| Photo: David Laurent |
Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 21.09.2007 16:13
Seconde vie
Redécouvrir, à 54 ans, les joies des entretiens d'embauche, des CV et
des bilans personnels… Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini a, ainsi, bien
occupé sa période estivale à préparer ce qu'il convient d'appeler sa
reconversion. Depuis l'annonce, début juillet, de son départ de chez
PricewatehouseCoopers en date du 30 septembre, elle a eu l'occasion de
multiplier les contacts et les rendez-vous, mais sans encore choisir
véritablement quelle sera sa nouvelle activité. «De toute façon, nous
confie-t-elle, je ne tiens pas non plus à reprendre, ailleurs, dès le
1er octobre. Je me laisse au moins jusqu'au 1er novembre»
.
Il faut dire qu'une page de 32 ans de carrière au sein de la même organisation, ça ne se tourne pas aussi facilement. Un seul entretien d'embauche lui avait suffi, en 1975, pour se faire engager chez Coopers & Lybrand Luxembourg, en tant qu'assistant-vérificateur. Depuis, elle n'a plus connu d'autre employeur et a gravi les échelons, un à un. Première associée luxembourgeoise de la firme, en 1987, elle en a accompagné le développement et la bonne réalisation de la fusion avec Price Waterhouse en 1998, qui donna naissance à PricewaterhouseCoopers, PwC pour les intimes. Avec 1.450 employés, la firme d'audit et de conseil est, aujourd'hui, la plus importante des Big Four au Luxembourg et figure parmi les vingt principaux employeurs du pays. «Je me suis fort impliquée dans le développement de la firme et plus on s'implique et plus il est difficile d'en sortir, reconnaît-elle. Mais il fallait tout de même que cela arrive un jour!».
Le départ de Mme Chèvremont-Lorenzini s'est, en quelque sorte, articulé en deux étapes. Il y eut tout d'abord la décision de ne pas briguer un nouveau mandat de territory senior partner, à l'occasion du renouvellement prévu pour le 1er janvier 2007. Une décision annoncée dès 2003 et qui n'a jamais été remise en question depuis. «Mais je souhaitais tout de même rester associée et mettre ma longue expérience au service de la firme, davantage dans un rôle de conseiller. J'ai également conservé des responsabilités internationales en tant que membre de notre Eurofirms Board».
A ce moment-là, donc, il n'est pas encore question d'imaginer quitter la firme.
L'idée a cependant fait son chemin au fil des mois, en particulier en ce début
d'année. «Je me suis rendu compte que j'avais envie de rester active et ce, sur
le marché luxembourgeois. Bien que n'étant plus à la tête de PwC, j'avais du mal
à pouvoir discuter en toute indépendance avec plusieurs acteurs du marché. J'ai
eu un certain nombre de contacts avec les uns et les autres et j'ai traversé une
phase incertaine, à me demander si je devais rester ou pas. Finalement, je me suis
décidée, en juin, à quitter PwC, mais sans avoir, pour autant, choisi ce que je
ferais après»
.
La voilà donc libérée de tout état d'âme et de cas de conscience, avec la
satisfaction du devoir plutôt bien accompli, après avoir, parallèlement, assuré
une forte croissance de la firme sur le marché local, mais aussi, et surtout, la
reconnaissance du «petit» Luxembourg dans le concert euro-péen, voire mondial. Au
chapitre des regrets, peut-être, celui de ne pas avoir pu accompagner au plus près
le développement de la carrière des différents associés de la firme, dont le nombre
a fortement crû. «J'ai été le premier partner full time à Luxembourg. Aujourd'hui,
avec 72 partners, c'est différent! Tous apportent leurs compétences et leurs services
dans l'exercice de leur métier. Ils doivent être à la hauteur non seulement vis-à-vis
de leurs clients, mais aussi auprès de leurs propres équipes en interne. Sur ces deux
dernières années, j'ai passé beaucoup de temps à l'international et sans doute pas
assez de temps à me consacrer à accompagner ces développements de carrière. Sans
doute aurais-je pu apporter quelque chose»
.
La promotion au quotidien
Aujourd'hui Marie-Jeanne Chèvremont-Lorenzini en est encore au stade des réflexions
et des consultations pour dessiner le profil de son avenir immédiat, sachant que
l'idée de suivre une période «sabbatique» de quelques mois, ne l'enchante guère et
elle reconnaît avoir, aujourd'hui, essentiellement le choix entre quatre pistes
sérieuses et concrètes. Et, nullement, comme la rumeur l'a évoqué, pour prendre une
position de choix dans le cadre de la future agence de promotion du Luxembourg (lire
aussi en page 37). «D'abord, je n'ai jamais été contactée, avoue-t-elle. D'une certaine
façon, la promotion du pays et de l'économie, je l'ai faite pendant vingt ans dans le
cadre de mes fonctions, mais je ne suis pas convaincue que je suis la bonne personne
dans le cas présent, car il s'agira d'une fonction hautement politique. Cela ne m'empêchera
pas de continuer d'y contribuer à l'avenir et d'apporter mon point de vue, même si
cela se fait d'une manière beaucoup plus indépendante»
.
Quelle que soit la voie choisie, et sans doute se décidera-t-elle dans le courant du
mois d'octobre, elle restera active sur le marché luxembour-geois. Les services financiers
en général, plus particulièrement les fonds d'investissement, font partie des secteurs
dans lesquels on pourrait bien la retrouver. «Le Luxembourg est tout de même le deuxième
centre mondial en la matière, rappelle-t-elle. Même si le savoir-faire est essentiellement
axé sur la domiciliation et sur l'administration, nous avons développé un certain nombre
d'expertises et, sans doute, ne se rend-on pas toujours compte de tout ce qu'on a ici.
L'activité va encore se développer, probablement de manière différente, de façon à continuer
à pouvoir délivrer les meilleurs services aux meilleurs coûts. Je n'exclus pas que de
nouveaux intervenants viennent sur le marché ou que les acteurs existants soient amenés
à revoir la façon actuelle de prester leurs services»
.
Les ressources humaines, à haut niveau, intéressent aussi toujours Mme Chèvremont-Lorenzini et, tout particulièrement, dans ce domaine générique, la place des femmes dans les organes de direction. Très impliquée, par exemple, dans le Women's Forum for the Economy and Society (lire aussi en page 32), elle entend bien, quelle que soit sa future activité, continuer à œuvrer dans ce sens-là, y compris en prenant part à des activités de networking, encore
trop peu développées à ses yeux.
Observatrice privilégiée, voire actrice, de l'essor de la place financière ces vingt dernières années, elle porte sur l'avenir immédiat du pays un regard optimiste, certes, mais sans excès. «Lorsque le Luxembourg s'est lancé, à la fin des années 80, dans le créneau des fonds d'investissement, il l'a fait car il n'avait rien à perdre. Aujourd'hui, avec tous les acquis qui sont les siens, on le sent parfois un peu frileux dans la crainte de perdre ce qu'il a. Il faut faire attention à ne pas avoir cette peur de perdre, qui risque de nous pousser à être trop protecteurs et à nous faire rater des opportunités. Or, le pays a toujours vécu en étant ouvert aux nouvelles opportunités, qu'elles soient fiscales ou légales et il est essentiel de garder cet esprit d'ouverture».

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