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Par: Jean-Michel Gaudron  |  Publié le 19.09.2008 0:00

«Etre créatif et innover»


Diego De Biasio est manager du Technoport d’Esch-sur-Alzette (CRP Henri Tudor).
Comment jugez-vous le niveau «d’esprit d’entreprendre» au Luxembourg?

«Je ne parlerai que d’une catégorie bien spécifique d’entrepreneuriat, à savoir celle qui est en lien direct avec de projets technologiques et innovants. Ces dernières années le niveau a été relativement constant tout aussi bien en terme de nouveaux porteurs de projets que par rapport au nombre moyen annuel de nouvelles entreprises que nous avons acceptées au sein de notre incubateur.

Il y a bien sûr eu des variations sur certaines années ce qui était néanmoins souvent dû à un processus de décision plus long ou plus court côté entrepreneur. La décision finale de se lancer dépend de différentes variables dont certaines sont difficiles à influencer vu qu’elles sont plus d’ordre personnel. Les chiffres et tendances que nous rencontrons ici au Technoport sont en gros aussi en ligne avec les chiffres nationaux dans ce secteur spécifique.

Ceci dit je suis convaincu que le potentiel est bien plus élevé que ce qui se fait actuellement.

Quels sont en général les principaux besoins des jeunes entrepreneurs?

«J’aurais plutôt tendance à parler de ‘nouveaux entrepreneurs’ car le terme ‘jeune’ pourrait induire à confusion. La plupart d’entre eux ont en effet déjà une expérience professionnelle plus ou moins longue et décident à un certain moment de se mettre à leur propre compte.

Leur défi principal reste de trouver ‘le premier client’, de faire en sorte que leur invention devienne une vraie innovation via l’adoption par les utilisateurs finaux. Un autre besoin est lié au développement de l’équipe – trouver les bons profils qui sont prêts à tenter une aventure de ce type. La plupart cherchent aussi un environnement de travail dynamique où ils ne sont pas isolés pendant les premières phases de développement.

Ils cherchent aussi les échanges avec d’autres entrepreneurs qui sont passés par les mêmes étapes qu’eux, un encadrement général en gros.

Enfin, suivant les dossiers, il peut aussi y avoir un besoin de financement qui apparaît.

Quelles sont les statistiques principales du Technoport depuis sa création et le devenir des sociétés qui y sont passé et ont ensuite grandi ailleurs?

«Nous fêtons cette année nos dix ans d’existence et depuis notre création en juin 1998 nous avons accepté 44 entreprises et comptons actuellement 12 entreprises sur site et 12 success stories.

Pour nous une sucess story est une entreprise qui est passée par le Technoport et qui grâce à son développement à pu poursuivre sa croissance en dehors de notre structure.

Un premier élément qui nous tient à cœur lorsqu’on parle des entreprises qui sont sorties du Technoport c’est que jusqu’à aujourd’hui aucune ne s’est vue obligée d’arrêter son activité. La première est sortie en 2000 et depuis 2002 nous avons eu chaque année entre une et deux sorties, 2008 inclus avec Jamendo et Cybercutlus.

Quels développements ont-elles connus depuis leur sortie?

«Nous avons des cas très diversifiés. Il y a des sociétés comme Lumension Security (anciennement SecureWave) et LuxScan Technologies qui ont développé des activités internationales très rapidement avec entre autre la constitution de filiales aux Etats-Unis ou bien au Royaume-Uni par exemple. Ces deux sociétés ont été rachetées l’année dernière par respectivement une société américaine et une société allemande.

Neovalens a aussi été rachetée en 2006 par une société américaine en sécurité informatique mais elle avait adopté une stratégie de développement commercial assez différente.

Des sociétés qui ont le potentiel de connaître un succès international similaire parmi celles qui sont sorties sont par exemple Epuramat et Jamendo voir potentiellement Cybercultus aussi. Neonline (connu pour ses sites www.lesfrontaliers.lu et www.diegrenzgaenger.lu) a quant à elle été rachetée par un nouveau groupe média luxembourgeois fin 2007.

