| Georges Gudenburg (Photo: Andres Lejona) |
Luxembourg | Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 24.04.2009 0:00
«Il faut rassembler!»
«Il faut bien distinguer économie réelle et budget de l’Etat. L’un ne peut évidemment pas vivre sans l’autre. L’économie est en train de prendre certains coups. Le secteur financier vit sous certaines menaces qui risquent de faire mal à terme. Quant à l’industrie, on voit comment elle souffre, sans compter la situation des frontaliers qui ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage au Luxembourg. La situation a déjà été meilleure!
Il faut se rendre à l’évidence: le Luxembourg ne sera plus jamais comme il était avant. Mais on ne peut pas non plus se contenter de dire ‘on va préparer l’après-crise’.
Le constat est également que l’Etat luxembourgeois, en tant qu’institution, va au-devant d’un sérieux problème de ressources financières. La réelle crise au Luxembourg ne viendra pas par une augmentation brutale du chômage, mais à travers les mécanismes budgétaires. C’est là que le pays va souffrir. Les effets à long terme sont des effets qui seront néfastes pour le budget luxembourgeois.
Quels seront ces effets?
«Le secteur financier, qui contribue au-delà d’un tiers à la charge fiscale luxembourgeoise, prend de sérieux coups. L’industrie va générer une augmentation du chômage historique pour le Luxembourg et les dépenses liées au protocole de Kyoto sont par ailleurs très importantes. D’un autre côté, il y a des recettes qui vont tomber à l’eau, comme le droit d’accises sur l’essence et, plus tard, les recettes liées à la TVA dans le commerce électronique.
En même temps, les dépenses vont continuer à augmenter. Que fait-on, alors? Les socialistes préconisent un endettement jusqu’à la limite de la marge. Non, c’est une voie sans issue, car nous n’aurons alors plus de marge et nous accumulerons une dette qu’il faudra payer. Et qui paiera? Et avec quoi? On essaie de résoudre la problématique actuelle avec une dette à payer par nos enfants et petits-enfants. Mais il faut trouver d’autres solutions!
Que préconisez-vous?
«Il y a deux niveaux sur lesquels on doit travailler. Le premier est que dans le budget de l’Etat, il y a un potentiel d’épargne énorme qu’il faut mieux utiliser. Un exemple? La réduction de l’allocation familiale pour enfants, avec comme compensation une augmentation de tout ce qui est dotation pour vivre au Luxembourg. Notre système de sécurité sociale exporte beaucoup d’argent. Si au lieu de l’exporter, nous soutenions ceux qui sont au Luxembourg, nous pourrions faire quelque chose pour les jeunes ménages et pour le pouvoir d’achat… Dans ce cas présent, le potentiel d’épargne est de l’ordre de 60 millions d’euros.
Il faudrait aussi faire, une fois, l’analyse exacte de l’affectation des budgets, pour savoir quelle est la situation financière exacte de l’Etat. Nous prônons l’idée de faire un budget à comptabilité double, avec un actif et un passif, comme pour toute entreprise. Nous sommes les seuls à le demander. C’est pourtant le seul moyen d’avoir une transparence financière et une vue concrète sur les dépenses à venir.
Dans quels autres domaines pensez-vous qu’il soit possible de réduire les coûts?
«Le fonctionnariat est une piste rouverte par le parti chrétien social. On a une fonction publique au Luxembourg qui, en termes de pourcentage de la population active dans le fonctionnariat, est moins intense que beaucoup de nos pays voisins. Le fonctionnariat n’est pas ‘surstaffé’, même s’il y a certainement, au niveau de la fonction publique, des certainement des réorganisations possibles. On pourrait par exemple mettre plusieurs ministères ensemble et trouver des synergies. Le ministère de l’Economie et celui des Classes moyennes, par exemple: pourquoi les séparer? Ça n’a pas de sens et ça crée des blocages.
Comment imaginez-vous cette réorganisation de la fonction publique?
«Il faut avoir une approche ‘top down’. Expliquer que l’on va commencer à s’occuper des salaires de ceux qui vont entrer dans la fonction publique est un non-événement pour la structure budgétaire de l’Etat. Au regard de la masse salariale de ceux qui sont déjà en place, la masse des nouveaux à venir ne représente pas grand-chose. Ce système aura des effets dans 50 ans, oui, mais à court terme, cela ne rapporte rien.
