| Michel Wurth (ArcelorMittal): «La baisse des stocks n’a pas eu lieu comme nous l’avions prévu». (Photo: Luc Deflorenne) |
Par: Nicolas Raulot | Publié le 24.04.2009 0:00
Du temporaire qui dure
Réunis mercredi 8 avril en comité d’entreprise extraordinaire, les syndicats d'ArcelorMittal ont appris les mauvaises nouvelles qu’ils redoutaient. Confronté à une demande d’acier et à des cours toujours aussi faibles, le numéro un mondial de la sidérurgie va utiliser ses usines européennes à seulement la moitié de leurs capacités. Au Luxembourg, 310 employés environ devraient être concernés par ces annonces en raison d’un net coup de frein du site d’Esch-Belval, dont l’aciérie va fonctionner à 25%, et de la suspension du centre de recyclage de déchets à Differdange. «Le chiffre de 310 est un ordre de grandeur, susceptible d’évoluer en fonction de l’évolution de la production», précise Alain Kinn, secrétaire central à l’OGBL.
Les ouvriers vont être placés en cellules de reclassement, un dispositif social «anti-crise» mis en place par la tripartite qui permet d’occuper le personnel en sureffectif à des formations, à des travaux de maintenance à l’intérieur de l’entreprise ou bien en externe par leur mise à disposition d’autres employeurs. «L’industrie sidérurgique, comme nombre d’entreprises mondiales, pâtit durement des répercussions du ralentissement de l’économie mondiale. Le groupe s’est adapté rapidement à la nouvelle réalité économique. Cependant, en dépit des efforts déjà réalisés, les conditions de marché restent très difficiles. Il nous semble donc préférable de maintenir les mesures de suspension et d’optimisation temporaires de la production que nous avions mises en place sur certains sites, jusqu’à la reprise de la demande», a commenté Bernard Fontana, vice-président exécutif et directeur des ressources humaines d’ArcelorMittal.
Aucune date précise
Aucune date plus précise de retour à une activité normale n’a donc été donnée, malgré les exigences des ouvriers, qui ont interrompu le comité d’établissement extraordinaire, réuni jeudi 9 avril à Florange en Moselle. Le second haut fourneau de ce site doit être mis à l’arrêt, comme le premier l’avait été fin 2008. «SOS emplois, SOS usine en danger», disent les graffitis inscrits sur les murs de l’usine à froid. Le 15 avril, une cinquantaine de syndicalistes CFDT ont engagé un blocus du trafic ferroviaire du site en gare d’Ebange pour exprimer leur crainte d’un arrêt définitif des hauts fourneaux. Ils l’ont levé le lendemain. L’usine de Gandrange a vécu ses dernières heures d’exploitation fin mars.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le temporaire dont parle Bernard Fontana, finit par durer. Un ralentissement, déjà temporaire, de 15% avait été annoncé en septembre 2008, avant que la production ne soit réduite de 30%, 35%, puis 45%. Lors de la présentation des résultats annuels, Lakshmi Mittal, le CEO du groupe avait pourtant entretenu l’espoir en parlant d’un bas de cycle et d’un frémissement de la demande au premier trimestre en Chine. «A l’heure actuelle, la baisse de la consommation réelle en Europe est si forte que la baisse des stocks n’a pas eu lieu comme nous l’avions prévu», a déploré Michel Wurth, membre du comité de direction d’ArcelorMittal. La situation est particulièrement mauvaise dans le sud de l’Europe, par exemple en Espagne, où le marché de la construction s’est effondré».
Jean-Pierre Masseret, sénateur et président de la Région Lorraine, a demandé qu’une veille industrielle soit mise en place afin d’être informé de l'évolution du marché de la sidérurgie dans le monde. Il a aussi demandé «à la Commission européenne d’intervenir pour faire cesser la concurrence déloyale des producteurs d’acier russes et chinois qui déstabilisent le marché à coups de prix cassés» et empêchent toute remontée des cours. Selon Alain Kinn, les aciéries électriques du Luxembourg sont plus flexibles et pourraient bénéficier avant d’autres sites étrangers d’une éventuelle reprise.
Les annonces du groupe de sidérurgie ont visiblement un peu rassuré les investisseurs. L’action ArcelorMittal a toutefois perdu deux tiers de sa valeur en un an. La situation financière du groupe, dont une politique agressive d’acquisition a fortement alourdi la dette, reste tendue et préoccupante. L’agence de notation Moody’s a placé la note Baa2 de la dette à long terme du groupe sous surveillance négative. Une probable dégradation placerait le géant de la sidérurgie au bord de la catégorie spéculative, dans laquelle la plupart des investisseurs obligataires ne s’aventure pas. L’assemblée générale des actionnaires aura lieu le 12 mai au siège social de Luxembourg.

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