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«Après la place financière, il n'y a rien»

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ARTICLE  |  Par: Jean-Michel Gaudron  |  publié le 20.03.2009

SERGE ALLEGREZZA

«Après la place financière, il n'y a rien»

Le directeur du Statec analyse sans complaisance aucune les tenants et les aboutissants d’une crise «très grave». Si la finance avait, dans les années 80, pris la relève de la sidérurgie, il n'y a, à ses yeux cette fois, aucun nouveau secteur porteur qui se profile.

Photo: Andrés Lejona
Surtitre: 
SERGE ALLEGREZZA
Auteur(s): 
Jean-Michel Gaudron
Interview ?: 
Pas interview

Monsieur Allegrezza, vous disposez d’un poste d’observation privilégié sur la situation économique du pays. Quel regard y portez-vous?

«Le regard est de plus en plus pessimiste. Normalement, nous connaissons des cycles, des crises, la crise étant le point de retournement après lequel vient, plus tard, le point bas, puis la reprise de la croissance… Un cycle, cela ne doit pas nous faire peur. Nous avons toujours connu ça. Mais depuis 1984, depuis que la Place financière a pris le relais comme moteur de croissance, nous nous sommes habitués à 25-30 années de croissance folle. Pour un petit pays très développé, arriver à des taux de croissance moyens de 5% est remarquable, et des pointes de 8-9%, comme en 2000, 2001, sont exceptionnelles. Parvenir à de tels taux est plus facile pour des économies qui partent de très bas comme l’Irlande, les pays de l’Est.

Ne s’agissait-il pas d’autant de signaux d’alarme?

«Non, car dans un environnement de secteur financier, de tels taux de croissance ne sont pas choquants. Mais ce qui a toujours posé souci, pour les décideurs, c’est que cela ne pouvait pas être soutenable, car construit à chaque fois sur des bulles: la bulle Internet, l’immobilier ou, plus tôt, le développement fantastique des crédits dans les pays en voie de développement.

Depuis 1985, nous avons très bien vécu de bulles et à chaque fois qu’elles ont explosé, ce n’était pas trop grave. Il y avait des ralentissements, puis ça reprenait.

En 2001-2002, la crise financière liée à la bulle Internet fut une déflagration pour le Luxembourg, avec des taux de croissance retombés à 2-3%, après révision. Puis, ils sont remontés en 2004-2005… Mais en raison des élections de 2004 et de la Présidence européenne de 2005, nous n’avons repris les travaux (au niveau des instances économiques et sociales, ndlr.) qu’en 2006.

La Tripartite d’avril n’a été qu’une réaction à ce qui s’était passé en 2001-2003. Or, 2006 était une année de reprise très forte. Prendre un paquet de mesures drastiques pour relancer la compétitivité passait alors très mal, parce que cela arrivait au mauvais moment.

Quand on fait des réformes, il faut les faire au bon moment. On profite d’une crise pour remettre la maison en ordre. Cela s’est fait trop tard en 2006, ce qui a amené pas mal d’incompréhension du côté des partenaires sociaux et miné les décisions prises.

Qu’en est-il aujourd’hui?

«Nous sommes dans un scénario mondial de stagnation, voire de récession, comme devraient l’annoncer le Fonds Monétaire International et l’OCDE. La situation est très grave.

Le monde financier est ébranlé et tant que le système financier ne sera pas stabilisé, au Luxembourg – dont le cœur est le système financier –, nous sommes dans de très mauvais draps. La gravité de cette crise et l’ampleur de ses conséquences ne sont pas encore connues. Il y aura des fusions et des restructurations qui auront un impact certain au Luxembourg.

Il s’agit donc d’une crise très différente des précédentes?

«Je crois que tout le monde a compris que c’est une vraie crise. Mais, là où il y a une similitude avec ce que l’on a connu lors des bulles financières et Internet, c’est que l’on se dit que ça va passer et qu’on trouvera bien une autre bulle pour redémarrer. La bonne attitude, du point de vue syndical, surtout, serait donc d’attendre que les choses redémarrent d’elles-mêmes. La politique budgétaire doit être plutôt de court terme: laisser jouer les ‘stabilisateurs automatiques’, ce qui consiste à dire qu’en situation conjoncturelle défavorable, les recettes seront moins volumineuses, les dépenses publiques plus élevées pour soutenir la conjoncture et que nous aurons donc un déficit, mais qui n’est pas grave car il est sensé soutenir la conjoncture. On laisse filer les déficits et on resserre la vis lorsque la croissance revient.