Il faut donc voir cette problématique des salaires des débutants à la fonction publique dans un scénario général. La vraie question à poser est ‘quelle sera la fonction publique de l’avenir à Luxembourg’?
Il faut également faire enfin toutes les réformes structurelles qui n’ont jamais été attaquées au Luxembourg. Le ministre du Travail, par exemple, compte faire une réforme de l’Adem. Il commence par changer le nom. Si ça lui plaît, pourquoi pas! Mais statistiquement, nous pouvons prouver que l’administration de l’emploi ne fonctionne pas bien. Un placeur a en charge environ 500 dossiers. On ne peut pas suivre correctement un chômeur avec un nombre aussi élevé! On assiste à une évacuation quotidienne des dossiers, mais sans aucun accompagnement…
L’OCDE aussi l’a dit à maintes reprises: il faut augmenter le nombre de placeurs pour avoir un suivi plus poussé et trouver les points forts et faibles d’un chômeur et, parallèlement, avoir un contact direct avec l’économie pour voir où sont les débouchés. Je crains fortement que les changements annoncés – trois directeurs au lieu d’un seul, par exemple – ne changent pas grand-chose.
Comment analysez-vous l’évolution actuelle du chômage, un des points sensibles de la situation actuelle?
«Nous avons encore une vague de licenciements qui nous attend dans le secteur financier. La qualification des chômeurs va donc augmenter par ce nouvel apport, mais il y aura, parallèlement, les jeunes diplômés qui vont arriver sur un marché de l’emploi qui sera alors vide.
Le problème du chômage va donc substantiellement s’amplifier dans les mois à venir et il sera très difficile de placer ces gens si on n’engage pas les réformes structurelles tout de suite.
Et encore, il faudrait aussi prendre en compte tous les chômeurs non-résidents luxembourgeois. Une question parlementaire a d’ailleurs été posée pour que soient communiqués les chiffres de la sécurité sociale. On verra alors réellement l’impact de la crise sur le marché de l’emploi luxembourgeois pour toute la Grande Région.
Partagez-vous le pessimisme de Serge Allegrezza, directeur du Statec et président du Conseil Economique et Social, qui regrettait, dans nos colonnes, le mois dernier, qu’il n’y avait ‘rien’ après la Place financière?
«Pour le secteur financier, on a plusieurs problématiques qui demeurent: celle du secret bancaire, qui est loin d’être résolue; celle de la directive Ucits IV, qui peut représenter, certes, des opportunités, mais aussi un certain danger; la problématique des recettes fiscales… Toutes ces menaces qui pèsent sur le secteur financier devraient susciter un débat sur l’orientation future du secteur financier. Quelle stratégie veut-on dans un horizon de 10-15 ans? Nous ne savons pas, aujourd’hui, où nous allons.
Ce qui est encore plus déplorable, c’est que personne ne veut ouvrir ce débat. On nous dit simplement: ‘Ucits IV, ce sont des opportunités. On est en train de préparer l’après-crise. On maintient la confidentialité par le secret bancaire’. Ce n’est pas si sûr! Personne ne dit, en revanche, si le secteur financier doit, à l’avenir, continuer à s’orienter davantage vers les fonds. Si c’est le cas, il faut alors s’engager concrètement dans l’analyse des conséquences de Ucits IV. Personne ne le fait.
Quant au secret bancaire: quelle est son importance pour la Place et dans les recettes étatiques? Personne ne l’a analysé. C’est une navigation à vue. Ce qui est critiquable, c’est que le débat stratégique sur les orientations futures du pays ne s’engage pas. Vous me direz que les élections sont le moment idéal. Bien sûr! Mais si vous ne trouvez personne pour entrer dans ce débat, ce sera un dialogue de sourds.
D’où vient cet immobilisme, selon vous?