Les autres sociétés comme Conostix, magic moving pixel, J-Way, Blue Sky Software et Spiece ont toutes choisi des stratégies de développement différentes et en grosse partie basées sur de l’autofinancement.

Le ministre Jeannot Krecké regrette qu’il n’y ait pas davantage de coachs, d’accompagnateurs qui soutiennent les projets d’entreprise. Partagez-vous ce point de vue?

«Je ne sais pas trop dans quel contexte il a dit cela mais dans le domaine qui nous concerne ici au Technoport il n’est effectivement pas toujours facile de trouver les bons coachs ou entrepreneurs qui seraient prêt à jouer un rôle disons de mentor.

Il faut néanmoins bien insister sur la spécificité du profil de tels coachs que nous recherchons. Idéalement ils devraient combiner un profil et un parcours ou vécu entrepreneurial dans des domaines similaires. Ceci leur permettrait d’apporter des inputs stratégiques dans le développement d’une société innovante et technologique. L’un des défis ici, aussi pour des structures comme la notre, c’est d’identifier les bons profils et de savoir comment les impliquer dans des projets en émergence.

Un développement très intéressant que nous constatons avec les anciens du Technoport, c’est que beau nombre d’entre eux ont exprimé un intérêt à jouer un tel rôle sous condition qu’on leur présente des projets dans lesquels ils peuvent apporter une plus-value certaine.

Avec la rotation qui s’est installée au Technoport depuis quelques années je suis convaincu que d’ici peu nous aurons un pool d’expertise ‘entrepreneuriale’ disponible relativement varié.

Avez-vous le sentiment que les entrepreneurs au Luxembourg sont correctement et suffisamment informés des différentes aides (matérielles, financières, logistiques) auxquelles ils ont droit?

«Je pense que de nos jours si quelqu’un veut se mettre à son propre compte il ne devrait pas avoir trop de difficultés à trouver l’information nécessaire. Mais il faut certainement qu’il se prenne le temps de parcourir l’information qui n’est certes pas réduite. D’un autre côté il faut aussi que les organismes publics jouent leur rôle de mise en réseau et d’information lorsqu’ils ont à faire à un nouveau candidat. 

Que faudrait-il, en matière d’esprit d’entreprise, pour faire encore mieux que ce qui se fait actuellement?

«En résumé : être créatif et innover ! Nous l’exigeons indirectement des entrepreneurs il serait donc bien d’essayer d’appliquer cela en tant qu’organismes de soutien (public ou privé), Ministère ou bien aussi acteur de financement.

Pour ce faire je pense qu’il faille :
- Constamment être à l’écoute des besoins de cette cible, qu’ils soient futurs entrepreneurs ou bien entrepreneurs existants. Ce sont bien nos clients à nous.
- Faire des veilles ‘concurrentielles’ par rapport à ce qui se fait à l’étranger en matière d’esprit d’entreprise et adapter certaines bonnes pratiques au contexte local. Pas qu’au niveau réglementaire mais aussi opérationnel
- Innover en proposant des initiatives nouvelles et se distinguer par rapport aux autres pays ou initiatives
- Veiller à se donner des cadres d’intervention et des structures de soutien transparents, flexibles et réactifs – éléments primordiaux pour encourager et non décourager.

Actuellement je suis assez optimiste pour les années à venir. Depuis 2006 il y a déjà eu pas mal de changements dans le paysage du système national d’innovation luxembourgeois et 2009 devrait continuer dans ce sens avec normalement la concrétisation de différents chantiers réglementaires et opérationnels.

Celui qui nous concerne directement ici au Technoport est celui de la création d’une entité nationale en matière d’incubation et d’hébergement d’entreprises technologiques et innovantes. Cette structure sera le résultat de la fusion entre le Technoport et les deux centres Ecostart basés à Foetz. 

En conclusion je peux aussi dire que l’année 2008 s’annonce être une très bonne année pour l’entrepreneuriat technologique et innovant, du moins ici au Technoport».


 
 
 
 
  



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