| Claude Meisch (Photo: Andrés Lejona) |
Par: Frédérique Moser | Publié le 19.09.2008 0:00
L'alternative libérale
La claque fut cruelle, l’échec retentissant, mais les libéraux assurent qu’ils ont tiré les leçons de leur défaite aux législatives de 2004, lorsque le parti qui était alors le partenaire gouvernemental du CSV avait essuyé un revers historique, perdant cinq sièges au Parlement et se voyant reléguer sur les bancs de l’opposition. «Pendant la législature 1999/2004, nous étions occupés à être un bon partenaire de coalition, à mener à bien le programme que nous avions défini avec le CSV, mais nous manquions totalement de visibilité. Les électeurs ont crédité le CSV de toutes les réussites de ce gouvernement», analyse Claude Meisch.
Choc, remise en question, puis réforme profonde du parti. Place aux jeunes. Du moins, sur le devant de la scène. En octobre 2004, Claude Meisch, qui a réussi à sauver son siège à la Chambre des députés et qui est également bourgmestre de Differdange depuis janvier 2002, se voit confier les rênes du parti, à l’âge de 33 ans. Même s’il assure qu’il n’est pas officiellement la tête de liste de la campagne 2009 – cela devrait se décider dans les «prochains mois» –, c’est bien lui qui incarne à la fois le renouveau du DP et ses espoirs de redevenir un parti de gouvernement.
«Cette période dans l’opposition nous a permis de beaucoup travailler et de ficeler nos propositions, notamment sur des sujets tels que l’éducation, la famille, l’économie. Aujourd’hui, nous sommes prêts, assure-t-il. Cette campagne sera très intéressante, car le DP est la seule alternative au gouvernement actuel».
Discours de campagne bien rôdé, et stratégie déjà en place: critique envers l’équipe au pouvoir – le CSV qui «administre le pays plus qu’il ne le gouverne», le LSAP écrasé par son partenaire et qui «n’ose pas faire avancer ses dossiers» –, mais prudence de rigueur dès lors qu’il s’agit d’évoquer de futures coalitions. Toute option étant bonne à envisager, car «ce qui compte, c’est la masse commune, et le fait que le DP ait assez de pouvoir pour déterminer des points forts. Notamment sur les grandes questions de société – euthanasie, abandon des cours de religion à l’école, partenariats homosexuels –, mais aussi sur les problématiques économiques et la relance du pouvoir d’achat des familles».
Sans négliger d’inscrire cela dans une perspective de «développement durable». Une détermination que le DP a choisi d’afficher dans son nouveau logo, lequel arbore un gros point vert en son centre. Les libéraux se seraient-ils découvert une fibre écolo ou veulent-ils couper l’herbe sous les pieds des Verts, parti en pleine ascension et désigné comme principal adversaire? «Notre intérêt pour les questions écologiques n’est pas nouveau, rétorque M. Meisch. Le DP a été le premier parti à proposer un ministre de l’Environnement et, pour ce qui est du point vert, ce symbole ne se limite pas au volet ‘écologie’. Il ne s’agit pas uniquement de récupérer les électeurs qui nous ont tourné le dos. Ce que nous voulons faire, c’est du ‘durable’. Notamment en matière de politique budgétaire, pour ne pas laisser de dettes à nos enfants».
SE PRENDRE PAR LA MAINPour le jeune député-maire de Differdange (qui a commencé une carrière d’économiste dans le secteur privé avant de se vouer entièrement à la politique), les cinq années passées dans l’opposition ont été fructueuses. «Que ce soit au niveau des grandes questions sociétales ou des problématiques économiques, les thématiques lancées par le parti libéral se retrouvent au centre du débat national. Nous avons ainsi été les premiers à soulever le problème du pouvoir d’achat des ménages, qui est en baisse également du côté des classes moyennes. Les partis au gouvernement ne l’ont pas vu, ils se sont concentrés sur les ménages à revenus faibles. Pour nous, il s’agit de relancer la consommation, et donc le dynamisme de notre économie, par une baisse générale des impôts qui soit en adéquation avec l’inflation».
