| ING (Photo: Davide Laurent/Wide) |
Par: Nicolas Raulot | Publié le 20.02.2009 0:00
Recentrages
Le plus souvent sains, les établissements luxembourgeois subissent les errements et, aujourd’hui, les restructurations décidées en haut lieu. Fortis et Dexia ont avant tout souffert des «bêtises de leurs maisons mères», souligne Lucien Thiel, président de la commission spéciale crise (lire pages 66 à 72). Le bilan est déjà lourd puisque l’Aleba, principal syndicat du secteur financier, a recensé 438 licenciements entre janvier 2008 et janvier 2009, sous forme de plans sociaux, de licenciements individuels ou de liquidation judiciaire. Et ce n’est sans doute pas terminé, compte tenu des incertitudes qui planent sur plusieurs établissements, parmi lesquels la Kaupthing Bank Luxembourg, censée être reprise par un consortium composé de la Lybian Investment Authority, mais aussi Dexia ou ING, même si ces deux institutions devraient limiter les licenciements secs.
Cure d’amaigrissement
Le 30 janvier, la banque franco-belge annonçait la mise en œuvre d’un plan de restructuration drastique, qui se traduira dès 2009 par l’abandon des contrées exotiques (Australie, Mexique, Scandinavie, Inde...) et 900 suppressions d’emplois. Une centaine de postes est concernée au Luxembourg dont 78 à la BIL sur un effectif de 2.057 au 31 décembre et une vingtaine dans d’autres entités (services technologiques, assurances...) a détaillé Frank Wagener, président du comité de direction de Dexia BIL. Cette cure d’amaigrissement concernera aussi les activités de marché, recentrées sur Bruxelles et Dublin, dans une optique de réduction des coûts et de contrôle des risques. «C’est maintenant la deuxième fois que le groupe Dexia a mis sérieusement en péril la survie de la BIL. Après les acquisitions déraisonnables de Dexia aux Pays-Bas – pilotées par des ambitions de groupe sans la prudence nécessaire – maintenant la dégringolade du bilan global pour cause d’ambitions mondiales démesurées. Et à chaque fois, la BIL en souffre, malgré les bonnes, voire très bonnes performances de cette dernière et de son personnel», a réagi l’Aleba.
Quelques jours avant, ING annonçait 7.000 suppressions de poste dans le monde, 1 milliard d’euros de réduction de coûts et le départ de son patron belge Michel Tilmant. Dans la foulée, le groupe précisait que le Luxembourg où sont centralisées ses activités de private banking, restait un de ses «home markets»: «En termes bilantaires, la situation d’ING Luxembourg est particulièrement saine (...). Tous les employés du groupe ING et d’ING Luxembourg en particulier sont informés de la place importante qu’ils occupent dans l’évolution de la situation actuelle. Soutenir l’activité économique des entreprises luxembourgeoises est une priorité stratégique pour ING Luxembourg».
Pour autant, les banques sont accusées de ne pas assez irriguer l’économie.. «Il y a des freins au crédit alors que le gouvernement a sauvé les banques. Ce n’est pas possible que les banques s’assainissent aux frais de leurs clients. C’est grave et personne ne parlera des entreprises qui auront fait faillite entre-temps», a protesté Marc Solvi, directeur général de Paul Wurth, lors d’une table ronde organisée le 29 janvier par la fondation Robert Krieps sur le thème des réponses politiques à la crise économique et financière.
Mais, les banques rejettent ces arguments. «Nous sommes loin d’une vraie crise du crédit, d’un credit crunch. Si un net ralentissement s’est produit à partir du mois d’octobre, le volume des crédits est aujourd’hui plus grand qu’il y a un an», rectifie Jean-Jacques Rommes, directeur de l’ABBL (Association des Banques et Banquiers Luxembourg). Elles se défendent également d’avoir augmenté leurs marges et expliquent les éventuelles hausses des taux d’intérêt par leurs difficultés de refinancement sur le marché monétaire.
Marché immobilier dominé par la BCEE
Concernant les prêts aux particuliers, les banques jurent également qu’elles ne traînent pas les pieds. «Le marché immobilier est très fortement dominé par la BCEE (Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat) qui fait des crédits à des taux très favorables. L’Etat luxembourgeois lui a demandé de répercuter les baisses de taux directeurs. Elle l’a fait et a été suivie par les autres établissements», indique Jean-Jacques Rommes. Cette «bonne volonté» des établissements de crédit a également été mise en avant durant le Festival de l’Auto. «La place financière luxembourgeoise est structurellement liquide et recherche plutôt des gens à qui accorder du crédit. C’est au contraire la demande qui n’a pas repris», ajoute le directeur de l’ABBL.
Les banques et les professionnels (entreprises, agences immobilières...) ont engagé un dialogue pour mieux comprendre les problématiques de chacun. Et il commence à porter ses fruits. «Les établissements de crédit sont en train de redécouvrir leur vrai métier. C’est un processus qui demande un peu de patience, car ils doivent se restructurer. Avant la crise, les banques appliquaient des marges très faibles. Le balancier était allé trop loin. Il faut que nous réapprenions à payer des marges réelles», reconnaît Robert Dennewald, président de la Fedil. Si des excès ont été commis dans le recours à la titrisation (transformation de créances en titres négociables sur les marchés financiers), cette technique mettait aussi de l’huile dans les rouages et stimulait l’économie réelle.
Le pire danger serait de forcer les banques à consentir des crédits à des taux sans rapport avec le risque qu’elles encourent. Le fait que l’Etat luxembourgeois soit actionnaire des trois principales banques du pays (BCEE, BGL, Dexia-BIL) accentue ce risque, en particulier en période électorale. Rappelons que la crise américaine des crédits hypothécaires relève aussi d’une volonté politique de faciliter l’accès à la propriété des ménages, y compris les moins solvables. «Les banques doivent être prudentes dans leurs prises de risque», avertit Jean-Jacques Rommes. «On ne peut pas se permettre d’ouvrir un nouveau marché subprime».

1274.2205 

Publier un nouveau commentaire