| François Biltgen: «L’Etat doit sensibiliser, encourager, aider, ... mais il n’est pas là pour tout faire.» (Photo: Julien Becker) |
Luxembourg | Par: Frédérique Moser | Publié le 24.04.2009 0:00
Cap sur la formation
76 demandes en janvier, 114 en février et déjà 135 en mars: de mois en mois, le nombre d’entreprises souhaitant bénéficier des dispositions en matière de chômage partiel ne cesse de croître. Ce mécanisme, géré par le Comité de conjoncture et qui vise à prévenir les licenciements, a été renforcé par deux fois depuis le début de l’année. «La politique d’emploi en matière de crise, c’est d’abord le maintien de l’emploi; le sauvegarder, là où c’est possible. Le second volet, c’est le maintien dans l’emploi. Et là, cela passe par la formation, pour développer l’employabilité des salariés. Il peut s’agir de formation interne, pour favoriser une mobilité dans l’entreprise, par exemple, mais aussi de formation externe, pour faciliter leur retour sur le marché du travail», souligne le ministre du Travail et de l’Emploi, François Biltgen.
Outre les adaptations techniques, le gouvernement a décidé de relever le taux de l’indemnité de compensation des salariés en chômage partiel de 80% à 90%, à condition que ces derniers participent à une mesure de formation. Or, sur ce point, le bât blesse. Car le chantier reste ouvert. «Le projet de loi n’est pas assez clair. Il prévoit que ce sont l’employeur et l’Etat qui organisent la formation. Point. Plusieurs questions restent posées: comment? Avec qui? Quels sont les besoins précis, dans chaque secteur?, s’interroge Jean-Claude Reding, le président de la Chambre des Salariés, Luxembourg (CSL). La CSL se tient prête, mais il lui manque des précisions. Il faudrait une place, un espace de dialogue social où les offreurs de formation, les représentants du personnel et les employeurs se retrouvent. Ce peut être le Comité de conjoncture, ou une autre plateforme à créer rapidement, sans beaucoup de complications».
Une revendication qui s’ajoute à une autre, concernant le relèvement à 100% de l’indemnité compensatoire de chômage (présentée par l’OGBL), et qui font bondir le ministre du Travail. «Ce qui est à la base de nos réflexions, ce n’est pas la rémunération, mais la volonté de donner une impulsion politique pour miser sur la formation et améliorer l’employabilité des personnes les plus vulnérables, celles qui sont le moins qualifiées. C’est pour cela que le régime du chômage partiel a été étendu. Pour exercer une pression douce», explique François Biltgen.
La carotte plutôt que le bâton
«Ce qui me gêne, dans le débat actuel, c’est qu’au lieu de sauter sur l’occasion, la CSL attend que le gouvernement donne toutes les réponses. C’est contre-productif, déplore le ministre. Je le dis clairement: ce n’est pas l’Etat qui doit tout organiser. Il faut que cela vienne du bas. Jusqu’à présent, personne ne s’est soucié de formation dans les entreprises! Or, c’est bien à ce niveau-là qu’il fait agir. L’Etat doit sensibiliser, encourager, aider, ... mais il n’est pas là pour tout faire. Il s’agit d’une subsidiarité bien comprise».
Dans les toutes prochaines semaines, le ministère du Travail et de l’Emploi va organiser des rencontres avec les fédérations patronales afin de mettre l’accent sur les mécanismes existants en matière de chômage partiel, ainsi que sur les nouvelles mesures adoptées depuis le début de l’année. «Mes collaborateurs vont aussi aller voir chacune des entreprises concernées, individuellement. Dans celles qui appliquent le chômage partiel de source conjoncturelle et disposent d’un plan de formation, il s’agira d’organiser la formation. Dans celles qui n’ont pas de plan, il faudra réfléchir au cas par cas et voir quels sont les moyens à mettre en place. Enfin, en ce qui concerne les entreprises qui recourent au chômage partiel de source structurelle, seules celles ayant conclu un plan de maintien dans l’emploi pourront recourir à ces instruments», précise le ministre Biltgen.
Est-il envisagé de contraindre les entreprises rétives à la formation? «Je préfère miser sur ma force de conviction, rétorque-t-il. Les entreprises elles-mêmes ont avantage à mettre des actions en place, car elles profitent du fait d’avoir des salariés plus ‘employables’. Il est mauvais de ne pas croire à la responsabilité sociale des employeurs. Mon approche politique, c’est de privilégier la carotte au bâton. Fort heureusement, nous avons encore les moyens de financer ces carottes...».
Dans le plan de conjoncture du gouvernement, présenté début mars, le coût supplémentaire des nouvelles mesures en faveur du chômage partiel est évalué à 10,7 millions d’euros par mois. En cas d’aggravation de la crise, la période d’indemnisation, actuellement limitée à six mois, pourrait être étendue à une année.

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