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Jean-Claude Juncker s’est déclaré «disponible»
après les élections du 7 juin… (Photo: DR)

Par: Frédérique Moser  |  Publié le 24.04.2009 0:00

Etat de la Nation: le plus dur est à venir


Le 15e discours de Jean-Claude Juncker sur la situation économique, sociale et financière du pays est aussi le dernier de cette législature. Pas d’annonce ni de coup d’éclat dans une intervention débitée sans emphase. Mais un «réalisme tranquille» face à une crise qui n’a pas encore dévoilé toute son ampleur, selon le chef du gouvernement.

Tout a été dit sur la crise... seule reste l’incertitude? En prononçant, mardi devant la Chambre des députés, le discours annuel sur l’état de la Nation, le Premier Ministre Jean-Claude Juncker s’est bien gardé de tirer des plans sur la comète. Sans vouloir dresser un bilan exhaustif de l’action du gouvernement - qu’il juge toutefois méritoire et inscrite dans un concept ‘durable’-, le primus inter pares est principalement revenu sur le plan de conjoncture et les mesures anti-crise adoptées ces derniers mois.

Dans un contexte économique particulièrement incertain, «des prévisions exactes concernant les paramètres de base pour la croissance et le budget sont impossibles», a-t-il déclaré. Seule certitude du chef de file des démocrates-chrétiens, «d’un point de vue économique, 2009 sera une année très mauvaise et 2010 sera une année extraordinairement difficile». Selon le scénario optimiste (celui sur lequel s’appuie le gouvernement), le repli de la croissance sera de 1,8% en 2009, soit une perte de revenus des ménages et des entreprises de 1,8 milliard par rapport aux prévisions d’il y a six mois. Si le scénario le plus inquiétant l’emporte (celui de la Commission européenne), avec une contraction de 3% du PIB, ces revenus baisseront de 2,2 milliards.

Romantisme social

Au prochain gouvernement, donc, de tenir compte du recul des recettes ainsi que de la hausse des investissements publics prévus dans le plan de conjoncture (3,24% du PIB, soit 1,228 milliard) pour tenir la barre et sauvegarder la paix sociale «Le démantèlement des acquis sociaux comme réponse rapide à la crise est à exclure. Le salaire minimum garanti et d’autres prestations sociales contribuent à la cohésion et à la solidarité sociales, que nous ne devons pas mettre en péril», a souligné celui qui tient les rênes du pays depuis 15 ans. Il a aussi précisé qu’en raison d’une faible inflation, il n’y avait pas lieu de toucher aux mécanismes de l’échelle mobile des salaires, tels qu’ils fonctionnaient avant la Tripartite d’avril 2006. Le Premier Ministre estime en outre que si des allègements fiscaux ponctuels sont possibles au cours de la prochaine législature, «un allègement général est difficilement envisageable au cours des 24 à 30 premiers mois».

Commentant les ravages sociaux de la crise économique mondiale, Jean-Claude Juncker n’a pas manqué de vanter les bienfaits d’une certaine école du «romantisme social» à laquelle il se rattache volontiers. «L’économie n’est pas une fin en soi. Elle existe pour servir l’Homme (...). Je suis content que nous, Luxembourgeois, n’ayons jamais écouté ces chants de sirène ultralibéraux et antisociaux, que nous n’ayons pas privatisé les Postes et Télécommunications, la Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat ou les Chemins de fer, que nous n’avons pas défiguré notre droit du travail, démantelé nos services de santé ou supprimé le salaire et le revenu minimum garantis. L’économie sociale de marché n’a pas besoin de renaissance au Luxembourg, parce que nous ne l’avons jamais laissée mourir».

Table ronde sur l’emploi le 6 mai

En pleine campagne électorale, le leader du parti chrétien-social n’a pas manqué non plus de s’adresser aux électeurs. En montrant qu’il joue cartes sur table («indépendamment des élections, la crise continue de sévir en 2009»), et en rappelant à son auditoire que le chômage est «le principal souci du gouvernement». Le 6 mai prochain, le gouvernement entend réunir les partenaires sociaux afin de définir des moyens pour stabiliser la situation sur le marché de l’emploi.

Le chef de gouvernement a également envoyé plusieurs signaux aux acteurs économiques, ceux de la place financière en particulier. «A côté de la nécessité de diversifier l’économie nationale, il y a lieu de maintenir la place financière sur des bases solides, car son importance reste énorme. Même si son importance ne sera pas celle d’avant la crise, elle restera un des principaux axes de l’économie. Dès lors, les activités de promotion de la Place deviendront encore plus importantes et la palette de produits de la Place devra être élargie.»

Pour le Premier Ministre, il est essentiel d’éviter tout alarmisme et de garder en perspective l’idée-force que le pays sortira de la crise économique avec de nouvelles chances et de nouvelles possibilités: «Le gouvernement prône dès lors un réalisme tranquille».

Une petite phrase aux consonances de déjà-entendu, en période électorale? Loin de revendiquer la «force» qui permit à François Mitterrand de se faire élire en 1981, Jean-Claude Juncker préfère évoquer les difficultés à trouver le bon cap dans la tempête. Reprenant le slogan de son parti, il a ainsi assuré que «le ‘chemin sûr’ n’a jamais été si difficile qu’aujourd’hui». L’expérience du capitaine sera donc plus que jamais vitale pour la sécurité et l’avenir du pays.  En clôturant son intervention, Jean-Claude Juncker s’est déclaré «disponible» après le 7 juin…


 
 
 
 
  



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