| Leonhard Birnbaum (RWE) et Michel Wurth (ArcelorMittal) deux des principaux actionnaires de Cegedel (Photo: Luc Deflorenne) |
Par: Nicolas Raulot | Publié le 20.02.2009 0:00
Champion national
Qui pourrait reprocher au gouvernement de penser à l’énergie du pays? C’est bien sur ce thème que Jeannot Krecké et les principaux actionnaires- l’Etat à 28,3%, ArcelorMittal à 25,3% et RWE Energy à 19,8%- ont convaincu de la nécessité de fusionner Cegedel, Soteg et Saar Ferngas (SFG), un opérateur gazier de Sarrebrück. Nécessité confirmée par la nouvelle crise du gaz entre la Russie et l’Ukraine, survenue quelques semaines avant l’aboutissement de l’opération.
Avec des revenus de 2 milliards d’euros, 700 employés, un réseau électrique de 7.300 kms..., le nouveau champion national veut «répondre aux besoins en électricité et en gaz de la Grande Région et renforcer la sécurité d’approvisionnement du Luxembourg...». Et le petit Luxembourg pouvait-il demeurer plus longtemps sur la touche d’une course internationale à la taille qui a déjà donné naissance à plusieurs géants européens, tels que EDF-British Energy, GdF-Suez, RWE-Essent, E.ON-Ruhrgas?
Une question majeure a toutefois été négligée: le risque d’anéantir une concurrence que la loi de libéralisation du 1er août 2007 avait réussi à introduire, avec, à la clé, une possible hausse des tarifs de facturation. Si peu de ménages ont changé de fournisseur depuis, il n’en va pas de même pour les entreprises. Selon le dernier rapport annuel de l’Institut Luxembourgeois de Régulation (ILR), le gazier Soteg revendique plus du tiers du marché professionnel de l’électricité, l’opérateur historique Cegedel n’en conservant que 40,56%.
«Très tôt, nous avons mis en garde le ministre Krecké contre le danger de ne plus avoir qu’un fournisseur. Il nous avait répondu qu’il se porterait garant, en tant que représentant de l’actionnaire principal, du fait que les sociétés industrielles ne pâtiraient pas de cette situation. Je ne manquerais pas de le lui rappeler», avertit Robert Dennewald, président de la Fedil. «Quatorze nouveaux opérateurs électriques et huit gaziers ont demandé l’agrément d’opérer au Luxembourg», a répondu Jeannot Krecké lors de la conférence de presse du 23 janvier.
Le seul des 27 membres
Si la Commission européenne et le Bundeskartel en Allemagne ont examiné l’opération, aucune des deux institutions n’étaient en mesure de l’invalider au motif qu’elle entrave la concurrence dans le seul Grand-Duché. Quant au Conseil de la Concurrence luxembourgeois, qui a succédé en mai 2004 au vieil Office des prix, il n’a tout simplement pas analysé le dossier. «Nous n’avons pas compétence pour intervenir dans les opérations de fusion entre entreprises. Nous sommes d’ailleurs le seul des 27 membres de l’Union Européenne dans ce cas», déplore Thierry Hoscheit, président du Conseil de la concurrence. Même Chypre et Malte avaient dû se plier aux exigences de Bruxelles en la matière, avant leur adhésion à l’Union.
«La loi de 2004 avait vocation à lutter contre les abus de position dominante et les ententes entres entreprises. A l’époque, personne ne s’est posé la question du contrôle de concentration», explique Thierry Hoscheit. Le sujet est toutefois en phase de réflexion et une réforme est en gestation, assure-t-il.
Néanmoins, si une enquête approfondie démontrait que le nouveau groupe abusait de sa position dominante, le Conseil de la Concurrence serait en droit de lui infliger une amende pouvant aller jusqu’à 10% de son chiffre d’affaires annuel ou encore de lui imposer l’arrêt de certaines activités.
Des inquiétudes émergent également en raison de la forte représentation de grands groupes cotés (RWE, E.ON, Electrabel...) au capital du nouvel ensemble. «Monsieur le ministre peut-il me confirmer que la priorité (...) est accordée à la fourniture de l'énergie à des prix compétitifs et non à la satisfaction des actionnaires?», a demandé le député CSV Marc Spautz dans le cadre d’une question parlementaire. «L'objectif consiste à rester compétitif, à la fois dans l'intérêt du client que de celui des actionnaires du nouveau groupe», lui a notamment répondu Jeannot Krecké, rappelant que les groupes en question étaient déjà présents au sein de Cegedel et de Soteg.

1274.2205 

Publier un nouveau commentaire