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Bob Kneip (Photo: Laurent Antonelli/Blitz)

Par: Jean-Michel Gaudron  |  Publié le 19.09.2008 0:00

«Si tu ne t’aides pas, personne ne t’aidera»


Bob Kneip: Bob Kneip est le fondateur de la société Kneip Communication.
Bob Kneip, l’esprit d’entreprendre, pour vous, c’est quoi?

«Une des premières choses dont je me suis rendu compte, c’est que si tu ne t’aides pas, personne ne t’aidera… Tous les premiers pas sont à faire par soi-même…

Pour la création de Kneip Communication, je suis parti d’un concept que j’avais proposé à mon précédent employeur. Mais cela ne l’a pas intéressé. Alors je l’ai fait moi-même. Quinze ans après, la société a tout de même une toute autre allure qu’au départ.

Comment êtes-vous passé du concept à la réalité?

«J’avais un budget et une description de la réalité telle que je l’imaginais. Je me suis rendu compte que tout une série d’éléments de marché avaient déjà commencé à bouger, mais je ne savais pas trop dans quel sens… Aussi, lorsque la société a eu huit-neuf mois d’existence, j’ai pris le temps de faire un tour complet du marché pour me renseigner sur les orientations que prenaient les choses. Les marchés des capitaux étaient en décroissance et l’industrie des fonds d’investissement commençaient à avoir le vent en poupe. Je m’y donc suis plongé.

Les choses ont été compliquées, ensuite, par manque d’un focus précis sur là où je voulais aller. Au fil du temps, nous avions intégré des petites choses que nous avions envie de faire, que nous sentions bien, en procédant sans vraiment formuler de stratégie bien établie. Mais là, j’ai eu la grande chance de pouvoir m’appuyer sur une personne d’expérience avec laquelle je n’avais aucune question à me poser en ce qui concernait des conflits d’intérêt: mon père. Il m’a dit ‘Je te donnerai tout le temps dont tu auras besoin’. C’est une chance inouïe qui m’a permis, justement, de reconcentrer les efforts, l’attention. S’atteler à peu de choses, mais des choses pertinentes…

Lorsque le ministre Krecké regrette qu’il n’y ait pas davantage de coaches pour accompagner un entrepreneur, vous partagez cet avis?

«Je ne pense pas qu’un ‘mentor office’ au ministère de l’Economie permettrait de 'booster' la création d’entreprise. Cela n’empêche pas qu’il faut savoir accepter de se faire dire quelque chose. Au départ, ceux qui créent leur entreprise savent tout, connaissent tout, ont le monde dans leur poche. Je sais de quoi je parle, j’en ai fait partie. Mais à un moment donné, il faut savoir dire ‘stop’, tout poser à plat, et écouter ce que les autres disent. Encore faut-il vouloir écouter et entendre…

Ceci dit, je crois qu’il y a tout de même des expériences qu’il faut faire par soi-même. Quoi que l’on puisse te dire, il faut quand même te brûler les doigts… On apprend toujours davantage de ses échecs.

Le problème est qu’au Luxembourg, il n’y a pas de culture de l’échec…

Avez-vous bénéficié d’aides financières de la part de l’Etat?

«Dans la branche ‘services’, il est difficile d’avoir des aides d’Etat. Ce n’est pas une activité palpable. J’ai donc exclusivement financé l’entreprise par fonds propres et par lignes de crédit. Deux banques m’ont soutenu, mais j’ai dû évidemment me porter caution personnelle…

D’une manière générale, si le financement est évidemment essentiel, je pense qu’à partir du moment où on a un bon concept, de la détermination et surtout le plan, les moyens, on les trouve toujours.

Créer votre entreprise au Luxembourg a été plus facile que si vous aviez dû vous établir dans un autre pays?

