| Jean-Pierre Danthine (SFI). «Notre idée de départ était de bâtir un centre de compétences à la mesure de la place financière» (Photo: SFI) |
Par: Nicolas Raulot | Publié le 16.10.2008 0:00
Le modèle suisse
Si la place du Luxembourg s’est taillée une réputation internationale, elle se cherche encore sur le plan de la formation en finance. La Luxembourg School of Finance (LSF) est par exemple née il y a seulement cinq ans, en même temps que l’Université du Luxembourg.
Pour grandir, l’enseignement de cette discipline doit donc suivre les pas des meilleurs exemples étrangers, comme la London Business School ou la Stern School of Business de la New York University (NYU), les deux modèles de Christian Wolff, le nouveau directeur néerlandais de la LSF.
Le Swiss Finance Institute (SFI) pourrait également inspirer certaines initiatives, si l’on en croit l’accueil réservé la semaine dernière au professeur Jean-Pierre Danthine, managing director du Swiss Finance Institute, venu s’exprimer au Grand-Duché, à l’invitation de la Chambre de commerce suisse pour la Belgique et le Luxembourg.
Le SFI est une fondation privée créée en 2006 par les banques helvétiques, la Bourse locale, les six principales universités du pays et le gouvernement fédéral. L’enseignement financier de l’ensemble des facultés du pays est rassemblé sous cette même ombrelle. Seule l’Université de Saint-Gall, en Suisse alémanique, a préféré faire cavalier seul. «Notre idée de départ était de bâtir un centre de compétences à la mesure de la place financière. Notre système universitaire était solide, mais dispersé et pas assez tourné vers la recherche financière. Il nous fallait également remédier à un problème de taille critique, face aux géants américains tels que Harvard ou Yale», explique Jean-Pierre Danthine. Le professeur a fait le parallèle avec le Luxembourg, qui souffre du même problème de taille critique, d’un besoin criant de compétences et doit parvenir à une alliance forte entre l’industrie financière et le monde académique.
Des moyens conséquents
Fédéralisme et multilinguisme helvétiques obligent, le SFI n’est pas centralisé en un lieu unique et n’a pas d’existence physique. «Nous sommes présents sur trois campus et développons des axes de collaboration pour faire ensemble ce qu’on ne peut pas faire individuellement». L’union faisant la force, le Swiss Finance Institute dispose de moyens conséquents avec un budget de 18 millions de francs suisses (environ 12 millions d’euros), financé par les contributions annuelles des différentes parties prenantes et les revenus d’un pot commun de 100 millions (65 millions d’euros) constitué au départ. L’établissement emploie 45 professeurs à plein temps et prévoit d’en recruter 15 nouveaux dans les années qui viennent. «Notre édifice reste fragile malgré tout si l’un des participants venait à retirer ses billes», reconnait le managing director.
Au bout du compte, l’objectif est d’attirer, de cultiver et de retenir les talents: «Nous sommes toujours dans une phase de brain drain vers les Etats-Unis, pas encore de retour vers l’Europe. Mais, sans faire de surenchère, nous parvenons à attirer des talents, séduits par notre qualité de vie». Le SFI se targue également de s’être doté de structures de gouvernance irréprochables: «Toute décision de nomination et de promotion est soumise à l’avis d’un comité scientifique composé de membres reconnus internationalement, ce qui la dégage des contingences locales».
Se défendant de vouloir imposer un modèle, le professeur Danthine propose d’ores et déjà au Luxembourg des pistes de collaboration, par exemple en organisant des cours au Grand-Duché, en invitant des étudiants luxembourgeois à passer une année en Suisse, ou bien en développant des projets en commun de recherche appliquée.

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