.

Des aquariums (isoloirs) ont ainsi été aménagés dans les open spaces, ainsi qu'un espace lounge permettant des échanges plus «informels». La cafétéria, tout comme les coffee corners, sont accessibles sans qu'il soit nécessaire de débadger, afin de «déconnecter un instant». Sous l'œil attentif, néanmoins, des managers qui veillent à éviter les abus et les pauses informelles trop longues ou trop fréquentes. Quant aux pauses cigarettes, elles sont admises, mais les salariés doivent alors dépointer. «Il s'agit de rester cohérent avec les efforts faits par ailleurs en matière de promotion de la santé», explique Romain Buschmann, responsable du facility management et travailleur désigné.

Mais le point fort du programme Rester Zen est assurément la zone Services In-House aménagée dans une aile du bâtiment central. Un point-presse, un salon de coiffure, un bureau de conseil financier (animé par Dexia BIL, cela va sans dire), un cybercafé, un distributeur de DVD, un salon de massage et même une infirmerie (où peuvent être effectuées analyses et préparation d'ordonnances médicales) sont accessibles aux salariés… en dehors des horaires de travail. En partenariat avec Accor Services-IZI Life, la première conciergerie d'entreprise du pays y fut également installée (voir encadré p. 138). Depuis, d'autres établissements du pays ont adopté ce service d'un genre nouveau, l'un des derniers en date étant BNP Paribas, à Howald.

La vague du «bien-être» a amené avec elle, sur un marché très porteur, de nombreux prestataires aux spécialités diverses et variées. A tel point que certains clients paraissent ne plus savoir où donner de la tête. En témoigne Maxime Raux, qui a lancé en 2006 une entreprise individuelle de massages, Relax Max, aujourd'hui en pleine croissance. «Certaines sociétés ont du mal à s'y retrouver parmi toutes les offres. Certaines décident de lancer un programme «bien-être», définissent un budget, puis elles piochent, un peu au hasard, dans ce qu'elles trouvent sur Internet. Je leur explique toujours qu'il faut être attentif à prendre des gens assurés et déclarés», souligne le jeune homme.

Maxime Raux, pour sa part, a suivi une formation de masseur et d'éducateur fitness avec un ancien kinésithérapeute, avant de lancer son affaire. Et le succès ne s'est pas fait attendre. Avec son épouse Gwladys, qui l'a rejoint dans l'aventure, il a déjà décroché sept contrats (dont Ernst & Young, Mach et Cetrel) pour des séances hebdomadaires de massages en entreprise (facturées 60 euros (HT) de l'heure). Les massages, qui durent une vingtaine de minutes sur chaise et une heure sur table, dans une douce ambiance, musicale et parfumée, «permettent de soulager les tensions musculaires accumulées au niveau dorsal, lombaire et cervical et apportent détente et énergie», indique-t-il.

Respecter le «Work-Life Balance»

Face à la demande, qui ne cesse de s'accroître, Maxime Raux cherche à développer son activité par le biais de réseaux, en collaboration avec d'autres prestataires indépendants. Il a également étendu sa gamme de services, proposant désormais des ateliers bien-être, des séances de qi gong, de feng-shui (arts chinois), mais également de yoga et de… yoga du rire, ces dernières étant particulièrement destinées à des équipes soumises à de fortes pressions.

La prolifération d'offres actuellement sur le marché permet à toutes les entreprises, quels que soient leur taille, leur secteur d'activité ou leur budget, de trouver le service dont elles ont besoin. Le «bien-être au travail» n'est dès lors plus réservé au seul personnel de grandes banques, jouissant d'infrastructures complexes.

Ainsi, le cabinet d'avocats Kremer Associés & Clifford Chance s'est-il lui aussi engagé dans une telle démarche. Ce cabinet prestigieux, qui compte 120 collaborateurs au Luxembourg, dont 75 juristes, est doté de profils majoritairement jeunes (la moyenne d'âge avoisine la trentaine) et féminins (à 65%). Depuis janvier 2007, ils bénéficient d'un service original, Kidsitting, en partenariat avec Accor Services. «Il s'agit d'un service de garde d'enfants à domicile, extrêmement réactif, qui se met en place dès que le mode de garde habituel n'est pas envisageable, par exemple si l'enfant est malade», explique Cécile Tritz, responsable RH & services internes.

Sur un simple coup de fil, une puéricultrice diplômée intervient en quelques heures et prend en charge le bambin, permettant aux parents affiliés de se rendre au travail, l'esprit tranquille. «Nous avons sondé les collaborateurs sur l'intérêt de ce service – que le cabinet finance en partie – et l'accueil fut très enthousiaste, même de la part des hommes, se souvient Me Claudie Grisuis, associée du département corporate. Il s'agit d'une réelle valeur ajoutée dans leur environnement de travail».

Outre ce service destiné à réduire le stress des parents, le cabinet Kremer Associés & Clifford Chance songe également «au bien-être de l'ensemble de ses collaborateurs, pour respecter le work-life balance. Il leur propose, en autres, une carte Sympass ainsi que des cours de ‘pilates', depuis le mois de septembre. Ces derniers permettent de lutter contre le stress, par des techniques de relaxation non violente. Ils sont intégralement pris en charge par l'étude», précise Mme Tritz.

Grandes, moyennes ou petites, nombreuses sont les entreprises qui agissent désormais dans le sens d'une amélioration du bien-être de leurs collaborateurs, même si elles demeurent particulièrement discrètes sur les budgets alloués à ces programmes. Mais rares sont celles qui pourraient oser – essentiellement pour des raisons culturelles – esquisser un petit pas de côté, vers une pratique répandue et appréciée en Asie et dans les pays scandinaves: instaurer des lieux dédiés à… la sieste. Les spécialistes le savent bien: rien de tel qu'un somme de quelques minutes pour récupérer et repartir sur les chapeaux de roue. Une technique simple, pratique et pas chère. Une idée à surveiller… du coin de l'œil?


 
 
 
 
  



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