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Par: Jean-Michel Gaudron  |  Publié le 21.04.2006 1:00

Sur la corde raide


Surtitre: 
FORCES ET FAIBLESSES
Auteur(s): 
Jean-Michel Gaudron
Interview ?: 
Pas interview

Des licenciements à tour de bras chez TDK, Villeroy & Boch, Mousel Diekirch, WSA; des syndicats qui se font prier... Le climat social a rarement été aussi tendu au Luxembourg.

TDK qui arrête sa production de CD et DVD à Bascharage, laissant sur le carreau un peu moins de 350 employés; Villeroy&Boch qui restructure son site de production de Luxembourg-Septfontaines et licencie 150 de ses 480 salariés; la Brasserie de Luxembourg Mousel Diekirch qui paie les pots cassés après une décision de délocalisation prise par son actionnaire principal, InBev, et qui touchera une quinzaine d'employés au Luxembourg; la Warehouse Service Agency, dépôt de l'armée américaine à Bettembourg/Dudelange, victime du redéploiement des forces américaines en Europe occidentale, et qui se voit contraint de lever le camp à l'automne prochain, au grand dam de 200 employés qui attendent de recevoir leur lettre de licenciement... Le printemps a été particulièrement meurtrier sur le plan de l'emploi au Luxembourg. Et lorsque le président du parti socialiste Alex Bodry laisse entendre que "d'autres sociétés pourraient leur emboîter le pas", peut-être fait-il allusion, entre autres, à l'annonce faite par Luxair de supprimer, d'ici à 2008, pas moins de 210 emplois, "sans faire appel à un plan social' a néanmoins précisé Adrien Ney, le directeur général de la compagnie.... L'heure n'est, en tous les cas, guère à un optimisme débordant.

Entre fatalité et manque d'anticipation devant un contexte économique mondialisé en incessante mutation, les raisons de la colère sont nombreuses. Mais elles ne seront pas forcément de nature à satisfaire les centaines de salariés touchés par ces décisions. "On a négligé de faire des adaptations qui s"imposaient au cours de ces dernières années", analyse Maître André Marc, avocat associé chez Allen & Overy, qui identifie plusieurs facteurs clés. "La charge fiscale, par exemple, n'est, certes, pas importante. Mais le système reste complexe et opaque... Il y a aussi urgence à mener des réformes administratives, car il y a de plus en plus de contraintes. Dans les pays de l'Est, par exemple, c'est tout le contraire et le coût de la main d'oeuvre est, de surcroît, beaucoup plus réduit".

Beaucoup d'acteurs économiques et industriels se remémorent les propos de Jean-Claude Juncker déclarant qu'il fallait résoudre les problèmes tant qu'ils étaient petits, et se demandent s"il s"en rappelle encore aujourd'hui... Le 2 mai prochain, la sortie du Premier ministre lors du discours sur l'état de la Nation sera, à cet égard, très attendue. "Attirer des acteurs industriels étrangers est extrêmement illusoire et difficile, constate Me Marc. Il y a des contacts extrêmement intenses entre les milieux politiques et les grands employeurs au Luxembourg pour qu'une certaine retenue soit respectée, mais on peut être néanmoins soucieux pour l'avenir".

Les syndicats, eux aussi, notent un "enlisement" du gouvernement, dans le débat initié par la déclaration de politique générale du 12 octobre dernier. "Si l'approche du gouvernement vise à limiter les dépenses de l'État central et si elle essaie de réaliser cela essentiellement en se désengageant dans la sécurité sociale, les discussions ne pourront mener qu'à un conflit", prévient Jean-Claude Reding (OGB-L). La tripartite, elle, semble au point mort, les syndicats traînant les pieds. Le LCGB refuse d'en faire "un magasin où tout un chacun se sert librement. Elle ne doit pas servir les intérêts de groupes particuliers, mais ceux du pays", affirme Robert Weber le président du LCGB.

Trois piliers de négociation

Quelle que soit l'entreprise concernée, la mise en oeuvre d'un plan social (voir encadré, page 120) reste, en règle générale, une ultime issue à laquelle personne ne souhaite vraiment avoir recours. Les premières négociations intervenant entre employeurs, représentants du personnel et, éventuellement, les syndicats ayant signé une convention collective dans le secteur concerné s"appuient généralement sur trois piliers, surtout dans le domaine bancaire. Le premier est purement légal et conventionnel. "Plan social veut dire anticiper et conseiller l'entreprise, connaître toutes les facettes des textes légaux et des situations pratiques sur le terrain de la négociation. Il convient d'être créatif et bon technicien', reconnaît Me André Marc. "Les dossiers deviennent de plus en plus techniques et on n'a plus affaire au même type de syndicalisme que celui que l'on pouvait rencontrer dans les années 60, surtout dans l'industrie, lui répond en écho Vincent Jacquet, secrétaire syndical SESF / Banques et Assurances à la LCGB. Les problématiques sont tout autres et nous nous trouvons face à des instruments mis en place qui ne sont pas les mêmes qu'ailleurs...".

Le deuxième pilier concerne les indemnités complémentaires que l'employeur verse au salarié licencié. Elles se basent, en règle générale, sur l'ancienneté de services. Dans le secteur financier, le critère d'âge peut également entrer en ligne de compte. Les formules sont infiniment variables en la matière.

Le dernier pilier, enfin, a trait aux mesures sociales d'accompagnement qu'il est possible de prendre: assistance psychologique à l'outplacement (voir aussi notre encadré page 124), indemnité pour enfants à charge, pour épouse ou partenaire stable qui ne travaille pas, frais de formation, etc. Le principe des vases communicants est de rigueur: ce qui sera versé dans le cadre de ces mesures "sociales" ne le sera pas, en général, au niveau des indemnités. La tendance à la démultiplication des indemnités, surtout dans le secteur bancaire (les périodes de préavis y sont, par exemple, doublées...), a fait qu'au cours des dix dernières années, le niveau des indemnités globalement allouées dans des plans sociaux a connu une certaine tendance inflationniste.

Alors que la "nouvelle" Europe, élargie à l'Est, et les marchés émergents asiatiques bouleversent radicalement la donne en matière économique et industrielle, les pays occidentaux se trouvent aujourd'hui contraints d'engager les réformes nécessaires pour conserver un certain équilibre social. Les plans sociaux n'ont guère de chance de disparaître du paysage. à charge pour tous les acteurs impliqués de les rendre moins inacceptables pour les salariés concernés.


 
 
 
 
  



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