ARTICLE | Par: Jean-Michel Gaudron | publié le 22.05.2009
C’est un fait, l’aménagement d’intérieur des entreprises n’est plus seulement une affaire de logistique. Il s’agit aussi d’un outil de management, de productivité et de communication à ne pas négliger. Comment les intervenants à la table ronde organisée le 20 mai dans le cadre du paperJam Business Club et animée par Jean-Michel Gaudron, rédacteur en chef de paperJam, n’en auraient-ils pas convenu? Au-delà du constat, les débats ont mis en évidence une problématique difficile à résoudre: l’entreprise doit-elle favoriser ses clients ou ses collaborateurs dans la conception de ses espaces de travail? Deux écoles s’affrontent.
Pour Catherine Gall, directeur chez Steelcase, groupe international de mobilier de bureau, l’un des enjeux principaux de l’aménagement consiste à faire cohabiter les différentes générations de salariés. Génération Y (nés après 1977), génération X (nés entre 1965 et 1977), baby-boomers (nés entre 1948 et 1964) et même vétérans ne se reconnaissent pas dans les mêmes valeurs, ont des habitudes parfois éloignées. Ainsi, baby boomers et vétérans ne sont guère enclins à travailler en open spaces et préfèrent le calme des bureaux fermés. «L’entreprise a vocation à devenir un carrefour qui permette de faire se rencontrer les différentes générations», a-t-elle déclaré. Catherine Gall recommande de mettre en place des lieux d’échange pour réconcilier les populations, faciliter les rencontres improvisées et encourager les partages d’expériences. «Ce qui prime, c’est la culture d’entreprise», a-t-elle ajouté. Prenant l’exemple de Google qui fait la part belle aux salles de détente et de loisirs, elle a notamment souligné que l’entreprise de haut-technologie devait avant tout se soucier de fidéliser la génération Y, qui ne se reconnaît pas dans les valeurs figées de l’entreprise traditionnelle.
Patrice Waltzing, partner chez PricewaterhouseCoopers, a pour sa part indiqué que la construction du nouveau siège luxembourgeois du cabinet, prévu pour 2012, avait donné lieu à une vaste consultation interne et à la création d’une quinzaine d’ateliers: «Les grandes décisions ont été prises par la direction. Mais en ce qui concerne les équipements, espaces de confort et zones de rencontre, nous nous sommes tournés vers nos collaborateurs. Par exemple, en discutant avec notre personnel, nous avons compris que les zones de travail et les zones de confort devaient être séparées.» Pour f.aciliter la communication entre les collaborateurs, PwC a limité la hauteur du bâtiment à six étages: «Il ne faudra pas monter ou descendre plus d’un étage pour entrer en contact avec la moitié du personnel». Prenant ses distances avec la méthode Google, Patrice Waltzing a néanmoins qualifié le futur édifice de «sérieux» et rappelé que la priorité demeurait la satisfaction du client.
Un avis partagé par Philippe Depoorter, directeur marketing et des relations publiques à la Banque de Luxembourg. «Un espace de travail est surtout un espace mis à la disposition d’un employé par un employeur. Nous faisons d’abord notre aménagement en fonction des clients. C’est cela le critère premier. Ce n’est en tout cas pas le mobilier qui doit gérer les relations intergénérationnelles», a-t-il souhaité trancher, contestant la vision de Catherine Gall. En prenant l’exemple du siège de l’établissement, construit il y a 15 ans boulevard Royal, il a expliqué que le défi majeur avait alors consisté à ne pas désorienter la clientèle traditionnelle avec ce «saut architectural», tout en essayant d’être à la hauteur des nouveaux clients qui entraient dans le bâtiment.