Pour pallier la réduction des recettes fiscales, le DP assure disposer de solutions pour réduire les dépenses de l’Etat. «Il y a trop de subventions inefficaces, et d’autres qui ne touchent qu’une faible partie de la population. On ne peut pas continuer à financer ainsi le standard de vie des gens, dont certains ne seront bientôt plus à même de créer leurs propres revenus. Nous voulons encourager les citoyens à se prendre en main. En matière d’énergies renouvelables, par exemple, il s’agit d’utiliser les mécanismes de l’économie de marché. Nous proposons donc la création d’une banque publique climatique, qui préfinance les investissements privés. Ce sont les économies d’énergies générées par ces installations qui permettront ensuite de financer l’emprunt», explique M. Meisch.
Si le DP entend focaliser une partie de sa campagne sur le pouvoir d’achat et la famille, il n’en oublie pas pour autant de s’adresser à une frange de son électorat de base, les commerçants et les indépendants. «Il faut encourager les investissements par une politique très pragmatique, faciliter le développement de certaines branches économiques qui reste freiné par le prix des terrains… Pour renforcer la compétitivité de nos entreprises, nous devons absolument créer un environnement attractif au niveau fiscal et administratif, insiste le député du Sud. Il est indispensable pour cela d’alléger et mieux ficeler les procédures – qui sont de plus en plus complexes –, et obtenir du législateur qu’une fiche d’impact soit élaborée pour chaque projet de loi soumis au Parlement. Par ailleurs, il faut soutenir le commerce de détail, laisser jouer la concurrence et ouvrir les voies d’approvisionnement, pour permettre aux commerçants d’acheter où c’est le moins cher.»
DISSENSIONS INTERNESEn ordre de bataille sur les questions économiques, le DP connaît cependant quelques dissensions internes sur les sujets de politique intérieure. Notamment concernant la problématique – éminemment sensible – du droit de vote des étrangers. «Cette question provoque de grandes discussions dans notre parti et nous n’avons pas encore trouvé de consensus à ce sujet. Personnellement, j’y suis favorable, tout comme je soutiens le principe de la double nationalité. Notre société est très brassée, une majorité des salariés du secteur privé n’ont pas le droit de vote au niveau national et ne peuvent pas décider de ce que l’Etat va faire avec les ressources qu’ils ont créées. Nous devons trouver les mécanismes pour garantir leur représentativité. Il s’agit d’un enjeu démocratique pour notre pays», assure le président du DP qui – croix de bois, croix de fer – promet qu’il va redoubler d’efforts pour que son parti prenne mieux en compte le multilinguisme des habitants du Luxembourg pendant la campagne électorale.
Si j’étais ministre… «Pas les affaires étrangères»
Les leaders des Verts et du DP seraient-ils faits pour se compléter?
Alors que François Bausch endosserait bien le costume de ministre des Affaires Etrangères en 2009, Claude Meisch, pour sa part, considère que c’est celui qui lui siérait le moins. «Si beaucoup de ressorts m’intéressent, il y a une chose que je ne ferai pas: m’occuper des Affaires étrangères, répond-il lorsqu’on l’interroge sur ses prétentions au sein d’un gouvernement de coalition. Ce n’est pas mon monde. Je me bats pour la politique nationale».
Et le député-maire de Differdange de préciser ses vues: «Il y a beaucoup de choses à changer au niveau national: les systèmes sociaux, le cadre dans lequel évoluent les PME, les finances publiques… Les dossiers sont gérés dans différents ministères, le ministre de l’Economie étant en fait un ministre de l’Industrie. Je crois qu’il serait plus efficace de regrouper les ressorts dans un ‘grand’ ministère qui gérerait l’ensemble des dossiers économiques, financiers et budgétaires.»
Pour M. Meisch, un regroupement similaire devrait se faire au sein d’un autre «grand» ministère, celui du développement durable, dont les attributions iraient du transport à l’aménagement du territoire, en passant par les grandes infrastructures et les travaux publics.
Des ministères taillés à sa mesure? Claude Meisch esquive par un rire, sans se prononcer.

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