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Manuel Fischer, Cetrel (Photo: Julien Becker)

Par: Alain Ducat  |  Publié le 20.02.2009 0:00

Manuel Fischer


Directeur informatique, membre du comité de Direction de Cetrel.
Cetrel s’est incontestablement hissé au rang de prestataire technologique majeur pour le secteur des banques au Luxembourg, qui l’a fait naître jadis. Et, de plus en plus, dans une zone géographique étendue, à vocation européenne. Quels sont les piliers de l’infrastructure existante?

«Il y a deux grands métiers chez nous, qui se rejoignent et se recoupent parfois. Le e-money hub, regroupe notre activité autour des moyens de paiement, les cartes de débit, de crédit, pre-paid cards, etc. Il y a de facto une vocation européenne du fait de la dématérialisation des moyens de paiement. Et puis il y a cette implication très importante dans le développement de solutions partagées, d’applications et de services pour l’industrie financière, dans les applications business to business notamment.

La palette des activités va donc de la R&D jusqu’au terminal du commerçant?

«Nous développons et intégrons des applications informatiques, nous opérons ces solutions et assurons le cycle de vie jusqu’à la maintenance et aux interventions sur site. Nous maîtrisons cette chaîne de valeur de A à Z, dans nos différentes business lines. Nous sommes, en outre, directement impliqués dans le développement de technologies informatiques de pointe et leur exploitation en tant qu’agent technique, pour tout ce qui touche à la signature électronique à travers Lux-Trust, New Multiline, etc. Nous sommes un partenaire actif de l’économie virtuelle, en tant que prestataire de service, développeur de système d’exploitation, d’applications dédiées…

Cela implique une lourde responsabilité technologique…

«Chaque évolution, de l’offre de services, des technologies, doit être intégrée. Nous opérons des systèmes qui doivent être d’une fiabilité extrême et qui le sont, même si le risque zéro n’existe pas. Néanmoins, il est clair que l’informatique ne s’arrête jamais, cela tourne en continu. Le processus et les contrôles sont extrêmement rigoureux et il s’agit, là, d’un gros point d’excellence que Cetrel a développé avec son expérience. Les systèmes fonctionnent, contre vents et marées, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, trois cent soixante-cinq jours par an. Les dimanches et les jours fériés sont inconnus du système.

Peut-on être à 100% sûr?

«Il le faut. La sécurité, c’est le BA-BA. C’est absolument fondamental parce que, ce qui est fondamental également dans ce business, c’est la confiance absolue que l’on doit inspirer à nos clients. Personne ne pourrait se permettre le moindre pépin, le moindre grain de sable dans nos systèmes informatiques.

Pour atteindre cet objectif, nous avons développé des technologies et des processus de business continuity. Les procédures, les matériels, les applications, vont tous dans cette approche-là. Nous avons un haut niveau d’exigence pour le disaster recovery. A tout moment, on doit garder le contrôle de n’importe quelle partie de la chaîne informatique. Il faut satisfaire à toutes les exigences sécuritaires, sur les réseaux, pour la protection des données et l’anonymat.

Nous avons par exemple plusieurs couches de cryptage et nous nous protégeons même contre le risque, induit par exemple par le social engineering, de détournement de données de l’intérieur. Même les gestionnaires de bases de données n’ont pas un accès global, le cryptage nécessitant plusieurs clés superposées. Il faut être très très rigoureux là-dessus, multiplier les audits sur les opérations et les contrôles qualitatifs. Les normes évoluent d’année en année et, en plus, les hackers et autres malveillants progressent aussi. Nous devons avoir un coup d’avance, à chaque fois. L’objectif est d’exploiter nos solutions avec une sécurité informatique 100% compliant.

Cela entre-t-il dans les objectifs et les chantiers de l’année?

«Assurément. Nous prolongeons la logique de recherche d’applications et d’infrastructures qui permettent encore plus de disponibilité et de flexibilité vis-à-vis de nos clients et partenaires. Dans le domaine de la virtualisation par exemple, nous séparons les couches physiques des couches logiques, afin de se rendre indépendants de boîtiers physiques. Cela étant, Cetrel est à la pointe sans jouer les apprentis sorciers ! Nous mettons en œuvre les technologies les plus nouvelles et les plus pointues, lorsque celles-ci sont éprouvées. On doit s’assurer que la technologie soit suffisamment mature. Cela exige, notamment, un testing permanent et intensif.

L’entrée dans le capital de Six Group modifie-t-elle certains paramètres?

«Le groupe suisse a pris une participation de 50%. C’est un partenariat stratégique, entre leaders sur des marchés financiers forts. Il permettra de développer une offre internationale majeure dans le secteur du paiement électronique. Nous allons pouvoir renforcer notre position dans l’activité d'acquiring au Luxembourg et dans la Grande Région. Et développer l'offre internationale d'Issuing-Processing de Cetrel et de Six.

La prestation de services informatiques centralisés destinés à accroître la compétitivité de la place financière du Luxembourg demeure l'un des deux piliers de Cetrel et sera encore développée davantage. Au cours des prochaines années, des investissements à hauteur de 40 millions d'euros sont prévus afin de développer nos activités. Luxembourg s’affirme en pôle majeur de l'activité internationale des cartes de paiement. Six Group renforce sa présence ici. Et Cetrel accède à une vingtaine de marchés où le groupe suisse est présent.

