| Marianne Backes (CVCE): «Il y a un besoin grandissant de connaître l’Europe, de savoir d’où l’on vient et vers où l’on va.» (Photo: David Laurent/Wide) |
Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 14.05.2009 0:00
La mémoire de l’Europe
Avec 1,13 million de documents consultés (pour 280.000 visites), la plate-forme European Navigator (www.ena.lu), alimentée par le Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe (CVCE), a franchi, pour la première fois, le cap symbolique du million de documents en un mois. Une performance d’autant plus étonnante qu’elle représente une croissance de… 165% par rapport à mars 2008. «Cela illustre un besoin grandissant de connaître l’Europe, de savoir d’où l’on vient et vers où l’on va, de mieux connaître nos racines et de pouvoir en tirer des leçons pour le présent et l’avenir», commente Marianne Backes, directrice du CVCE et initiatrice du projet au cœur des années 90.
C’est plus précisément toute l’agitation qui entoura le Traité de Maastricht et le constat d’une très mauvaise connaissance – et donc perception – de la «Maison Europe», qui lui ont donné l’idée de la création d’un espace centralisé des connaissances liées à la construction européenne. Le problème est, qu’à l’époque, pourtant pas si lointaine, Internet n’existait pas encore dans la forme «universelle» que l’on connaît aujourd’hui.
En 1995, Marianne Backes a reçu, pour ce projet, une bourse dans le cadre du Prix Joseph Bech. Un an plus tard, le projet European Navigator était lancé au sein du ministère d’Etat luxembourgeois. La première phase, menée jusqu’en 1998, en collaboration notamment avec le CRP Henri Tudor, aboutit à un prototype du système gravé sur un CD-Rom... «En plus de l’élaboration du contenu du site, il a fallu développer tout le volet technologique, explique Mme Backes. Cela a évidemment pris beaucoup de temps. Nous sommes un des pionniers en la matière, puisque la documentation que nous mettons à disposition est exclusivement disponible sur Internet. Cette approche novatrice n’a pas toujours été bien comprise.»
Depuis ses débuts, le CVCE souffre, du reste, d’un certain manque de reconnaissance que sa localisation géographique (à l’écart de toute vie urbaine, dans le Château de Sanem) n’a peut-être pas aidé à développer. Le contenu du site constitue pourtant une mine d’or pour quiconque (historiens, chercheurs… et citoyens lambda) s’intéresse à la construction européenne.
15.000 documents référencés
Parmi quelques perles rares, on trouve, par exemple, les «coulisses de la signature» du Traité de Rome. On y apprend, par exemple, de la bouche des Luxembourgeois Albert Breuer (ancien fonctionnaire de la CECA) et Pierre Pescatore (ancien membre du groupe de rédaction au sein de la Conférence intergouvernementale pour le Marché commun et l'Euratom), que le parapheur dans lequel chacun des ministres-fondateurs de «l’Europe» apposa sa griffe, ne contenait que la première et la dernière page du Traité de Rome signé en mars 1957. Et entre les deux? Des pages blanches, le reste du document n’ayant pas été fini d’éditer par l’imprimerie de l’Etat italien! Personne ne le sut, ce jour-là, pas même les ministres concernés…
Autre moment exceptionnel: le discours, prononcé dans la langue de Konrad Adenauer, par le Général de Gaulle, en septembre 1962 (à peine 17 ans après la fin de la 2e guerre mondiale), où il parle «du grand peuple allemand» et de l’amitié franco-allemande.
Au total, plus de 15.000 documents écrits ou audiovisuels, qui n’ont pas tous le même charme, mais n’en constituent pas moins la mémoire paradoxalement très vivante de la «jeune» Europe. «Personne ne s’imagine la quantité de travail que représente la mise en ligne de ces documents», plaide Mme Backes. Outre la recherche en elle-même, il y a, en effet, la digitalisation (pour les documents écrits) ou la mise au format vidéo adéquate, l’indexation et le légendage, mais aussi tout un travail purement légal en matière de respect des droits d’auteur, qui va jusqu’à aller retrouver les héritiers d’un journaliste ayant écrit un article dans les années 50 pour obtenir leur autorisation de publier le texte sur le site.
Etablissement public, porté par un contrat de performance signé avec l’Etat en février 2008, le CVCE dispose d’un budget annuel de l’ordre de trois à quatre millions d’euros, dont la plus grande majorité est dédiée aux chercheurs, lesquels représentent la force vive majeure du centre. Le volet «technologie» représente évidemment un autre de ses atouts majeurs. L’actuelle interface, développée en 2006, devrait céder la place, au second semestre 2010, à une toute nouvelle approche orientée web 2.0, qui permettra une plus grande interactivité avec les visiteurs du site.

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