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Pierre Decock, informaticien et écrivain...:
«Je voyage sur le papier» (Photo: Andrés Lejona)

Par: Jacques Demarque  |  Publié le 24.10.2008 0:00

Pierre Decock: «…Je suis fasciné par la relation entre le passé et le présent…


…nous sommes l’aboutissement d’une longue histoire…»
Attachante personnalité que celle de Pierre Decock. Licencié en histoire contemporaine, c’est dans le domaine de l’informatique qu’il exerce sa carrière professionnelle, notamment comme consultant pour les services financiers de grandes entreprises luxembourgeoises. Son métier est d’ailleurs aussi sa passion, au même titre que la peinture, le dessin, la lecture. C’est aussi un écrivain à la veille d’éditer son second roman. Sa plume, bien rythmée, décrit l’environnement luxembourgeois à travers les pérégrinations de personnages hauts en couleur évoluant dans une atmosphère parfois mystérieuse, voire ésotérique. Votre premier ouvrage, Toccata, vient de recevoir le prix 2008 des lecteurs de la Grande Région. De l’informatique au thriller… Expliquez-nous ce surprenant chemin!

«Mais ce n’est pas tellement étonnant, je travaille dans le domaine de l’informatique, consulting, finances depuis presque 20 ans, c’est assez prenant, assez stressant. On a donc besoin de se changer les idées, voyager, se dépenser, sublimer les petits soucis quotidiens. Certains font du golf, d’autres partent aux îles Canaries. Moi, je voyage sur le papier.

Mais en informatique, tout est logique, rationnel, cartésien, alors que l’écriture fait la part belle à l’imagination!

«Amusant ce que vous dites, car c’est un des thèmes du livre. Le personnage principal de mon livre est ingénieur en télécommunications, et le monde qui l’entoure est fait d’histoire, de magie et de réminiscences d’un passé mystérieux qui est en contradiction avec le caractère carré de ce que nous faisons, ce qu’il fait tous les jours comme travail.

Votre héros, l’avez-vous inventé de toutes pièces, reprenez-vous traits et caractère de quelqu’un que vous connaissez ou alors est-ce un peu vous?

«Peut-être un peu moi mais, dans chacun des personnages, je trouve quelqu’un de mon entourage, que j’ai rencontré. Cela me permet d’avoir un fil conducteur, d’imaginer comment il va réagir dans telle situation, de le visualiser dans son environnement. Les descriptions en sont d’autant plus enrichies et donc d’autant plus réalistes. C’est donc en fait une personne qui existe, que j’ai pu rencontrer dans mon travail, dont je reprends les traits physiques et un peu du comportement.

Certains pourraient se reconnaître?

«Oui, mais c’est évidemment un peu aussi moi-même puisqu’on ne peut accompagner un personnage sur plus de 200 pages sans éprouver une certaine accointance et certaines affinités avec lui.

A la lecture de Toccata, on apprend que le personnage central du roman possède une curieuse caractéristique morphologique?

«Oui, en effet, cela s’appelle la polydactylie, il a donc douze doigts. C’est important dans le cadre du récit, car il hérite d’une partition qui ne peut être jouée sans faire des accords de douze doigts. C’est surprenant, mais cela existe et beaucoup de choses étonnantes décrites dans le livre se basent sur des faits réels.

Pour le roman, je suis parti sur la découverte d’une partition oubliée de Jean-Sébastien Bach, cela semblait un peu fantaisiste… En effet, cela se saurait! «Eh bien, six mois après la parution de mon livre, une université allemande a annoncé avoir trouvé une partition inconnue pour orgue de Jean-Sébastien Bach!

On peut appeler cela de la prévision, de la prémonition, c’est un peu étrange! Est-ce un monde qui vous est familier?

«Certains aspects ont été introduits dans le roman, on ne les retrouvera sans doute pas dans d’autres histoires. Mais oui, c’est vrai, je suis fasciné par la relation entre le passé et le présent, notre rapport à l’histoire. Vous parliez tout à l’heure de l’environnement professionnel; alors, plonger dans les bilans ou les comptes de résultats, c’est aussi utiliser cette relation. On oublie parfois que nous sommes l’aboutissement de la longue histoire de gens qui ont été là avant nous, qui ont vécu bonheurs et malheurs, voyagé. On regarde derrière soi, les vieilles photos de famille, et on comprend qu’on est à la fois au bout d’un long chemin et au début d’une grande histoire. C’est un état d’esprit que j’aime traiter dans mes romans.

Vos romans… Auriez-vous un nouvel ouvrage en route?

«Il est prêt à être édité.

C’est une nouvelle! Quel en sera le titre?