Soutenez-vous cette approche?

«C’est une bonne démarche, si nous ne sommes pas dans une crise structurelle. On entrerait alors dans le schéma de la crise sidérurgique des années 70 et le contre-choc des années 80, avec la crise pétrolière et la dévaluation du franc belge. Des années noires.

Le moteur de l’époque, l’industrie, était à l’arrêt. Il y a eu d’importants déficits publics et une explosion d’inflation. A un moment donné, on a un peu perdu l’horizon, tout en sachant qu’il fallait diversifier l’activité économique. C’est alors que nous avons eu la chance de voir l’émergence de la place financière et découvert la possibilité d’en faire une activité très porteuse.

Ce développement a permis de financer la mutation sidérurgique et la couverture sociale, mais aussi de préparer l’avenir avec les investissements dans les centres de recherche publics, la diversification dans les infrastructures culturelles ainsi que le passage aux services, qui sont importants pour toute volonté de développement d’un pays. Cela a été opéré avec brio et rapportait bien. On a misé sur le bon cheval, ce qui a permis de mettre le pays à un très haut niveau d’infrastructure. C’est le point positif, l’argent n’a pas été gaspillé.

Peut-on aujourd’hui envisager la sortie de crise?

«La question qui se pose évidemment est: qu’est-ce qui vient après? J’ai examiné la littérature qui analyse les crises. Le bureau de recherche économique du FMI, sous la plume du chef économiste Kenneth Rogoff, a publié une étude où est passée en revue une centaine de crises. Il est noté que les crises de type financier durent à peu près deux ans et qu’elles sont souvent liées aux crises immobilières, ce qui fut notamment le cas de celle de 1929. Si on part de cette idée – quand on ne sait plus où on est, on regarde l’Histoire – on peut s’imaginer qu’en 2010, ça va repartir peu à peu. Toute crise a une fin. Quand les choses sont remises en ordre, ça repart.

Mais la vraie question est de savoir sur quelle base on va repartir. Les craintes sont liées au fait que la Place financière va se compacter, réduire son volume, le nombre d’établissements… Y aura-t-il encore une base pour la croissance dans un environnement en pleine restructuration?

Y a-t-il différents scénarios possibles?

«Il y en a deux. Le premier, le plus sympathique: imaginer inventer une nouvelle bulle, comme on a toujours su le faire. En sachant qu’il y aura des hauts et des bas, mais que ça fonctionnera tout de même.

Le second, celui que je redoute: se retrouver avec des taux de croissance normaux, comme nos voisins, avec 1-2%, donc faible croissance de l’emploi, fort chômage endémique, évolution des salaires plus faible, politique de redistribution remise en cause… Il faudra alors faire des choix et nous n’y sommes pas habitués. Si la redistribution est maintenue, les impôts seront plus élevés, ce qui est mauvais pour attirer les talents venant d’ailleurs…

Avec des taux de croissance plus faibles, on va normaliser notre situation, car il n’y a pas d’autres secteurs, pour l’instant, qui pourront nous sauver. Après la Place financière, il n’y a rien. Il y aura peut-être quelque chose mais il faut le construire. Cela prend beaucoup de temps. La logistique ou les éco-technologies n’apporteront jamais des croissances similaires à celles de la Place financière.

Quels sont les leviers que le Luxembourg peut encore concrètement activer pour limiter les dégâts?

«Il faut rappeler que le Luxembourg est un pays d’exportation, nos entreprises vendent leurs biens et services sur les marchés de nos voisins européens. Ce qui importe donc, c’est d’être compétitif non seulement en termes de coûts relatifs, mais aussi en termes de qualité des produits, ce qui suppose une différenciation par l’innovation et la recherche.

