| Sandrine Tomasini (ASTF): «Le burnout survient lorsqu’on n’a plus de ressources, lorsqu’on a tout brûlé» (Photo: Fabrizio Maltese) |
Par: Nicolas Raulot | Publié le 24.04.2009 0:00
Au bout du rouleau
Le processus commence par un stress aigu, qui selon une étude du Conseil Economique et Social (CES) «résulte du fait que les individus se sentent inaptes à combler un écart avec les exigences ou les attentes les concernant». Les premiers symptômes varient en fonction des patients: lombalgies, douleurs à l’estomac, nausées, palpitations cardiaques, réactions allergiques, psoriasis... Puis, vient l’adaptation au stress, qu’on appelle phase de résistance. C’est une réaction biologique de l’organisme à une sollicitation, à une agression, qui se traduit par une sécrétion d’hormones (adrénaline, cortisone...) de même nature que pour un effort physique. Enfin, dans un troisième temps, les résistances s’épuisent. Le burnout est ce stade d’épuisement, le résultat d’une série de réponses mal adaptées de l’organisme, l’étape ultime d’un stress émotionnel permanent et prolongé, qui peut conduire dans des cas extrêmes à l’hospitalisation, voire au suicide. C’est une dépression qui ne dit pas son nom. Mais, contrairement aux idées reçues, cette pathologie n’est pas forcément liée à une charge de travail excessive.
Les managers moins exposés
«Le burnout est un phénomène récent, qui est apparu en 1969. Les premières études sur le sujet ont été publiées aux Etats-Unis dans les années 1970. Il a d’abord touché le milieu médical et paramédical», rappelle Sandrine Tomasini. Au-delà des professions «aidantes» et en rapport avec l’être humain, il touche les cols blancs, moins à même d’appréhender le but et le résultat de leur labeur que les ouvriers ou les agriculteurs, pourtant soumis aux cadences infernales, voire au travail le week-end. «Une tâche manuelle a un début et une fin. Elle passe par la réalisation d’une chose pratique que son auteur peut retracer et qui lui apporte une satisfaction personnelle. Derrière son ordinateur, un salarié a souvent plus de mal à mesurer l’importance de ce qu’il fait au sein de l’activité générale de l’entreprise», poursuit Claude Bollendorff, médecin du travail et directeur de l’ASTF. «En fait, la sous-charge de travail, un poste inférieur à ses qualifications ou encore le manque d’autonomie conduisent plus facilement au burnout qu’un excès de travail. Les managers, qui travaillent de façon indépendante et prennent des décisions, sont moins sujets au stress que les autres collaborateurs de l’entreprise», souligne Sandrine Tomasini. De même, les fusions d’entreprises, qui éloignent les centres de décision du lieu de travail et peuvent donner l’impression aux collaborateurs qu’ils perdent tout contrôle, favorisent l’angoisse.
Les médecins recommandent de réagir aux premiers signaux envoyés par le corps, par exemple dès l’apparition de troubles du sommeil. «Le réveil de 3 ou 4 heures du matin est souvent caractéristique d’un stress qu’on n’arrive plus à gérer», note Sandrine Tomasini. Mais comme le déplore Claude Bollendorff, «les gens sont souvent pris en charge trop tard, quand ils se sont déjà bien installés dans ce syndrome». Lors de ses consultations, l’ASTF soumet un questionnaire médical confidentiel qui contient un volet réservé au stress. Les patients répondent par oui ou par non à des questions anodines du type: «Souffrez-vous de troubles de sommeil?», ou encore «Avez-vous remarqué une modification de votre caractère?». Une réponse positive permet d’engager un dialogue, de mettre à jour un problème plus profond et d’éviter d’entrer dans une spirale. «Si les cours de lutte contre le stress en entreprises mettent l’accent sur le time management, la gestion des priorités, nous préférons aborder la question sous l’angle de l’hygiène de vie. Nous insistons sur la qualité du sommeil, la nécessité d’exercer une activité en dehors de son travail, de pratiquer un sport, d avoir un petit ilôt de verdure.... On explique également que la cigarette et l’alcool ne sont pas de bonnes solutions», insiste Sandrine Tomasini.
Autre idée reçue à combattre, l’arrêt de travail prolongé n’est pas un moyen efficace de lutte contre le burnout. Une remise au travail rapide est même recommandée. Car plus on soustrait le malade à son milieu professionnel, plus il craint le regard des autres, plus il est tenté de se mettre en dehors du réseau social, voire de la sphère familiale. Et la réinsertion devient très difficile.

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