«Personne dans le gouvernement ne veut s’engager, car un tel débat dévoilerait les faiblesses et l’inertie de ces dernières années, où l’on s’est contenté de dire que tout allait très bien et que tout irait très bien…
Je relève une autre anomalie énorme: le ministre de la Santé a déclaré que le système des pensions est absolument sûr et certain, alors que ce n’est pas vrai! Et c’est facile à prouver. Il s’agit là d’une irresponsabilité que l’on peut à la rigueur se permettre pendant les années fastes, et encore. Intellectuellement, ce n’est de toute façon pas honnête. Mais pendant une période de crise, sachant que le Luxembourg après la crise ne sera plus le même, c’est tout simplement irresponsable et cela mériterait une sévère sanction de la part des électeurs…
Certains se sont engagés dans la voie de ne pas dire la vérité, à un moment où cette vérité est cruciale. Il y en a qui prennent des décisions ou tiennent des propos pouvant avoir des conséquences dramatiques. On se demande si certains dirigeants politiques savent encore vraiment ce qu’ils font aujourd’hui.
Quelles voies de diversification imaginez-vous pour le Luxembourg?
«Le développement d’un centre logistique est certainement une piste à suivre à l’avenir, mais cela présuppose qu’il y a un ministère des Transports qui donne les infrastructures dont il a besoin.
Dans le programme du DP, il y a également des idées sur le développement de tout ce qui tourne autour de la recherche scientifique.
On ne va pas réduire le chômage du jour au lendemain, mais pour l’Etat collecteur de taxes, ce sera une bonne affaire. L’avenir du Luxembourg n’est pas de développer un nouveau secteur, mais d’en avoir plusieurs! On doit forcément rajouter au secteur financier d’autres débouchés et créneaux. Le secteur financier va survivre, mais on ne sait pas quelle sera son ampleur sur le point de vue des collectes de taxes.
Les questions qui tournent autour de ce sujet sont nombreuses: quels sont ces nouveaux créneaux économiques? Comment organiser le pays pour avoir un développement économique sain pour l’Etat? Quel est le niveau de chômage qu’il est possible de financer au Luxembourg? Le temps où l’on avait un taux de chômage de 2,5% est révolu. Les économistes disent qu’un niveau de chômage «naturel» tourne autour de 5%. Mais il faut en fixer les éléments clés. Et François Biltgen (le ministre du Travail, ndlr) ne prendra pas le risque de dire quel est le niveau d’un chômage ‘normal’. Il se contentera de regretter le niveau de formation de certains chômeurs.
Voyez-vous une menace au modèle luxembourgeois tel qu’il existe actuellement?
«Jean-Claude Juncker a dit une vérité: ‘Nous aurons un problème de chômage et un problème de paix sociale’. C’est passé inaperçu, mais il l’a dit. Nous aurons en effet un problème de paix sociale, tôt ou tard, si la crise continue. Il faut se préparer à ce débat et voir si le modèle luxembourgeois de consensualisme tel qu’on le connaît est encore viable.
Ce modèle est bien, mais il est aussi lié au financement de ce consensualisme, et je crains que ce financement ne soit plus le même après le 7 juin qu’avant.
Certains veulent augmenter la charge fiscale pendant la crise. D’autres veulent le faire après 2010. Nous, au DP, nous ne voulons pas le faire. Est-ce du populisme ou de la réflexion? L’augmentation de la charge fiscale est-elle le seul moyen pour augmenter les recettes? Si on prend un peu plus auprès de ceux qui ont de l’argent, on réduit le pouvoir d’achat et on risque d’amplifier la problématique du financement du consensualisme.
Il y a donc réellement une menace sur le modèle luxembourgeois. Ce qui a fait ses preuves, c’est un consensualisme où tout le monde se met autour d’une table pour trouver une solution… En 2006, la tripartite aurait pu faire mieux, car la crise de 2005 était largement moins cruciale que celle d’aujourd’hui…
Pensez-vous que les choses vont réellement bouger après le 7 juin?