Le ‘paquet de relance’, notamment la composante qui vise à augmenter le pouvoir d’achat, aura un effet modeste de court terme, apprécié pour ses vertus psychologiques, mais ne sera qu’un feu de paille. La mise en œuvre accélérée des investissements publics, traditionnellement élevés au Luxembourg (4% du PIB), est plus intéressante en raison des effets de long terme sur le potentiel de développement – à condition de prendre garde à l’efficacité des projets. La relance conjoncturelle ne doit pas être une excuse pour dilapider les deniers publics!

Une nouvelle tranche indiciaire a été appliquée au 1er mars. L'indexation reste un sujet très sensible et nombreux sont ceux qui réclament ouvertement sa suppression. Le problème est-il aussi simple que cela à trancher? Cette indexation n’arrive-t-elle pas, de surcroît, au plus mauvais moment ou faut-il la considérer comme un élément utile à la relance de la consommation?

«Nous sommes en période de désinflation! Les prévisions de l’indice des prix à la consommation du Statec affichent un taux d’inflation de 0,5% au plus cette année. Les mêmes causes produisent les mêmes effets: la baisse des prix du pétrole et des autres matières premières est à l’origine de cette détente spectaculaire sur les prix.

Dans ce contexte, l’indexation automatique à la luxembourgeoise n’est plus en ligne de mire. Elle reviendra sur le devant de la scène dès que l’économie mondiale repartira et que les matières premières – dont l’énergie – rebondiront.

Je rappelle une évidence: le Luxembourg est un pays d’exportation, le côté ‘offre’, donc la compétitivité, joue un rôle plus important que le côté ‘demande’. En conséquence, l’ajustement des salaires – indexation comprise – devrait suivre, en moyenne, les gains de productivité, comparés à ceux de nos voisins. La modulation de l’indexation des salaires nous a protégés contre le choc pétrolier de 2008! C’est un constat peu populaire, mais une thèse qui se défend.

Nous devrions profiter de la période désinflationniste pour réfléchir à un système qui permette de maintenir le pouvoir d’achat des travailleurs tout en évitant les chocs sur les coûts de production. Un ajustement périodique des salaires au coût de la vie est incontournable. Reste à en définir les modalités.

C’est la mission que le Premier ministre a assignée au CES.

La solution de relance économique, le Luxembourg doit-il la trouver seul ou avec ses partenaires européens?

«Le Luxembourg est un petit pays. Il doit s’exporter et ne peut pas s’enfermer dans ses frontières, que ce soit pour la main-d’œuvre, le capital ou le know-how. Nous devons avoir une philosophie de marché intérieur. ‘Buy Luxembourg’, c’est idiot. C’est sympathique pour les soirées électorales, mais économiquement, c’est mortel. Le pays a besoin d’échanger, d’exporter. Il nous faut un marché intérieur et le moins d’obstacles possible à l’exportation avec des accords basés sur la liberté de commerce, points cardinaux depuis le Traité de Rome.

Or, ce n’est pas exactement ce qui se passe actuellement…

«Oui, il y a des velléités nationales. Mais je compte beaucoup sur les règles de concurrence de la Commission européenne. Ça a l’air sympathique que chacun sauve son industrie, mais ça a été un désastre par le passé, avec la fermeture des frontières et les guerres. Le protectionnisme est la dernière chose à mettre en œuvre. Le Luxembourg ne peut vivre en autarcie.

Vous aviez, en 2005, appuyé un rapport du Pr. Lionel Fontagné mettant en avant les bienfaits de la délocalisation. Dans quelle mesure l'économie luxembourgeoise peut-elle vraiment se le permettre?

«J’envie M. Fontagné! Ce professeur à la Sorbonne est l’économiste le plus connu au Luxembourg. En tant que membre du Conseil d’Analyse Economique, il a été le co-auteur d’un rapport sur les délocalisations, rapport qu’il a présenté au Luxembourg. On oublie souvent que 1- le Luxembourg profite, encore et toujours, d’entreprises qui se sont «délocalisées» au Luxembourg et que 2- les délocalisations sont un moyen de servir des marchés étrangers en se rapprochant géographiquement des clients potentiels. Crier haro sur toutes les délocalisations n’est guère une attitude éclairée et responsable.

Craignez-vous que l’échéance électorale de juin ne bloque des décisions importantes à un moment où il est crucial d’agir?

