Par: Pierre-Yves Augsburger, membre de l'Economiste Club | Publié le 20.02.2009 0:00
Indépendance énergétique: Des barrages à Luxembourg
Dans ce contexte, le Gouvernement a certes fixé des normes ambitieuses en matière de réduction du taux de CO2 (Kyoto) sans toutefois mettre en place un plan énergétique global.
Dans les faits, un ensemble de micro-mesures ont certes été prises, mais cela ressemble plutôt à un patchwork: on réagit au lieu d’agir. Cette façon de procéder ne permettra pas de réaliser des plans d’économies et de diversification des sources d’énergie et de production locales assez ambitieux. A quand une approche coordonnée et globale, tout en laissant la place à une certaine décentralisation des initiatives en matière énergétique?
Dans cet article, nous n’allons pas examiner une éventuelle piste nucléaire, le débat serait intéressant, mais ce type de combustion nécessite également des «carburants» provenant de l’étranger et non renouvelables. Alors construisons des barrages! Le Luxembourg possède des vallées, de l’eau. C’est donc possible. Mais ne rêvons pas. A part ériger un ou deux nouveaux barrages pour produire de l’électricité «made in Luxembourg» et pour créer une grande zone de loisirs avec un plan d’eau idyllique, cette solution des barrages est utopique. Mieux vaudrait loger des mini-turbines dans la Moselle et développer un plan hydraulique global pour le pays.
Un plan global, mais aussi décentralisé – Ce plan global fixerait au niveau national et communal un objectif de recours aux énergies renouvelables. Tout en fixant une augmentation, par exemple, de 50% de la part représentée par l’énergie «made in Luxembourg» à un horizon de dix ans et une baisse de la consommation d’énergie globale de 2% par an, le tout couplé à des objectifs pour l’électricité, le solaire, la géothermie, le vent, la biomasse… Dans ce cadre-là, la mise en place de tableaux de bord de suivi annuel des résultats obtenus devient indispensable. Voilà pour les grandes lignes.
Mais est-ce bien réalisable?
La mise en place prendra du temps et demandera des investissements élevés, en plus d’une mobilisation de tous. Soulignons certaines initiatives comme Luxstroum, l’énergie locale de Cegedel, avec déjà 15% de la production de Luxstroum provenant d’énergies renouvelables (éoliennes, installations photovoltaïques, ou biomasse, biogaz et centrales hydrauliques). Allons plus loin dans cette direction!
Cependant, le projet (réussi) le plus intéressant est celui de la commune de Beckerich, avec son maire visionnaire et totalement impliqué dans une expérience qui fait la Une des journaux. Un article récent paru dans Le Monde souligne que Beckerich vise à l’autarcie énergétique. Il aura suffi d’un maire courageux, ambitieux et persévérant. Il montre l’exemple, règle les détails pratiques et transforme avec l’aide de ses citoyens des objectifs qui semblaient, en 1995, irréels (une réduction de 50% des émissions de CO2 pour 2010) pour le commun des mortels. Cet objectif sera même dépassé en 2010. Et l’étape ultime vise à l’indépendance énergétique de la commune en 2025.
Toute la population tire la corde dans le même sens pour y parvenir. Le mot d’ordre est de fédéraliser l’autarcie énergétique et son fonctionnement ainsi que son exploitation. Pour plus de détails, nous vous conseillons de faire une recherche sur Internet, vous y trouverez de nombreux articles relatant l’expérience de Beckerich (y compris sur www.paperjam.lu).
Motivons donc les citoyens à économiser, à changer leurs comportements. Ceci passera par l’exemple des leaders, mais aussi par des cours à l’école; la mise en place de nouvelles normes de construction tant pour les nouvelles habitations à caractère privé que pour les projets industriels et les bâtiments de bureaux; un programme ambitieux au niveau rénovation et amélioration du bilan énergétique des anciennes constructions.
Luxembourg pourrait ainsi montrer l’exemple en Europe et se positionner clairement au niveau d’un plan ambitieux d’autarcie énergétique. Faisons de Beckerich un exemple au niveau national. Certes, pour une ville de la taille de Luxembourg, il sera plus difficile de réaliser des chiffres tels que ceux obtenus à Beckerich. Un réseau de biogaz, par exemple, demanderait pour la capitale des investissements impressionnants.
Luxembourg gagnerait au niveau visibilité internationale à se positionner de façon claire en autorisant par exemple de grands projets uniquement si une quasi-autarcie énergétique était réalisée. Poussons le géothermique, les pompes à chaleur, le solaire…
Un des problèmes réside certainement dans le manque de compétences à Luxembourg dans le domaine de la coordination de projets de constructions dites à basse consommation énergétique et dans les solutions applicables aux anciens bâtiments. Aujourd’hui, la difficulté lorsque l’on désire abaisser la consommation énergétique de sa maison, passe par une course d’obstacles entre le couvreur, l’installateur sanitaire, le poseur de vitres… Il faut faire son shopping chez x prestataires choisis plus ou moins arbitrairement sans qu’il y ait vraiment quelqu’un qui dispose des compétences pour coordonner efficacement le projet. Un coordinateur énergétique serait un nouveau métier d’avenir. Les compétences devant se créer à Luxembourg dans le domaine énergétique.
Nous pourrions faire venir ces compétences et aussi créer à l’Université une faculté de recherche appliquée (très appliquée) dans le domaine de l’économie d’énergie et la production d’énergie «made in Luxembourg».
Le Luxembourg, dans les cinq ans à venir, n’a pas le choix, il doit réussir à baisser très fortement sa consommation d’énergie et réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de l’étranger et des sources d’énergie non renouvelable. Si ce programme réussit, nous pourrions même exporter ces nouvelles compétences et tirer parti d’un nouveau créneau porteur.
Notre positionnement deviendra donc «Mir hunn Energie» alors que la France disait dans les années 70 «On n’a pas de pétrole, mais on a des idées».

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