| Les experts invités mardi soir n’envisagent rien de positif pour l’année 2009. (Photo: David Laurent/Wide) |
Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 29.01.2009 0:00
Il faudra encore patienter…
1929-2009… L’histoire va-t-elle bégayer? En plein cœur de la crise qui touche l’ensemble de l’économie mondiale, le parallèle avec la grande dépression de l’entre-deux guerres est tentant. Mais aucun des quatre participants à la table ronde «Financial markets outlook 2009» organisée par le paperJam Business Club, ce mardi à l’Auditorium de la Banque de Luxembourg et animée par Nicolas Raulot, journaliste à paperJam, n’a poussé la comparaison jusqu’au bout.
«La principale grande différence se trouve dans le temps de réaction face à la crise qui, cette fois-ci, a été quasi instantané, relève ainsi Claude Schettgen, ancien senior director chez Dexia BIL et désormais expert indépendant. Tout ce qui a pu être mis en place est d’ores et déjà en place. Il faut désormais que la sauce prenne»
Si, pour sa part, Guy Wagner, chef économiste à la banque de Luxembourg, constate également que «la rapidité a été assez impressionnante», il n’en reste pas moins préoccupé par le niveau d’endettement général qui est autrement plus important que dans les années 30.
L’unanimité, en revanche, fut au rendez-vous pour admettre que la crise actuelle n’est pas une crise «ordinaire». «On a frôlé la crise systémique, avec un problème de liquidité qui s’est transformé en un problème de solvabilité», analyse Marc Flammang économiste à la Compagnie de Banque Privée, qui estime néanmoins que tout risque n’est pas encore totalement écarté. «On peut dire qu’il y a eu une crise systémique au niveau des banques et il convient de faire en sorte qu’il n’y en ait pas au niveau ‘corporate’».
Les regards tournés vers l’Est
L’un des principaux enseignements tirés de la situation actuelle, c’est le changement radical du modèle économique tel qu’il était en vigueur depuis plus d’un quart de siècle. Jusqu’à ce que n’explose cette bulle immobilière des subprimes, l’ensemble de l’économie mondiale était tirée vers le haut par la consommation américaine. Désormais, c’est en direction des marchés de l’Est et de l’Asie qu’il semble devoir trouver les nouvelles sources de dynamisme. Mais la transition n’est pas aussi radicale qu’il n’y paraît. «Pour l’heure, la plupart des pays d’Asie ont une croissance tirée par les exportations, note M. Wagner. Il faudra que cette croissance soit davantage issue de la demande interne. Il s’agit aussi d’un défi pour les investisseurs, et de ne pas forcément se dire que, une fois la crise passée, les Etats Unis tireront à nouveau l’économie mondiale vers le haut».
Que la lumière vienne de l’Orient ne fait de doute pour personne. Mais bien malin qui est en mesure de dire quand cette lumière poindra… «Je suis pessimiste sur 2009 et je ne vois pas de nette embellie au premier semestre 2010, prévient Thierry Bichel, directeur général de Family Office Partnership. J’espère que la Banque centrale européenne saura prendre des mesures drastiques en termes de taux d’intérêt. L’actuel mouvement d’affaiblissement de l’euro pourrait durer au-delà de 2009».
Quelques conseils…
Marc Flammang, pour sa part, anticipe 2009 comme «l’année des mauvaises nouvelles en ce qui concerne le chômage, les déficits publics, les résultats des entreprises. Il y aura sans doute un mieux en 2010, mais sur la base de chiffres 2009 très bas».
«Après une période de récession, le retournement de tendance intervient généralement au bout de quatre à six trimestres, rappelle M. Schettgen. Mais nous ne sommes pas non plus dans un schéma de récession classique. La chose pourrait donc durer plus longtemps. L’économie moderne fonctionne selon le principe du just in time. Il est donc normal qu’à partir du moment où la demande a baissé, tout s’est arrêté net. Le jour où les commandes vont revenir, les choses pourront redémarrer très vite».
Dans ce contexte pour le moins incertain, quelles sont les possibilités qui s’offrent à ceux ayant encore des économies à placer? Thierry Bichel privilégie une attitude défensive, obligataire, offrant des rendements entre 4,5 et 5,5%. «Nous restons également investis sur deux secteurs qui nous plaisent bien, ceux de l’eau et des produits aurifères, car nous pensons que cela permet de stabiliser les risques éventuels à venir».
Claude Schettgen, lui, recommande «les valeurs télécoms. Elles n’ont plus vraiment fait grand-chose sur les marchés depuis l’éclatement de la bulle, elles sont financièrement assainies et paient des dividendes importants».
«Reconsidérer le mode de fonctionnement de la Place»
Pour autant, l’heure n’est pas nécessairement à un retour immédiat à un investissement sur les marchés action, en dépit de l’effondrement généralisé des bourses. «Ce retour aux investissements boursiers ne pourra se faire que lorsque les investisseurs auront établi que les marchés boursiers sont bon marché, ce qui n’est pas le cas actuellement, indique M. Flammang. Certes, on ne peut plus dire que les marchés sont surévalués et on commence à peine à penser qu’ils sont correctement évalués. Tant qu’on n’en est pas à un constat de sous-évaluation, il n’y aura pas de redémarrage».
Dans ce contexte, comment la Place financière luxembourgeoise peut-elle espérer tirer son épingle du jeu et limiter la casse? «Il faut reconsidérer son modèle de fonctionnement, estime M. Bichel. La place s’est positionnée sur le créneau de prestations de services que d’autres pays ne fournissaient pas. Puis, après 2001, elle a privilégié la mise à disposition d’infrastructures à des prestataires externes hors du pays et certaines compétences ont été délaissées. Les banques privées suisses, elles, sont toujours restées fidèles à leur modèle historique: des banquiers privés servant des clients privés. Le secteur financier luxembourgeois devra différencier le rôle des acteurs et revenir à ce qu’il faisait il y a 15 ou 20 ans».
Voir l'interview vidéo de Thierry Bichel ICI
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