«Non, je ne crains pas de blocage. Nous sommes dans une démocratie et la moindre des choses est de ne pas créer de fait accompli… Tout ce qui doit être décidé figure dans le budget, qui est un budget de stabilisation économique. On accepte le déficit, on essaie d’accélérer la mise en place d’investissements qui étaient prévus ultérieurement…

Les hypothèses de croissance qui ont permis d’établir le budget sont aujourd’hui caduques. N’y a-t-il pas un trop fort décalage entre les prévisions d’hier et la réalité du terrain aujourd’hui, nécessitant un correctif budgétaire?

«Ce débat n’a pas de sens. Il faut exécuter le budget tel qu’il a été établi. Cela ne va pas aggraver la crise. Nous revenons au principe des stabilisateurs automatiques… Il s’agit toutefois d’une stratégie qui ne peut être que du court terme. Toutes les réserves ne peuvent pas être dépensées pour le maintien du pouvoir d’achat. Il va falloir ensuite établir d’autres stratégies et voir ce que l’on peut faire avec l’argent dont on dispose, pour accroître la compétitivité.

Jusqu’à quel niveau le Luxembourg peut-il ou devrait-il accroître son niveau d’endettement? Hisser la dette publique de 7% du PIB à 14,9% en 2009 et 17% en 2010, n’est-ce pas beaucoup trop timoré, voire indécent, face à l’ampleur de la crise?

«Dans la situation actuelle, l’endettement pourrait être une très bonne stratégie, qu’on a très peu utilisée. Quelle est la bonne approche? Quand on finance une infrastructure collective, une route par exemple, on la construit pour durer 40 ans. Si on la finance sur deux ou trois ans, les contribuables actuels la paient et ce sont leurs enfants qui en profiteront. Il est donc normal, de bonne politique, qu’on étale son financement sur une longue période, en passant par l’emprunt. Pour l’instant, on l’a très peu fait, pourquoi? Parce nos taux de croissance énormes et nos excédents budgétaires faisaient que l’on pouvait mettre pas mal d’argent de côté dans des fonds d’investissement et financer les grands projets avec cet argent-là plutôt qu’avec l’endettement. Une autre stratégie aurait été de réduire l’impôt et de financer les infrastructures essentiellement par un endettement public. Cette stratégie n’a pas été suivie.

L’endettement a doublé cette année, mais c’est du temporaire. Il s’agit d’assurer le sauvetage des banques. Si la croissance revient, et que l’on revend avec profits les actifs que l’on détient dans ces banques, la dette diminuera d’autant… Il est prévu de hisser le niveau de la dette jusqu’à 17%. Ce qui est encore très faible. Toutefois, il faut faire attention: il ne s’agit pas de se surendetter, car on voit bien ce qui peut arriver. Nos voisins belges, par exemple, se sont très fortement endettés, notamment lors des crises des années 80, en partant de l’idée qu’il s’agissait de crises passagères…

Un endettement de 17% pour le Luxembourg, est-ce à vos yeux un niveau élevé?

«J’ai toujours défendu, notamment au CES, cette idée iconoclaste qui n’entre pas dans la pensée officielle disant que l’on devrait davantage profiter de l’endettement, mais ça n’a jamais été vu comme étant un bon instrument. Je suis persuadé que lorsqu’on est dans une situation où les recettes sont beaucoup plus faibles avec des déficits qui durent, il est de très bonne politique de pratiquer le financement via l’endettement public, qui n’est finalement rien d’autre que faire appel à l’épargne privée, par le biais des obligations d’Etat. Mais le grand danger, c’est que l’endettement ne doit être utilisé que pour financer des infrastructures de long terme et non pas pour payer les fonctionnaires, ou pour des dépenses courantes. Car alors vous ne pourrez plus rembourser l’emprunt... car vous l’aurez consommé.

Ces ressources supplémentaires devraient être affectées à quels types d’investissements?

«Nous avons encore des développements prévus en matière de télécoms, d’infrastructure routière, d’économie du savoir. L’investissement public dans la recherche est de 4% du PIB, ce qui reste très important au niveau de l’Europe. Pour l’instant, il est financé par les excédents budgétaires, mais les prochaines années, il le sera par les déficits.

