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Nikhil Shrikhande, Jilbee (Photo: Julien Becker)

Par: Nicolas Raulot  |  Publié le 23.01.2009 0:00

Une vraie leçon


Nikhil Shrikhande, 35 ans et d’origine indienne, a roulé sa bosse aux Etats-Unis, puis en France, avant de choisir le Luxembourg et le Technoport. Son apprentissage des langues étrangères lui a inspiré la création de Jilbee.

Il n’y a rien de mieux que la vraie vie pour apprendre une langue étrangère. A 35 ans, Nikhil Shrikhande, enfant de la globalisation et membre d’une famille éparpillée à travers le monde, le sait bien. Indien d’origine, il migre aux Etats-Unis, pour étudier à l’université de Cornell dans l’Etat de New York. Il passe quelques années chez Microsoft, puis se fait muter à Paris, au siège européen du géant du logiciel. De là, il est envoyé à Aix-La-Chapelle, en Allemagne, dans un nouveau laboratoire de recherche du groupe. Il déménage à Metz pour rejoindre sa femme, une Française qui travaille au Luxembourg.

«En étudiant le français que j’apprends encore aujourd’hui, j’ai compris que l’apprentissage en ligne (e-learning) complétait très bien l’enseignement traditionnel avec un professeur. Je me suis également rendu compte que si beaucoup de logiciels existaient, aucun n’était satisfaisant. Tous avaient un contenu irréel, avec des scénarios très éloignés de scènes de la vie quotidienne», explique Nikhil Shrikhande an anglais, installé dans son sobre bureau du Technoport. «La plupart étaient ennuyeux. Et, quand c’est ennuyeux, personne n’apprend».

Ainsi est née Jilbee, «un nom que j’ai testé dans plusieurs pays du monde pour la prononciation», assure Nikhil Shrikhande, qui voit déjà les choses en grand et envisage notamment un développement commercial aux Etats-Unis. Pas question néanmoins de brûler les étapes. La jeune Sàrl, que son fondateur finance avec ses propres économies, a commencé avec trois e-books multimedia et interactifs en anglais, dont il fait la démonstration sur son ordinateur. «Je me demande systématiquement si ça sonne vrai», insiste-t-il. «Et la seule manière d’y parvenir, c’est de travailler avec des professionnels»: des acteurs, une équipe de tournage, un réalisateur. Les vidéos mettent en scène un couple dans plusieurs épisodes de leur vie londonienne. Elle est anglaise, lui américain, et les deux tourtereaux dialoguent avec un accent bien de chez eux dans un but pédagogique.

Pour le réel, on est effectivement servi. Dans l’un des petits films, le couple se trouve dans une chambre d’hôtel. On y voit l’homme faire l’expérience des lavabos à l’anglaise, avec, d’un côté un robinet d’eau glacée, de l’autre un robinet d’eau trop chaude. Le tout avec vue imprenable sur les toilettes. Une autre fois, le couple s’est retrouvé à la gare et discute sur un trottoir du programme de la journée. Chaque livre électronique contient deux niveaux et dix chapitres. A chaque chapitre, trois parties, une leçon, du vocabulaire, des exercices. Pour adapter le contenu aux différents niveaux des élèves, le chef d’entreprise a mis des professeurs indépendants à contribution. 

Les premiers résultats commerciaux sont au rendez-vous. Un contrat a été signé avec le ministère luxembourgeois de l’Education nationale et de la Formation professionnelle. Les e-Books Jilbee équipent, parmi d’autres logiciels, le portail myschool.lu, fréquenté chaque semaine par environ 10.000 étudiants. Jilbee produit des logiciels personnalisés qu’il souhaite placer auprès d’instituts linguistiques ou de grandes entreprises, pas directement auprès de particuliers. «Nos produits n’ont pas de prix fixe. Ils varient en fonction du degré de sophistication, des besoins spécifiques du client». Nikhil Shrikhande se sent aussi armé face à la crise. «Alors que le entreprises cherchent à réduire leurs dépenses sans rogner sur la qualité, elles peuvent trouver leur compte dans des solutions peu coûteuses et adaptées à leurs besoins, telles que les nôtres». Jilbee prévoit également de développer d’autres matières, comme la finance, les ressources humaines, le management, avec toujours ce souci de faire vrai.

Quand on lui demande depuis combien de temps il est au Technoport, Nikhil Shrikhande répond par une boutade: «Depuis trop longtemps», avant de se raviser. «Depuis deux ans et c’est génial. On est en relation avec d’autres sociétés, y compris des success stories qui viennent nous faire partager leurs expériences, nous donner des conseils, parfois nous éviter des erreurs qui coûtent cher». Quand il sera sorti, il veut rester au Luxembourg, pays qu’il a choisi pour son environnement pro-business et international.


 
 
 
 
  



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