| Témoins du siècle industriel, les vestiges des hauts fourneaux sont considérés par l’artiste comme une cathédrale. (photo: Fonds Belval) |
Par: Sébastien Lambotte | Publié le 17.10.2008 0:00
Et les hauts fourneaux sortirent des ténèbres
Voilà plus de dix ans, au Grand-Duché, que s’est éteint le dernier haut fourneau. Pourtant, au cœur des friches de Belval trônent toujours deux vestiges métalliques rouillés, les hauts fourneaux A et B, laissés en désuétude. Inscrits en 2000 à l’Inventaire des Sites et Monuments Nationaux, ils resteront en place, au cœur des friches de l’industrie sidérurgique de Belval qui sont actuellement en passe d’être reconverties en un nouveau quartier urbain. Conservés partiellement, ces vestiges seront littéralement intégrés dans le concept urbain de la Cité des Sciences, de la Recherche et de l’Innovation qui doit s’élever à cet endroit.
Dans ce cadre, vendredi dernier, le Fonds Belval, maître d’ouvrage de cette cité des Sciences, présentait les premiers concepts pour la mise en lumière de ces Hauts-Fourneaux et la création d’espaces urbains de qualité pour ladite Cité. Et c’est dans le passé industriel que les deux concepteurs, l’architecte paysagiste Michel Desvigne et l’artiste Ingo Maurer, sont allés puiser pour s’inspirer.
Mise en lumière du passé industriel
«J’ai voulu capter l’esprit de ce lieu remarquable tout simplement», explique Ingo Maurer, qui a orchestré la mise en lumière des deux monstres métalliques. Je veux payer tribut aux hommes qui ont su jour et nuit dans des conditions très difficiles. A l’inverse de l’illumination fréquente de monuments, je préfère travailler surtout avec la lumière blanche afin de créer un jeu de contrastes entre ombre et lumière».
Des essais grandeur nature ont eu lieu vendredi passé en public, remettant en lumière de manière magistrale l’un des deux vestiges couleur rouille. Cette dernière s’est vue par ailleurs accentuée par une lumière nuancée de rouge qui s’ajoutera aux lumières blanches. L’artiste qui dit avoir considéré les vestiges comme une cathédrale voit dans les hauts fourneaux des témoins du siècle industriel. «Je souhaite que la lumière évoque des souvenirs. Surtout ceux des hommes qui ont travaillé jusqu’à épuisement pour faire couler l’acier», a-t-il précisé.
Du côté des aménagements urbains, c’est Michel Desvigne, architecte paysagiste qui a présenté les premiers résultats de son travail. Des aménagements qui s’ancreront, eux aussi, dans l’architecture des monuments toujours présents. «Les besoins du site et sa nouvelle fonction comme campus universitaire ont établi une série de thèmes ou composants : des places, jardins d’hiver, surfaces d’eau, éléments de mobilier, signalétique et forêt urbaine», explique-t-il.
L’espace public, sur la terrasse des hauts fourneaux, sera organisé et hiérarchisé par une succession de places et de jardins d’hiver. Tous seront des espaces piétons et aménagés pour que les chercheurs et étudiants puissent se croiser, échanger, vivre ensemble. Bref pour qu’une vie collective optimale puisse prendre forme. Seuls quelques espaces seront ponctuellement carrossables. Toute l’architecture envisagée est pleinement inspirée des éléments toujours en place. Ci et là seront disposés des jardins d’hiver. «Ces petits morceaux de forêt urbaine seront aménagés sous des structures métalliques légères qui protégeront du climat, explique l’architecte paysagiste. Cela permettra leur utilisation et leur fréquentation toute l’année. Une vie végétale riche se déploiera entre terrasses et pelouses où l’on peut se reposer».
L’eau, élément esthétique et écologique
Sur les places, le sol sera en brique de pavage noir. Elles seront capables d’accueillir de nombreuses manifestations culturelles ou sportives comme des concerts, des spectacles, des foires, des marchés... «Comme pour les agoras dans la civilisation grecque, c’est dans ces lieux que la vie publique se tisse, explique Michel Desvigne. Des éléments de mobilier sont regroupés sur un sol en basalte bien défini et sous une pergola métallique qui les protègent de la pluie, de la neige, ou du soleil».
L’eau aura une place importante sur la terrasse. «Elle permettra de protéger les anciens vestiges industriels et de les faire découvrir aux piétons par réflexion, poursuit l’architecte paysagiste. Dans la place des Hauts Fourneaux, un miroir d’eau rappelle la trace à cet endroit de l’ancien bassin de granulation. Le miroir d’eau est une surface tantôt sèche tantôt inondée qui permet de marcher sur l’eau. Son côté ludique, unique et exceptionnel fera de cet endroit un des lieux emblématiques du campus».
Mais plus que des éléments esthétiques, ces bassins d’eau constitueront aussi une machine hydraulique écologique. Les eaux de pluie seront récoltées et emmenées dans des citernes de transit avant d’être stockées dans les anciens châteaux d’eau conservés sur le site. Ces derniers alimenteront les bassins d’eau. L’eau sera pompée dans les châteaux d’eau par des éoliennes installées sur le site.

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