Pour le moyen et long terme, il faut des politiques d’offres, avec des politiques budgétaires axées sur l’augmentation du potentiel de croissance, donc tous les facteurs qui favorisent la productivité d’une économie.

L’Observatoire de la Compétitivité peut-il être l’instrument permettant de travailler sur ces questions? Son fonctionnement et son influence répondent-ils aux ambitions d’origine?

«L’Observatoire a déjà abattu pas mal de travail. Cela a démarré avec le rapport Fontagné, qui a jeté les bases d’une rediscussion sur la compétitivité. Mais malheureusement, cet instrument-là est arrivé trop tard – il était la conclusion de nos débats au sein de la Tripartite, en 2004. Cependant, il répond tout à fait aux ambitions de départ et ne demande qu’à être développé.

Ce dont on a besoin, c’est d’un instrument qui mesure des aspects structurels et conjoncturels. Il nous faut continuer à développer cet instrument, mais aussi développer une culture du diagnostic et de l’action. Il ne sert à rien que l’Observatoire fasse de gros rapports avec des chercheurs qui travaillent sur des indicateurs, si ensuite les partenaires sociaux ne se les approprient pas.

Que manque-t-il aujourd’hui pour analyser pertinemment la situation?

«Nous avons besoin d’un système d’information. Besoin de savoir où on en est. Il y a encore pas mal de données qui nous manquent… En matière d’immobilier, on a honte de le dire, mais on n’a pas de bonnes données sur les prix. Nous avons deux sources: l’enregistrement, via les actes notariés. Mais l’information qui vient de là n’est pas très fiable, car elle ne renseigne pas sur la taille des maisons vendues. Et puis il y a l’Observatoire de l’Habitat qui analyse les annonces dans la presse… Nous avons donc deux sources lacunaires. Il est impossible de déterminer aujourd’hui s’il y a, ou pas, une bulle immobilière.

Nous avons ainsi pas mal de points faibles au niveau des statistiques. Au niveau de l’analyse, nous avons déjà fait pas mal de choses, avec des équipes de recherche, en matière de phénomènes structurels (productivité, technologie, innovation, etc.). Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est aussi de revenir au court terme. On doit connaître l’endettement des ménages, l’endettement des entreprises, l’accès au financement. Tout le monde se pose ces questions et veut des réponses. Mais on ne peut pas y répondre car les statistiques n’existent pas encore – elles sont en train d’être constituées –, et parce que l’analyse n’a pas progressé dans ce domaine. Nous avons donc les instruments, mais il faut encore les développer, se les approprier et développer une culture de la statistique et de l’analyse.

Peut-on imaginer que le CES, dont vous êtes le président depuis peu, soit le cadre de cette analyse?

«Le CES est le seul cadre qui peut le faire, mais le résultat n’est pas garanti car il fonctionne à la majorité et jusqu’à présent, nous avons toujours évité d’avoir, sur un avis, des votes de type ‘patronat + représentants de l’Etat’ contre ‘syndicats’... L’approche est consensuelle. Ce n’est pas forcément une bonne idée, mais pour l’instant, c’est ainsi (lire aussi en page XX).

L’année 2009 devrait être celle d’une forte détérioration du climat social. A quels symptômes le CES sera-t-il particulièrement attentif? Avez-vous prévu des systèmes d’alerte, des surveillances particulières?

«Le CES fait chaque année un avis détaillé sur la situation économique, sociale et financière du pays. Toutes les statistiques disponibles sont prises en compte et les représentants des différentes organisations professionnelles font état des menaces et défis qui pèsent sur leur branche. La confrontation des données et des argumentations divergentes doit faire émerger une appréciation commune. Les partenaires sociaux devront éviter la confrontation et l’enfermement dans des positions extrêmes.

Y a-t-il eu des échanges avec la Commission parlementaire sur la crise?

«Nous y avons été invités. Monsieur Thiel est un ancien président du CES, il connaît très bien l’institution et ses rapports… Je m’attendais effectivement à être invité. Mais son rapport sortira avant le nôtre, ce qui est un avantage pour nous. Nous n’allons pas copier, mais vérifier que nous n’avons rien oublié!»

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