Article Voir tout
 

Par: Alain Ducat  |  Publié le 09.10.2008 0:00

Biltgen relance la Belgique pour la «compensation chômage»


Intéressante table ronde sur l’emploi, à cheval entre Luxembourg et Belgique, la semaine dernière à Arlon. A l’initiative de la commission des frontaliers belges des syndicats chrétiens LCGB et CSC, se sont retrouvés pour débattre à bâtons rompus, face à une salle garnie d’une soixantaine de personnes – travailleurs frontaliers de différents secteurs, personnalités politiques provinciales ou fédérales, militants syndicaux –, quatre invités.

Côté luxembourgeois, le ministre du Travail et de l’Emploi, François Biltgen, ainsi que le président national du LCGB, Robert Weber. Côté belge, représentant la vice premier-ministre et ministre de l’Emploi Joëlle Milquet (retenue à Bruxelles par un conclave budgétaire et les négociations autour de la crise financière), la chef de cabinet Bernadette Lambrechts et le secrétaire fédéral du syndicat chrétien belge (CSC), Claude Rolin, originaire du Luxembourg belge.

Les débats se sont d’abord orientés, tout naturellement, sur la crise financière et sur les efforts faits, par les gouvernements luxembourgeois et belge notamment, pour soutenir des institutions comme Fortis ou Dexia. « C’est le seul remède possible à court terme. Il faut préserver l’emploi, restaurer la confiance des épargnants et des petits actionnaires et revenir à plus d’état pour ne pas laisser la mainmise aux spéculateurs », ont commenté les grands leaders syndicaux.

L’effet Mary Poppins

«La place financière luxembourgeoise est importante pour tout le monde, ce n’est pas à Arlon qu’il faut le rappeler», a noté François Biltgen. Au-delà, le ministre a tenté d’éclairer le pourquoi de cette panique boursière. En évoquant certes l’origine américaine avec la crise des subprimes, puis le «rôle pervers de ceux qui jouent au casino avec les placements des autres», mais aussi le côté irrationnel des réactions. Ce qu’il appelle «l’effet Mary Poppins»!

«Dans ce vieux film de Walt Disney, un enfant a reçu 2 penny. Le banquier veut le convaincre de les placer. Et il insiste. L’enfant se met à pleurer dans la banque, en criant ‘il ne veut pas me rendre mes 2 penny’! Et les autres clients se mettent à courir dans tous les sens, en pensant que la banque est à ce point mal qu’elle ne peut pas payer…»

Le ministre a aussi mis le doigt sur les spéculations et les rumeurs, lancées notamment dans les salles de marchés au Luxembourg, à propos des actions Fortis. L’ombre de BNP Paribas a parfois plané dans la salle. A ce moment, l’institution française n’avait pas encore pris le relais aux commandes du groupe belgo-néerlando-luxembourgeois…

Formation: un lycée de type Schengen?

Plus prosaïquement, le débat s’est aussi tourné vers les leviers que peuvent encore actionner les états et les politiques de l’emploi, alors que la libéralisation voulue par l’Europe met de en plus en plus la pression sur les services de moins en moins publics et que la mondialisation règne sur les décisions de l’emploi privé. Tant du côté belge que du côté luxembourgeois, on souligne que les coopérations sont importantes, par le biais des accords, des conventions bilatérales et des soutiens aux initiatives de terrain. En matière de formation notamment.

«Une institution financière luxembourgeoise collabore directement avec une haute école d’Arlon, pour donner une assise concrète aux besoins de main d’œuvre qualifiée du secteur. C’est le genre de chose que nous ne pouvons qu’encourager ».

Autre idée, soutenue par François Biltgen: «Nous avons, au Luxembourg, collaboré avec les instances de l’éducation de nos voisins allemands, pour créer le lycée Schengen. Ce type d’établissement frontalier serait un signe fort. Mais il est parfois délicat de trouver le bon interlocuteur en Belgique». Pays compliqué, avec des niveaux de pouvoir et de décision parfois diffus entre compétences fédérales, communautaires ou régionales.

Discuter d’un complément

François Biltgen a aussi profité de l’occasion pour rappeler à la collaboratrice de la ministre Milquet qu’il souhaitait rediscuter avec le gouvernement belge d’une convention en matière de chômage. «Le Luxembourg est prêt à mettre en œuvre un système qui prenne en charge une compensation. Quand un frontalier perd son emploi chez nous, il émarge au chômage belge par exemple. On manque de données à ce sujet, mais le Luxembourg a une responsabilité et ne veut pas l’éluder. Nous voulons discuter des modalités, qui permettraient par exemple de verser un complément, pendant une période donnée, à des chômeurs belges. Nous avons déjà évoqué la question avec nos homologues belges. Il faudrait y revenir».

Bonne note a été prise. Il se pourrait que le sujet revienne, si pas lors d’entretiens directs entre les deux ministères, lors de la prochaine rencontre entre les gouvernements belge et luxembourgeois, début 2009 sans doute.


 
 
 
 
  



Publier un nouveau commentaire

Compte classique
Créer un compte utilisateur classiqueSe logguer via un compte classique existant:
Image CAPTCHA