Cela implique-t-il des adaptations chez vous?

«Cetrel avait lancé dès 2007 l’implémentation d’une roadmap visant une évolution significative et un élargissement des fonctionnalités. Nous avions mis en marche un renouvellement du patrimoine applicatif pour le e-money hub, afin d’assurer la pérennité de nos solutions, d’augmenter les performances et d’ajouter de nouvelles fonctionnalités. Il est clair que cela se poursuit en 2009 avec une ampleur nouvelle et des exigences redoublées, eu égard aux normes des différents pays notamment ainsi qu’à nos propres critères, afin de répondre de façon optimale à la couverture géographique étendue. Nous gagnons en envergure. Nous devons l’intégrer, planifier chaque étape et voir plus loin.

La crise financière et économique a-t-elle un impact quelconque?

«Honnêtement, d’après nos observations statistiques, il n’y a pas une tendance claire qui se dégage. S’il y a bien un léger tassement des transactions, rien ne permet de dire qu’il y a un lien de cause à effet avec la crise financière ou une éventuelle baisse de pouvoir d’achat des consommateurs finaux. Cela peut être très saisonnier.

Nous analysons nos statistiques toujours avec un recul avant d’en tirer des conclusions. Mais en tout cas, nous sommes encore plus motivés, de notre côté, par une excellente prestation de service. Cela incite à davantage de vigilance encore, pour garantir une exploitation sans perturbation. C’est un souci que nous pouvons retirer aux institutions financières.

A votre niveau élevé de responsabilités, quelles sont vos missions concrètes?

«Je suis un des trois membres du comité de direction. Je suis particulièrement impliqué dans le développement informatique. Je pense notamment à tout ce qui est développement de nos applications, fiables technologiquement et répondant aux attentes fonctionnelles pour chaque client. Cela doit être accompagné par l’implémentation de processus d’exploitations efficaces et d’infrastructures performantes, fiables, flexibles et économiques. Et il faut élaborer, implémenter, mener à bien et suivre les projets. Il y en a toujours, des projets!

Pour cette fonction, vaut-il mieux venir du terrain technologique ou du sérail des managers?

«Selon mon point de vue, Cetrel, par ses métiers mêmes, est extrêmement lié à la technologie. C’est un véritable capital pour l’entreprise et, pour chacun de nos services, l’informatique est un maillon-clé. Il est donc nécessaire de disposer de bonnes bases technologiques pour comprendre les technologies, les enjeux, les challenges…

Maintenant, avoir des compétences ciblées dans le management, en particulier dans la finance, me paraît être, aussi, indispensable. Il faut en outre organiser, orchestrer, mettre en place et gérer des moyens lourds, de type industriel.

Quelles sont les différences notoires avec un IT manager de grande institution financière?

«Sans mettre d’échelle de valeurs, il y a, chez Cetrel, la dimension globale: on travaille avec toutes les institutions et nous avons d’énormes responsabilités envers elle, envers chaque client, qu’il soit une institution, un commerçant, voire un consommateur. Mais cela ouvre des perspectives énormes, cela permet de mener de gros projets et des programmes de grande envergure. Il faut toujours avoir un pas d’avance. C’est un axe d’organisation très fort.

Cela implique beaucoup de monde, car il faut pouvoir coordonner et organiser des équipes complémentaires, dotées de gens très pointus. Il y a 180 emplois chez Cetrel et chaque maillon est important pour délivrer nos différents services. Il faut donc, aussi, être people manager.

Avec toujours les mêmes objectifs à l’esprit?

«Oui. C’est d’être irréprochable. Up to date. Flexible et économique. Apporter le service en temps et en heure, dans la plus grande fiabilité et sécurité. C’est notre pierre angulaire et même notre raison d’être pour satisfaire notre mission: Cetrel – Partner of Trust».

CV

UN DOUBLE CURSUS

Né en 1967, Manuel Fischer habite le Luxembourg depuis plus de 15 ans. Diplômé en informatique (en 1991) à Stuttgart, il a travaillé au sein de différentes sociétés de services IT. En parallèle, il a poursuivi sa formation. A l’université de Saarbrücken d’abord, en économie et en gestion, où il décroche le Diplom Kaufmann (1996), puis l’année suivante, s’appuyant aussi sur une excellente pratique du français (notamment), il obtient un Master en management et finances, à l’EM Lyon.

Avec ce double cursus d’informaticien et de manager, il a effectué une carrière dans le IT consulting auprès des Big Four, en Allemagne et au Luxembourg. Son expérience l’a notamment mené chez Accenture Allemagne, où il a occupé plusieurs fonctions dans la gestion de départements opérationnels et la réalisation de vastes projets informatiques pour des institutions financières, mais aussi chez Deloitte Consulting Luxembourg, où il avait en charge le développement du marché allemand. Ce parcours l’a conduit, en janvier 2007, chez Cetrel, où il est entré comme directeur informatique.


 
 
 
 
  



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