Par: Armand Drews, membre du comité directeur (LSAP) | Publié le 30.09.2008 0:00
Le statut unique et la nouvelle Caisse Nationale de Santé: relevons les défis !
Cette réforme, qualifiée de “centenaire”, à juste titre à mon avis, et prometteuse à maints égards, signifie non seulement la fin d’une distinction, voire discrimination séculaire et désuète entre “ouvriers” et “employés”.
Elle apporte aussi nombre d’avantages pour les entreprises et les salariés, à n’en citer que quelques uns:
- la fusion des caisses de maladie et des caisses de pension du secteur privé ainsi que la création d’une seule chambre professionnelle des salariés du secteur privé et d’un seul tribunal du travail, simplifient les procédures administratives, diminuent les charges de fonctionnement de ces organismes et auront une répercussion favorable sur les coûts à porter par les différents acteurs;
- tous les salariés bénéficieront des mêmes prestations, procédures et règlements et à salaires bruts égaux toucheront les mêmes salaires nets
- l’avantage compétitif par le niveau général des taux des cotisations sociales;
- la simplification administrative en faveur des employeurs.
A côté de telles améliorations, qui sont loin d’être négligeables je pense, la nouvelle loi offre aussi et peut-être surtout de nouvelles chances pour notre système de santé et ouvre la voie à de nouveaux développements dans ce domaine.
L’introduction d’un statut unique pour les salariés du secteur privé a notamment pour conséquence que l’actuelle Caisse de Maladie des Employés Privés (CMEP) fusionnera ensemble avec six autres organismes de sécurité sociale, pour constituer la nouvelle Caisse Nationale de Santé (“CNS Gesondheetskees”).
Comme son nom l’indique, la nouvelle Caisse Nationale de Santé, à côté du rôle traditionnel incombant à une telle institution, sera axée plus que par le passé sur la prévention au sens large du terme et aura son rôle à jouer dans le développement du système de santé luxembourgeois.
L’évolution de nos sociétés, économies et modes de vie lance de nouveaux défis à notre système de santé :
- une espérance de vie plus élevée qui ne va pas toujours de pair avec une qualité de vie accrue;
- un niveau de vie élevé qui ne se traduit pas toujours en termes de santé, et qui rime malheureusement trop souvent avec “maladies de civilisation”;
- un monde du travail qui a profondément changé, avec des risques accrus au niveau des maladies liées aux nouveaux stresseurs;
- une spécialisation médicale de plus en plus poussée;
- une pénurie de médecins et de thérapeutes dans certains domaines;
- le dilemme des médecins: aider et soigner tout en assurant leurs revenus, salles d’attente vides ou pleines, ceci aux frais du temps accordé au patient et parfois aux frais de la qualité des interventions.
La charge des conséquences de ces développements est imposée non seulement aux personnes et aux familles; elle se traduit pour l’économie par une facture lourde par la maladie et l’invalidité.
La nouvelle Caisse Nationale de Santé devra oeuvrer davantage dans la direction de la prévention. À côté des examens préventifs et des postcures traditionnelles, il faudra entre autres développer les activités dans les domaines suivants:
- post soins à caractère préventif, pour le maintien de la santé (je ne parle pas de thermalisme), notamment dans le domaine des maladies chroniques et maladies dites de civilisation (maladies cardio-vasculaires, cancers, maladies respiratoires chroniques, diabète, … mais aussi difficultés psychiques, psychosomatiques,
addictions…);
- promotion de mesures et programmes pour la santé au travail;
- élaboration de programmes concertés de prévention dans le domaine de la morbidité - disease management programmes;
- promotion du travail en équipes médicales pluridisciplinaires;
- coopération et coordination entre les disciplines et intervenants médicaux et extra-médicaux – networking;
- intégration de toutes les disciplines et intervenants, je pense par exemple à la médecine dite individuelle, pour arriver à des traitements holistiques qui adressent toute la personne;
- promotion du partenariat patient-médecin (shared decision making);
- développement des synergies entre acteurs dans le système de santé;
- coopération internationale et transfrontalière dans la Grande Région;
- contrôle et régulation des prestations CNS, non seulement pour prévenir abus et mauvaises pratiques, mais pour donner un feedback aux prestataires des soins de santé qui doit leur permettre d’ajuster les traitements et les relations avec le patient.
Dans le domaine préventif, il y a clairement une responsabilité partagée entre patients, entreprises, professionnels de la santé, le législateur, les organismes de sécurité sociale. Il faudra se doter des moyens et outils pour permettre aux acteurs de prendre leurs responsabilités. En ce qui concerne la responsabilité des assurés et patients, on a tendance à la réclamer trop vite sans leur donner les outils nécessaires pour prendre en main leur propre santé (self empowerment). Ici tous les acteurs sont appelés, depuis le salarié et l’entreprise jusqu’aux professionnels de la santé, l’Etat, notre système éducatif…
Et les entreprises dans tout ça? A elles incombe non seulement une part des charges, mais aussi une part des responsabilités. On l’a peut-être répété par trop souvent, mais la substance de toute entreprise sont les femmes et les hommes qui y travaillent, avec leurs compétences, mais également avec leur capital santé. Deux éléments fondamentaux ont ici un impact direct sur l’entreprise: l’éducation/formation et la santé et le bien-être au travail. On peut parler à cet égard d’un véritable return on investment pour l’entreprise: Santé et bien-être au travail sont des facteurs de productivité et de compétitivité à ne pas sous-estimer !
Pour conclure j’aimerais citer l'O.M.S qui donne cette définition de la santé : “La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas en une absence de maladie ou d'infirmité.”
Il y a du travail sur la planche: relevons les défis !

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