«A mon avis, la réalité que l’on nous mettra sur la table après le 7 juin sera tellement énorme que seul un gouvernement de consensus national pourra encore continuer à gérer le pays. Il faut rassembler! L’avantage du Luxembourg est que c’est un petit pays. Il faut rassembler les forces vives de la nation pour mener le bateau au travers des eaux troubles qui sont encore devant nous et dans lesquelles nous ne naviguons pas encore. Des bonnes têtes, on en a dans tous les partis. Aucun parti ne peut dire que tous les bons sont chez lui. Il faudrait avoir un consensus sur l’emploi de cette matière grise …
Il est urgent que l’on prenne les gens compétents et qu’on les mette ensemble pour trouver la solution économique aux problèmes qui se posent actuellement… L’économie prime sur tout aujourd’hui. Le reste suivra après…
On a beaucoup parlé de ‘crise de confiance’. Avez-vous le sentiment que les électeurs, aujourd’hui, ont encore confiance en leurs institutions?
«Pour le Luxembourg, il y a des données contradictoires. Il y a des gens qui subissent la crise de plein fouet et d’autres qui disent qu’ils n’ont rien vu. C’est très difficile d’avoir une médiane.
La crise dans le système financier, en ce qui concerne les particuliers, n’existe pratiquement pas. On apprend que certaines entreprises ont du mal à se faire refinancer par les banques et on sait qu’il y a pas mal de cas où les particuliers ne peuvent plus rembourser leurs prêts… Mais la confiance dans le système bancaire n’est pas trop ébranlée.
Mais on est en train de vivre un phénomène de déflation. Les gens ne dépensent plus pour attendre un peu ce qui va venir. Cette tendance déflationniste est très dangereuse. Les banques sont devenues probablement plus hésitantes pour refinancer les entreprises. Sans doute faudrait-il utiliser la SNCI pour relancer la distribution de crédits dans l’économie. Elle devrait davantage soutenir les banques commerciales dans l’octroi de crédit dans l’économie.
Ce que je déplore, par ailleurs, dans tous les propos que l’on entend, c’est qu’il n’y a personne, sauf peut-être un peu Jean-Claude Juncker, qui est en train de dire de bien faire attention, car les temps à venir seront très durs. Mais lui le fait davantage par protection de sa propre personne…
Comment jugez-vous les mesures d’urgence qui ont été prises au Luxembourg pour sauver Fortis Banque Luxembourg et Dexia BIL?
«En ce qui concerne Fortis Banque Luxembourg, les éléments qui ont finalement conduit à ce soutien d’urgence étaient connus depuis au moins un an, voire au-delà! Il y avait eu, à l’été 2007, un rapport interne de Fortis qui évaluait les conséquences du subprime sur le bilan du groupe. Ce rapport n’était pas très favorable. Il y a quand même eu une augmentation de capital pour absorber ABN Amro… Il se peut que ce rapport était également connu au Luxembourg, mais je n’en sais rien.
Au début de l’été 2008, le gouvernement néerlandais avait déjà plus ou moins le plan de sauvetage prêt dans ses tiroirs. Au final, le contribuable a contribué à sauver la banque, au détriment des petits porteurs de parts. Point à la ligne. Cette banque était effectivement à risque systémique, sans doute moins ici, mais certainement en Belgique et aux Pays-Bas.
Concernant Dexia BIL, il y a des questions sur la table et personne n’y répond. Il y a eu une garantie étatique apportée par la France, la Belgique et le Luxembourg, à hauteur de 150 milliards d’euros, pour les affaires courantes… La quote-part du Luxembourg est d’environ 4,5 milliards, ce qui est énorme à l’échelle du budget luxembourgeois. Cette garantie vaut jusqu’en octobre 2009… Or, on a appris il y a quelques semaines que la moitié de cette garantie avait déjà été utilisée. Et Dexia a refusé tout commentaire sur le sujet. Luc Frieden, pour sa part, a dit que le Luxembourg n’avait pas payé un seul centime. Est-ce que ça veut dire que les opérations faites par la banque ont déjà été couvertes par une utilisation virtuelle de cette garantie? Si oui, quelles opérations? Et seront-elles dénouées d’ici à octobre? Qu’est-ce que cela signifie, virtuellement, pour le budget luxembourgeois?
Parallèlement, la Commission européenne mène une analyse approfondie sur les conditions du plan de restructuration du groupe. Si l’on prend toutes ces données et que l’on demande aux politiques ‘où va-t-on?’, on n’obtient aucune réponse.