«Il n’est pas encore choisi mais il l’est rarement par l’auteur, essentiellement pour des problèmes de droits et aussi pour des raisons d’intégration dans la collection. Ce sera donc mon second roman publié, car j’en ai écrit plusieurs autres.

Et l’intrigue?

«Elle se déroule à nouveau au Grand-Duché. La dimension fantastique est présente, mais très atténuée. Un jeune policier d’origine portugaise blessé lors d’une arrestation apprend que le tueur qu’il avait arrêté s’est évadé de Schrassig. Il part à sa recherche et des événements curieux et inexplicables vont alors se produire.

Est-ce qu’il va rencontrer une belle héroïne?

«Comment l’avez-vous deviné? Je vous dévoile aussi que Madame Welschbillig est de la partie dans ce nouveau polar (rires!).

La peinture et le dessin, particulièrement la BD, font aussi partie de votre vie quotidienne?

«Oui, c’est vrai. J’ai travaillé pendant une dizaine d’années pour le Zack, revue qui malheureusement n’est plus éditée. J’ai fait toute une série de bandes dessinées, les aventures de Tun et Frunnes, scénario et dessin, que les petits Luxembourgeois de l’époque n’ont sans doute pas oubliés. Je continue à faire du graphisme et de la peinture.

Vous m’avez dit aimer la lecture, quel genre?

«Je suis un lecteur compulsif, je lis tout le temps et tout! Sur ma table de nuit, un Science et Vie est ouvert, dessous un roman de science-fiction et, dans la pile d’attente, un policier et un roman historique.

Je lis en moyenne un livre ou deux par semaine en période de travail, un ou deux par jour en vacances.

Laissez-vous vos passions à la porte du bureau?

«Pas tout à fait, mais il faut dire que le travail est aussi une de mes passions. Je m’y donne à fond et je peux vous parler de comptabilité analytique avec autant de ferveur que quand je vous décris ce casque à pointe datant de 1913.

En effet, nous avons autour de nous une collection d’une quarantaine de casques de toutes origines?

«Je l’ai commencée lorsque j’étais adolescent, ayant trouvé celui-ci par hasard. J’ai pensé qu’il avait un passé, quelque chose de lourd, de grave. On parlait d’histoire tout à l’heure; je fus fasciné à l’idée que, sous ces casques, des hommes avaient passé quatre ans dans les tranchées, certains étaient morts, d’autres avaient fait la campagne de Russie. Je me suis pris de passion, non seulement pour le côté historique et humain mais aussi pour l’évolution technique.

Vous êtes titulaire d’une licence d’histoire. Quel était le sujet de votre mémoire?

«La Dame Blanche, rien à voir avec le dessert! C’était un réseau de renseignements que personne ne connaît. Pendant la première guerre mondiale, en 14-18, il y avait en Belgique, dans le nord de la France et aussi un peu au Luxembourg, un réseau de 1.200 personnes. Ils notaient tous les passages de trains, wagon par wagon d’artillerie ou d’infanterie.

Ces informations étaient notées sur du papier à cigarette finement enroulé et passaient la frontière hollandaise pour être transmis aux services secrets britanniques. Ces gens ont travaillé pendant quelques années dans le plus grand secret.

Les Allemands n’en ont rien su jusqu’à la fin de la guerre où il y eut plusieurs arrestations et fusillés. Mais rien de commun avec l’ampleur du travail qui avait été réalisé car, en fait, les Alliés furent parfaitement mis au courant des mouvements de troupe des Allemands de l’autre côté du front.

Comment avez-vous trouvé ces informations?

«J’ai retrouvé des témoins et, merveille, sur indication d’un de mes professeurs, un fonds d’archives d’un mètre de large avec toutes les notes administratives et techniques de tout ce qui s’était passé dans le réseau pendant toutes les années de guerre. C’était très bien organisé par des ingénieurs en télécommunications, avec un certain sens de la méthode. J’ai donc eu accès à tous ces documents.

Il y a là matière à écrire un roman!

«Ce serait passionnant et ça me trotte dans la tête! Il y a parfois une fenêtre qui s’ouvre et je vois un paysage, des personnages, une intrigue et là, il y a un flash. Je sens que je vais pouvoir retirer, de mon imaginaire, toute une histoire. C’est un peu comme cela qu’est est né Toccata. J’étais en voiture, écoutant à la radio un morceau d’orgue. Je suis parti dans un rêve qui a duré le temps du trajet, je tenais le fil de l’histoire!

Jouez-vous d’un instrument?

«Du piano, à une certaine époque et en amateur, déchiffrant environ une ligne à l’heure (rires)! C’est peut-être un peu par frustration que j’ai imaginé cette histoire, mais plus sérieusement, la musique d’orgue a pour moi une dimension difficile à trouver avec d’autres instruments».


 
 
 
 
  



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