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Philippe Goutière: «Si la taille et la force financière
ne sont plus un atout, le service, lui, l’est plus que jamais»
(Photo: Julien Becker)

Par: Jean-Michel Gaudron  |  Publié le 15.10.2008 0:00

«Nous n’avons pas perdu de clients»


Le mandataire général d’AIG Luxembourg revendique la bonne santé de sa compagnie et ambitionne des développements dans les cinq prochaines années.

Les apparences ont pu tromper. Si le géant mondial de l’assurance AIG (90.000 employés dans le monde) a failli être rayé de la carte, c’est uniquement pour s’être compromis, aux Etats-Unis, dans des activités «produits financiers», qui ne représentaient que 1% de leurs actifs, mais qui ont généré des pertes abyssales (61 milliards de dollars) ayant nécessité une mise sous perfusion par les autorités américaines.

Vu du Grand-Duché, les déboires de la maison mère ont été suivis avec attention, quand bien même la situation d’AIG Luxembourg – succursale d’AIG Europe – est parfaitement saine. «Avec 17,3 millions d’euros de primes nettes d’annulation en 2007, nous figurons dans le Top 10 des assureurs», indique Philippe Goutière, mandataire général et responsable du développement d’AIG à Luxembourg.

Monsieur Goutière, comment avez-vous vécu les événements qui ont touché le groupe AIG ces dernières semaines?

«Ce fut évidemment très délicat. Nous avons tout de même été rassurés par le plan de redressement proposé et la solvabilité générale du groupe. Nous savons que les métiers de l’assurance n’étaient pas directement concernés.

Avez-vous tout de même craint la faillite pure et simple? 

«AIG est tellement grand que nous n’arrivions pas à y croire. L’Etat américain lui a accordé des facilités de crédit et nous avons donc eu raison de penser cela, même si nous savons que nous sommes passés par la petite porte. Mais nous sommes tout de même passés.

Il est important de rappeler que les entités réglementées d’AIG, c’est-à-dire celles actives dans les métiers de l’assurance, n’ont jamais eu de problème de solvabilité. La distinction est importante à faire pour les assurés! Nous saurons faire face à nos obligations en cas de sinistre. L’assurance-dommages représente 45% des revenus du groupe AIG, l’assurance-vie 45% également et la gestion d’actifs entre 8 et 9%. C’est la branche ‘Financial Products’, qui ne représente que 1% des revenus, qui est à l’origine de tous les problèmes, avec des émissions de garanties sur des portefeuilles titrisés avec investissements liés aux crédits subprime. Le retournement de 2007 a fait que certains portefeuilles sont devenus totalement illiquides.

Le groupe a un moment envisagé de faire appel aux filiales d’assurances pour faire remonter le niveau de liquidités. Mais cela n’est pas possible. Tout le cash de la branche assurances AIG Europe est donc préservé.

Qu’en est-il de la situation au Luxembourg?

«AIG Luxembourg est une succursale d’AIG Europe, société basée à Paris. Nous sommes évidemment soumis au contrôle du Commissariat aux assurances au Luxembourg. En 2007, selon les chiffres de l’ACA, nous entrons dans le Top 10 des compagnies du pays, avec un montant de 17,3 millions d’euros de primes nettes d’annulation.

Pour faire face à ses obligations par rapport aux facilités de crédit consenties par le Trésor américain, qui porte sur un montant de 61 milliards de dollars, AIG a décidé la vente d’un certain nombre d’actifs, mais cela ne concernera pas le cœur de métier, l’assurance-dommages.

Rappelons que c’est sur ce métier de base qu’AIG a été créée en 1919 en Chine, puis s’est installée aux Etats-Unis suite à la révolution culturelle. Nous avons toujours la vocation de couvrir les entreprises et les particuliers à travers le monde entier. Nous bénéficions du plus grand réseau qu’une compagnie d’assurance peut avoir au monde, avec une présence dans plus de 80 pays. Il n’est pas question de revoir cette vocation.

La question a surtout été de savoir si AIG continuait en tant que tel. Bien sûr, AIG va réduire fortement sa taille de moitié, par la vente des ces actifs, mais restera un des assureurs-dommage les plus importants du marché. C’est notre volonté.

Comment vos clients et courtiers ont-ils réagi, ici?

«Tout le monde s’est évidemment posé des questions. Mais aussi bien clients que courtiers on rapidement été convaincus que la maison mère faisait face à un problème de liquidités, mais que les structures d’assurance n’avaient pas de souci de solvabilité. Nous n’avons pas perdu de clients

Nous avons également fait des efforts de communication en allant de manière proactive vers les courtiers, les autorités et les clients, mais nous avons aussi reçu des messages de soutien de leur part. Il est clair que cela ne ferait les affaires de personnes si AIG disparaissait.

Cette situation vous pose-t-elle un problème au quotidien, notamment dans les lancements de nouveaux produits? 

«Un processus de développement de nouveaux produits ne se fait pas du jour au lendemain. Nous sommes dans la tourmente depuis quelques semaines et nous n’avons pas eu l’occasion de créer de nouveaux produits. La situation actuelle fait surtout que l’on doit expliquer aux clients et aux courtiers où nous en sommes. Et nous le faisons volontiers. Je ne peux pas vraiment dire que nous ayons connu un frein. Nous travaillons comme il y a un mois ou deux…

Vous avez pris vos fonctions il y a quelques mois. Quelles sont vos ambitions pour AIG au Luxembourg

«Actuellement, nous sommes peu nombreux en termes de personnel (deux, ndlr.), mais avec des ambitions de croissance. Nous n’avons pas subi de pertes d’affaires et nous avons même pu renouveler de très beaux contrats au beau milieu de la crise, même en face de concurrents qui ont voulu profiter de la situation en salissant l’image d’AIG…

Nous sommes au Luxembourg depuis 1994 et notre potentiel de croissance reste important. Nous ambitionnons de fortement développer l’encaissement actuel sur Luxembourg dans les cinq prochaines années. Nous souhaitons aussi faire évoluer l’administration et rapatrier ici ce qui fait du sens, en termes d’économie. Il faut allouer les ressources là où elles sont le mieux utilisées en termes de coût et de qualité de services, aussi bien pour les clients que pour les courtiers.

Si nous devons rapatrier certains services de Bruxelles, nous le ferons. Ces points de services sont encore plus cruciaux qu’auparavant, car si la taille et la force financière ne sont plus un atout, le service, lui, l’est plus que jamais».


 
 
 
 
  



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