| Roger Melmer, Chambre des salsriés (Photo: Etienne Delorme) |
Par: Alain Ducat | Publié le 20.02.2009 0:00
Une valorisation du potentiel humain d'abord
La formation, c’est toujours un bon plan. «Comme on dit, si l’éducation coûte trop cher, essayez l’ignorance, ironise Roger Melmer, directeur adjoint de la nouvelle Chambre des salariés. Il est évident que, lorsqu’une entreprise investit, elle attend un retour sur cet investissement. Mais ce retour est très difficile à mesurer. Par contre, il faut voir comment l’on considère la formation. Comme un investissement ou comme un coût?»
C’est aussi dans ce sens que l’avis de la chambre professionnelle sur le projet de loi d’aide aux entreprises mettant en œuvre un plan de formation continue était pour le moins mitigé, voire négatif. «Nous pensons qu’une politique efficace de formation professionnelle continue ne saurait reposer presque exclusivement sur des incitations financières visant à encourager les entreprises à investir dans la formation de leurs salariés. De ce fait, on ne peut pas adhérer à cette logique de dépense aveugle qui risque de dénaturer le sens même de la formation professionnelle». Pour Roger Melmer, il faut être clair: «Ce qui importe, dans une formation, c’est de contribuer à l’avancement professionnel des salariés et à leur promotion sociale ainsi qu’à la compétitivité de l’entreprise. Ce qui, in fine, profite à l’économie en général».
Néanmoins, l’aide de l’Etat existe bel et bien. «Nous ne sommes pas contre un encouragement à la formation des salariés, bien au contraire. Mais on doit bien constater que l’aide étatique relève du subside déguisé aux entreprises. Fondamentalement, qu’observe-t-on? Les entreprises qui investissaient déjà dans la formation de leur personnel le font toujours. Elles ne le font pas davantage, mais cela leur coûte moins cher. Quant aux PME, elles n’investissent pas plus dans cette formation destinée à leur personnel».
Accompagner, voire anticiper l’évolution
D’où cette autre façon d’aborder la question du «retour sur investissement»: «Ce qu’il faut voir, c’est ce que cela apporte. A la personne qui se forme, à l’entreprise, au secteur. Il faut voir, surtout, pourquoi on demande à quelqu’un de suivre une formation continue. Ce qui importe, c’est d’accompagner l’évolution, voire de l’anticiper. Il faut aussi mesurer ce que l’on fait avec son employé qui revient formé dans l’entreprise. Il faut accepter qu’il mette ses nouvelles compétences à profit, il faut intégrer les idées nouvelles et les apports en compétences dans son entreprise. Il faut mettre en pratique. Sans quoi l’investissement ne sert à personne. Et l’éventuelle aide de l’Etat tombe alors à plat».
Roger Melmer voit, avant tout, la formation comme «la pièce d’un puzzle socio-économique». Si la loi pour encourager les plans de formation collectifs ne semble pas modifier la donne selon les premiers échos, «le texte favorisant le congé individuel de formation rencontre un intérêt manifeste. Quelque 1.500 dossiers sont rentrés au ministère, ce n’est pas si mal».
Les salariés verraient-ils mieux le retour que les entreprises? «Il y a de bons exemples, comme le secteur de la construction, qui investit dans la formation de ses forces de travail. Sinon, on remarque que ce sont les gens qui ont la meilleure formation initiale qui poursuivent le processus dans la formation continue.»
L’avis de l’ex CEP-L – intégrée dans l’actuelle Chambre des salariés, issue du statut unique – le soulignait: «Nous regrettons que le législateur n’ait pas saisi l’occasion d’impliquer davantage le comité mixte et la délégation du personnel dans le processus de décision quant à l’élaboration même du plan de formation, devenu un acte unilatéral de l’employeur».
Ainsi, une formation ne se réduit pas à un calcul financier. «L’investissement doit d’abord être mesuré en termes de pertinence de la formation pour l’entreprise et pour le personnel. C’est un investissement dans le facteur humain, un apport de valeur ajoutée à un personnel qui, encouragé et plus compétitif, accompagné dans son évolution, aidera l’entreprise à évoluer. C’est un rapport win-win intéressant, pour tout le monde».

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