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Jean-Sébastien Zippert et Ekkehart Schmidt-Fink, Etika
(Photo: Julien Becker)

Luxembourg, Place financière  |  Par: Nicolas Raulot  |  Publié le 20.02.2009 0:00

En quête de ressources et... de projets


Etika muscle son Compte d’Epargne Alternative (CEA) pour accroitre une collecte encore timide. L’asbl socialement responsable n’emploie pourtant que 67% de ses ressources financières.

Mi-octobre, en pleine tourmente bancaire, une vieille dame sonne à la porte d’Etika,  au 55 avenue de la Liberté. Ecœurée par les errements et les turbulences du secteur financier, elle informe Jean-Sébastien Zippert et Ekkehart Schmidt-Fink, les deux salariés de l’asbl, qu’elle va leur confier 70.000 euros, soit une bonne partie de ses économies. En ces temps troublés, l’anecdote est porteuse d’espoir pour la finance sociale luxembourgeoise qui peine à décoller, faute de ressources suffisantes mais aussi de projets viables pour les employer.

Malgré des souscriptions en progression régulière, une clientèle fidèle et un pic de collecte au plus fort de la crise des subprimes, Etika est déçue par la croissance de son produit phare né en 1997, le Compte d’Epargne Alternative (CEA). «A fin janvier, nous avions 599 comptes ouverts, pour un volume d’un peu moins de 23 millions d’euros, ce qui est à la fois beaucoup et très peu puisque cela représente seulement un pour 1000 de la population luxembourgeoise résidente et que nous sommes associés au premier réseau bancaire du pays», regrette Jean-Sébastien Zippert, coordinateur d’Etika.

Construit en partenariat avec la Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat (BCEE), seul établissement de crédit à avoir accepté de prendre part à cette initiative, ce support d’investissement socialement responsable (ISR) diffère des fonds traditionnels dans la mesure où il répond aux exigences de transparence (l’épargnant est informé de l’utilisation de son argent) et de responsabilité (exclusion de projets nuisibles à l’être humain, production d’énergies renouvelables...). En échange de quoi, l’épargnant assume une moindre rémunération au profit du bénéficiaire du crédit. Pour être éligibles, les projets  doivent être jugés viables économiquement et justifier d’une «plus-value sociale ou environnementale». Il s’agit le plus souvent de production d’énergie renouvelable (comme le parc éolien Wandpark Bürer Bierg inauguré le 23 septembre dans l’est du pays) ou encore d’agriculture biologique (élevage, céréales...)

L’épargnant moins solidaire

Des efforts viennent justement d’être consentis pour susciter plus d’intérêt et de vocation sociale dans le pays. «Jusqu’à la fin de l’année dernière, le déficit de rendement était de 0,60%, un taux que la BCEE transformait en bonification d’intérêt pour les crédits qu’elle accordait. L’épargnant était alors l’unique moteur de la solidarité», explique Jean-Sébastien Zippert. «Aujourd’hui, la solidarité de l’épargnant a été ramenée à un niveau symbolique, soit à 0,20%. Désormais, la BCCE et Etika accompagnent cet effort, de telle sorte que la bonification du prêt se monte à 0,70% au lieu de 0,60%. Tout cela rend le produit plus attrayant pour les deux parties», poursuit-il.

Le volet crédit a également bien besoin d’un coup de fouet. Car l’association souffre d’un manque structurel de projets, comme les autres banques sociales et associations de même type en Europe. Autorisée à prêter 95% des fonds déposés sur le CEA pour des tranches limitées à 1 million d’euros, elle n’emploie  que 67% des ressources dont elle dispose.  La crise économique, de nature à freiner l’esprit d’entreprise, et l’effondrement des cours du pétrole qui a réduit la rentabilité de l’énergie alternative, risquent d’accentuer cette pénurie. Même si une campagne de promotion a également été lancée pour identifier de nouveaux projets à financer dans l’agriculture biologique.

 

ISR

EPARGNER UTILE 

Dans le cadre de sa mission de sensibilisation du public, mais aussi de lobbying auprès de la place et des autorités, Etika vient d’éditer le deuxième numéro du guide des placements socialement responsables au Grand-Duché. Réalisé en collaboration avec l’Alfi et CCLux, une filiale de la Bourse de Luxembourg, «Comment placer utilement son argent?», répertorie 109 fonds qui répondent à de réels critères sociaux et environnementaux dans leur sélection d’actifs. Etika milite pour une labellisation publique des fonds ISR, de façon à stimuler et crédibiliser ces placements, comme cela a été fait avec succès aux Pays-Bas.


 
 
 
 
  



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