Par: Robert Goebbels, député européen | Publié le 30.09.2008 0:00
Préserver le marché de la spéculation folle
Dans les mois qui suivirent, les traders de New York ont souvent fêté des records. Le 4 juillet dernier, le prix du baril atteignit 148 dollars. Même si le prix du pétrole est actuellement sur le reflux, le mal est fait.
La flambée des prix du pétrole fut accompagnée par une orgie de spéculation sur pratiquement toutes les matières premières, y compris sur les denrées alimentaires.
L'économie mondiale ne pourra pas se passer des marchés. Mais il est inacceptable que le monde de la finance organise des paris fous dignes des jeux de casino. Avec un levier de seulement 5.000 dollars, le trader de New York a pu mettre en marche une vague spéculative sur le pétrole qui laisse des traces sanglantes dans l'économie mondiale.
Les autorités boursières viennent enfin de mettre un petit frein à la spéculation pure, en interdisant –temporairement- la « vente à découvert », donc la vente à la baisse d'actions non détenues par les traders. Ce qu’on appelle dans le jargon imagé de la profession le "naked short selling" -.
Pour endiguer ce genre de spéculations malsaines, il faudra imposer aux marchés non pas des règles temporaires, mais des règles définitives très strictes.
Il faut ainsi exiger une couverture plus conséquente des "paris " engagés par les spéculateurs. Le sénat américain discute actuellement d'une proposition visant à augmenter la mise réelle des traders pour chaque opération à un minimum de 25%, ce qui éviterait beaucoup de paris hasardeux sur base de "peanuts".
Ces dernières années les fonds investis sur le seul marché américain des matières premières ont été multipliés par 10. L’afflux de ces fonds fortement spéculatifs est passé de 13 milliards fin 2004 à 317 milliards de dollars à la fin de juillet 2008. Avec comme conséquence une hausse de plus de 200% de l'indice portant sur les prix des 25 principales matières premières côtés à New York..
La fixation des prix n'est plus déterminée par l'offre physique et la demande effective des matières premières, mais par les mécanismes spéculatifs des marchés financiers. Les 6 premiers mois de l'année 2008, 60% des opérations sur le marché américain du pétrole portaient sur du pétrole virtuel, vendu et revendu à répétition.
Les bourses ne servent plus à ajuster le jeu complexe entre l'offre disponible et la demande réelle, mais font des paris sur des produits financiers dont la complexité échappe même aux dirigeants des entreprises financières.
Ce qui compte pour les traders et leurs chefs, c'est le bonus. Tous les "golden boys" du casino global ont empoché des millions, tout en perdant des milliards de leurs clients. Les bénéfices étant encaissés, les pertes sont maintenant nationalisées.
Les seuls contribuables américains vont devoir assumer plus de mille milliards de dollars afin d'éponger les crédits pourris de la finance internationale. C'est l'équivalent de 7 budgets de l'Union européenne.
Pour les Européens, la note s’annonce également salée. Tandis que les Gouvernements viennent à la rescousse de la haute finance autrefois donneuse de leçon sur la conduite de la politique économique et financière (laissez faire les marchés ; le moins d’étatisme possible…), l’Européen de base constate la baisse de son pouvoir d’achat, le resserrement d’un crédit devenant plus cher, la pression sur l’emploi et une récession économique qui guette au tournant !
La Commission, les Gouvernements de l'Union se sont toujours refusés à trop réglementer des marchés financiers réputés efficaces. Mais avec la déconfiture totale des génies financiers, les pouvoirs publics doivent imposer d'urgence des règles plus strictes, des freins efficaces contre la spéculation folle sur tous les marchés. Ce sera le prix à payer pour rétablir la confiance dans les marchés, incontournables en soi, mais qui livrés à eux-mêmes, engendrent régulièrement des bulles spéculatives. Le marché sans règles devient la jungle. L’économie de marché mérite mieux.

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