Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 19.09.2008 0:00
«Il faudrait éduquer le marché»
«Le niveau de l'esprit d'entreprise est ni bas, ni élevé, car il suffit de regarder tout les projets d'entreprises qui sillonnent les esprits au Luxembourg, même si au final, moins de la moitié ne se réalise pas pour diverses raisons.
Selon le point de vue, il vaut mieux parler d'un niveau de prise de risque et de réalisation qui, eux, ne sont peut-être pas si poussés que dans d'autres économies et cultures.
On note toutefois que le ralentissement économique allié à des histoires de réussites entrepreneuriales sont en train de stimuler les esprits et pousser les gens à se lancer dans l'aventure pour mieux contrôler leur propre destin.
Quels sont en général les principaux besoins des jeunes entrepreneurs?«Les besoins des "jeunes" entrepreneurs, en particulier ceux qui n'ont pas d'expérience commerciale ou autre, sont multiples.
On pourrait citer en premier lieu le manque de structuration financière ainsi que commerciale. Souvent les idées sont réalisables, mais manquent d'un plan de réalisation acceptable et réaliste.
Ensuite, naturellement, l'ignorance du marché sur lequel ils veulent se lancer en général, en particulier le manque de connaissance du processus de production ou de distribution de leurs produits ou services.
D'un autre côté, la faculté de communiquer sur les produits ou services fait défaut également défaut. Il ne sert à rien d'avoir le meilleur produit ou service si on n'arrive pas à le faire savoir à la bonne cible.
Enfin, on ne peut pas nier les problèmes de sources de financement adaptées aux besoins de ces "jeunes" entrepreneurs et la mise en place de structures adaptées au cycle de vie de l'entreprise.
Le ministre Jeannot Krecké regrette qu’il n’y ait pas davantage de coaches, d’accompagnateurs qui soutiennent les projets d’entreprise. Partagez-vous ce point de vue?«Certains de ces besoins des "jeunes" entrepeneurs peuvent en effet être comblés partiellement par ces coaches, mais tout dépend de la définition du champ d'implication des ces derniers: un appui concret ou un simple rôle de conseil?
On ne doit pas oublier la raison d'implication de tels coaches. Pourquoi le feraient ou le font-ils? C’est exactement le rôle d’un business angel. Il investit des ressources dans un projet et s'y implique à plusieurs niveaux. Par ressources, nous entendons financières, mais aussi expérience et contacts.
Un business angel type prend des participations, rarement majoritaires, dans les projets dans lesquels il croit et où il peut apporter un «plus» pour avancer plus rapidement sur la courbe d'apprentissage de l'entreprise.
Il a aussi, naturellement, à l’esprit d’avoir un certain retour sur son investissement dans un laps de temps relativement court.
Avez-vous le sentiment que les entrepreneurs au Luxembourg sont correctement et suffisamment informés des différentes aides (matérielles, financières, logistiques) auxquelles ils ont droit?«Depuis la création du département "Espaces Entreprises" à la Chambre de Commerce, oui. Une information complète est presque impossible ‘clef en mains’, mais n’est pas non plus souhaitable, car un "jeune" créateur d'entreprise qui n'arrive pas à rassembler les informations nécessaires fait à nos yeux déjà preuve d'un manque de débrouillardise nécessaire dans la vie des affaires.
Que faudrait-il, en matière d’esprit d’entreprise, pour faire encore mieux que ce qui se fait actuellement?«Il est toujours possible de faire mieux, mais de notre point de vue, il faudrait éduquer le marché, c’est-à-dire l'environnement culturel et public, ainsi que les supporteurs éventuels, et leur faire comprendre que les "jeunes" entrepreneurs ont un grand avantage, celui d’avoir une croyance presque fanatique dans leur idée.
Peut-être aussi aurions-nous souhaités une prise d'intérêt et une participation plus forte du secteur privé que du secteur public.
Dans le cadre, de l'éducation du marché, le réseau FirstTuesday Luxembourg (www.firsttuesday.lu) essaye, depuis huit ans, tous les premiers mardis du mois, de donner une plate-forme informelle aux "jeunes" entrepreneurs dans le domaine des technologies pour se présenter et se comparer aux entreprises établies nationales et internationales.
Du reste, au niveau international, le mouvement FirstTuesday, qui a son siège au Luxembourg, fête ses dix ans en ce mois d’octobre.
Dans le cas de LBAN, nous essayons, annuellement, par un séminaire publique en co-opération avec nos partenaires, d'éduquer les "Virgin Angels" vers la prise de risque.
Le prochain rendez-vous sera la Winter University annuelle de l'European Business Angel Network (www.eban.org) ce 31 octobre à Luxembourg».

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