Est-ce que les mesures prises ont été les bonnes? La réelle question est de savoir s’il y avait vraiment une alternative. La réponse est conditionnée par le temps. Dans l’urgence, il n’y avait sans doute aucune autre option. Mais y avait-il vraiment urgence? Aurait-on pu préparer ce dossier autrement? Je ne crois pas au scénario selon lequel Dexia ou Fortis découvre subitement, un vendredi soir, qu’il y a un risque qu’il ne soit pas possible d’ouvrir les portes le lundi matin… Soit les banquiers sont vraiment fautifs, soit il n’y avait vraiment pas de situation d’urgence, car les données étaient connues. Personnellement, je doute qu’il y avait vraiment eu cette urgence…
Au final, est-ce que la politique luxembourgeoise a été à la hauteur des événements? J’ai des indices qui me permettent de conclure que, probablement, on ne nous raconte pas tout. Les politiciens sont-ils à la hauteur? Je l’ignore, mais il demeure bon nombre de questions auxquelles il n’y a pas de réponse.
Et sur le plan de relance économique, à proprement parler: quel est votre avis?
«A l’automne dernier, Luc Frieden avait parlé d’un budget anti-cyclique. On est d’accord. Mais il n’a pas changé pour autant la structure du budget présenté en septembre. Il a annoncé qu’il y aurait une injection de capitaux dans le circuit économique, puis il a indiqué qu’il fallait bien s’assurer que cet argent soit effectivement et correctement alloué en 2009. Nous avons demandé à ce que les procédures soient allégées afin d’effectuer les contrôles adéquats et être sûrs que ces budgets sont bien alloués. Nous avions même estimé qu’il fallait libérer un ministre qui bénéficierait de toutes les compétences nécessaires telles que la constitution peut le prévoir pour réduire les charges administratives et procédurales au Luxembourg.
A l’époque, Luc Frieden n’avait pas reconnu l’urgence de la situation et avait demandé des exemples concrets. Nous les lui avions fournis. Il n’y a eu aucune réaction à l’époque. Et aujourd’hui, on annonce qu’il faut procéder à cette simplification administrative…
Le plan de relance, en lui-même, n’est pas mauvais. Mais tout ce qui va être réalisé maintenant est la preuve que le gouvernement n’a absolument rien fait toutes ces dernières années. Et si l’on prend la Commission parlementaire spéciale crise économique et financière, d’ailleurs instaurée sur recommandation du DP, les 21 mesures proposées sont 21 déceptions, 21 preuves que le gouvernement a failli dans sa gestion des avoirs publics…
Une commission pour aboutir à ces conclusions-là n’a servi à rien. C’est du temps et de l’espoir perdus. En tous les cas, c’est une leçon pour les électeurs.
Au-delà de la crise de confiance, n’y a-t-il pas, aussi, une crise de valeurs?
«Il y a clairement une crise au niveau de la qualité politique au Luxembourg. J’y inclus le DP. Il y a dans tous les partis des éléments qui sont excellents… même au gouvernement. Mais très souvent, ces gens sont très influencés par les autres. Et là, la qualité ne suit pas toujours les prétentions. Il y a plein de gens avec qui on pourrait reconstruire quelque chose, à condition qu’ils aient les mains libres. C’est pour cela qu’un gouvernement de consensus pourrait être une bonne chose, dans ce contexte très particulier de la crise.
Un tel gouvernement rendrait-il la tenue des élections presque inutile, dans ces conditions?
«Les élections restent évidemment essentielles dans le fonctionnement d’une démocratie, car il faut mettre les cartes sur la table. Il y a toujours des cartes à jouer, mais la question est de savoir si on peut vraiment les jouer.
On peut considérer les élections à deux niveaux. Pour le monde politique, cela permet de voir où se trouvent les différentes sensibilités politiques. Cela permet aussi d’évaluer chacun sur ses actes et d’évaluer si oui ou non il est susceptible de figurer dans un prochain gouvernement. Il y a un processus de clarification et de réflexion qui peut se faire au sein des partis eux-mêmes.
L’autre élément, c’est la ‘vente’ de la politique à cette période et là, c’est un débat entièrement différent. Après tout, l’électeur ne dit pas qu’un gouvernement doit se composer d’un parti, de deux ou trois. C’est la vie politique quotidienne qui dit qu’une majorité se crée…»

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