«Par rapport au modèle économique et au marché, le fait d’être ici, d’être Luxembourgeois et d’avoir un certain tissu relationnel, m’a évidemment facilité les choses. Le réseau, les 'clusters', c’est essentiel. L’environnement luxembourgeois, pour ça, est remarquablement propice, avec une proximité pour tout, et pas seulement géographique…

Le Luxembourg est aussi label de qualité. Il y a un certain nombre d’étapes clés à réaliser, où tout est contrôlé, Ce n’est pas le Far West et le fait d’être enregistré en tant qu’entreprise luxembourgeoise est déjà un gage de qualité…

L’esprit d’entreprise est-il inné? ou bien s’acquiert-il?

«L’entrepreneuriat se forge à partir des difficultés rencontrées. Pas question de vouloir renoncer à la première barrière rencontrée.

A la base, il faut évidemment savoir ce que l’on veut et aligner alors les moyens pour y parvenir. Tout n’est, avant tout, qu’une tournure d’esprit, bien plus que de formation ou de connaissance, même si la formation ou la connaissance sont ensuite des moteurs essentiels pour 'booster' cet esprit d’entrepreneur.

Comment s’est passé ensuite votre croissance et l’investissement de 3i dans votre capital?

«Nous avions préparé l’entreprise à cet exercice, en repensant notre administration, nos systèmes, notre gouvernance d’entreprise, voire nos statuts. Nous avons réalisé un beauty contest et rencontré neuf venture capitalists. Six nous ont fait une offre, trois ont été finalistes et nous avons tranché pour 3i qui n’était pourtant pas le plus gros. C’est plutôt le projet, l’alignement des intérêts, la qualité des personnes impliquées et l’apport stratégique qui ont fait la différence.

Nous aurions pu croître gentiment là où nous en étions, mais à partir du moment où nous voulions passer la vitesse supérieure, il n’y avait que ce moyen là.

Mais qui dit investissement de type private equity dit aussi sortie du capital programmée…

«Personnellement, j’ambitionne le private equity sous la forme de capital-croissance, à savoir une participation minoritaire, pour que l'actionnaire de type familial garde le contrôle. Il s'agit d'une intervention qui permet de franchir des paliers et de construire l’avenir ensemble. C’est ce type là de partenariat que je cherchais et je l’ai trouvé.

Nous avons effectivement défini la stratégie par rapport une date de sortie. Par rapport à la stratégie, il fallait définir cet instant t vers lequel tous les efforts convergent… rien n’exclue que nous réalisions nos objectifs avant ! Mais nous avons encore du temps devant nous.

Avez-vous déjà pensé à l’après-Bob Kneip pour votre entreprise?

«Tant que je suis une valeur ajoutée pour l’entreprise, je reste. Mais si je sens que je deviens un boulet, alors je pars! Il faut évidemment avoir la lucidité de se rendre compte d’être encore, ou pas, la bonne personne, mais aussi de s’entourer des bonnes personnes qui sont capables d’en faire aussi le constat et de le dire en toute franchise.

Je m’inscris en tous les cas davantage dans la continuité que dans la cassure. Et je n’oublie pas que beaucoup qui ont vendu leur propre entreprise et ont voulu faire une autre vie ensuite ont souvent dilapidé une grande partie de leur fortune

Pour ma part, j’ai encore une vingtaine d’années de boulot devant moi. J’ai donc de quoi faire.

Décider de l’avenir d’une entreprise ne se décide pas à la légère. Nous avons une responsabilité face aux clients, aux autres partenaires, aux fournisseurs, aux employés… Cet avenir sera construit, évidemment mais cela n’est pas encore sur l’écran radar… nous avons encore tellement à faire qu’on se demande d’ailleurs si on aura le temps de le faire…

Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur aujourd’hui?

«Un des grands pièges, c’est celui d’être trop opportuniste. On se jette sur l’opportunité et on gaspille ce qu’on a de plus précieux, au delà de l’argent, c’est à dire le temps…

Il faut aussi être capable, de temps en temps, de relâcher la pression… Certains veulent, maladivement, veiller sur tout et tout contrôler. Il faut alors savoir s’entourer de gens qui peuvent le faire, même s’ils le font différemment. Sinon, on devient le propre goulot d’étranglement de la société. Mais savoir laisser faire représente un des plus grands challenges pour un entrepreneur».


 
 
 
 
  



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